29 juin 2007
Ocean's 13

Flûte ! Que se passe-t-il avec le surdoué Steven Soderbergh ? La machine est en panne ! Après un décevant The Good German, voici que la série Ocean déraille avec un troisième volet qui annonce brutalement la fin de cette joyeuse déconnade entre Soderbergh et sa brochette d'amis stars.
Ocean's 11 était un divertissement classieux dans la lignée du très bon Out Of Sight (Hors d'atteinte), qui avait lancé le début de la collaboration fructueuse entre Soderbergh et Clooney (acteur qui n'était alors célèbre que par le petit écran avec la série Urgences, et que Soderbergh avait eu la bonne intuition d'aller chercher). Ocean's 12 était une suite à la nature fort inattendue, ce qu'on pourrait appeler un faux blockbuster, avec un humour second degré (voire plus) cultivant la dérision du star system, irrévérencieux et pourtant drôlement récréatif.
Ocean's 13 est, à côté de ses deux frères, un infâme brouet dans lequel on ne reconnaît plus que la touche Soderbergh au niveau de la réalisation et du montage. En dehors de ça, c'est le vide abyssal. Les dialogues autrefois pétéradants ont perdu toute leur verve, l'humour est totalement premier degré et ne sollicite guère les zygomatiques, et les acteurs ont l'air de s'ennuyer ferme, Clooney et Pitt en tête. Les autres ont droit à de la figuration, du saupoudrage devrais-je dire, à tel point qu'on s'en moque en fait totalement. Le caméo de Vincent Cassel, censé faire un petit rappel à Ocean's 12, est totalement ridicule, tout comme Al Pacino (le 13e homme) qui cabotine et qu'on peine à reconnaître devant tant de médiocrité.
Le savoir-faire Soderbergh peut faire illusion, donc le film n'est pas irrécupérable, au fond il n'est ni bon ni mauvais, il est juste inutile et surtout insignifiant. Et surtout, il commence à faire peur sur le devenir de Soderbergh. Vite, Steven, arrête les Ocean, arrête les hommages au passé (The Good German), et reviens soit à des projets plus personnels et expérimentaux (Solaris, Bubble), ou par pitié choisis mieux tes scénarios... Son prochain projet, le dyptique The Argentine / Guerrilla, sur la vie du Che (interprété par Benicio del Toro), devrait permettre de renouer avec l'ambition qu'on est en droit d'attendre.
5/10
14:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21 juin 2007
Aerosmith, Bercy, 19/06/2007

Ca paraît fou, mais le dernier concert d'Aerosmith en France remontait au 11 juin 1997 à Bercy ! Les ayant ratés à cette époque, je ne me doutais alors pas qu'il me faudrait alors attendre plus de 10 ans pour enfin les voir sur scène.
Or, à force de trop attendre quelque chose, on en vient parfois à être déçu quand on l'obtient. Je ne pense néanmoins pas que ce soit ce qui explique que j'ai ressenti la prestation des Bostoniens comme correcte, mais sans plus.
Aerosmith n'a pas su prendre Bercy par les couilles, c'est clair et net. Des gradins, il était sensible que le groupe n'a pas mis le feu au public, il y a eu trop peu de titres où la fosse a vraiment bougé ou chanté en coeur. J'ai rarement vu un Bercy aussi paisible pour un concert de rock au sens large, alors qu'on avait affaire à une enfilade de classiques.
En dehors de l'infatigable Steven Tyler, les autres membres du groupe commencent hélas vraiment à ressembler des vétérans qui se contentent d'assurer le minimum, exception faite du ténébreux Joe Perry qui n'a quand même pas autant la bougeote que son complice Tyler. Ce dernier n'arrêtant pas d'haranguer la foule et d'arpenter les coursives lui permettant d'aller jusque dans le public, se donne totalement à fond, et assure toujours vocalement.
Mais, Tyler avait beau se démener, il était difficile pour lui d'occuper tout l'espace. Dommage car quand on voit les récents DVD où Aerosmith joue en club aux USA, c'est de la dynamite !
Situé dans les gradins à une distance que j'estime à peu près idéale, j'essaie toujours d'occuper la même zone lors de concert à Bercy. Cela me permet de comparer aussi la qualité du son et je regrette d'avoir à écrire qu'il n'était pas terrible ; la voix, bien mixée en avant, était correctement audible, mais la batterie ruinait le tout à cause d'une réverb' vraiment mal venue, que même mes protections auditives vissées à fond ne permettaient pas de filtrer. Frustrant...
Je reste bien satisfait que Aerosmith soit enfin revenu en France, mais le groupe est sans conteste à revoir dans une salle plus adaptée.
Merci à Jérôme pour l'excellente photo prise avec son zoom optique... Des photos officielles (et superbes) du concert de Bercy sont disponibles ici.
Setlist:
Love In An Elevator
Falling In Love (Is Hard On The Knees)
Cryin'
Eat The Rich
I Don't Want To Miss A Thing
Jaded
Rag Doll
Janie's Got A Gun
Baby Please Don't Go
Hangman Jury/Seasons Of Wither
Dream On
S.O.S. (Too Bad)
Livin' On The Edge
Stop Messin' Around
Sweet Emotion
Draw The Line
Rappel:
Walk This Way
Mama Kin
10:08 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : aerosmith, rock, concert, bercy
18 juin 2007
El Camino de San Diego

Complètement conquis par le précédent film de l'argentin Carlos Sorin, Bombón El Perro, je n'ai pas hésité à aller voir son nouveal long-métrage, El Camino de San Diego.
Un ouvrier très pauvre d'un coin reculé de l'Argentine voue un culte à Diego Maradona. Il décide un jour de prendre la route pour rencontrer son idole, hospitalisée à Buenos Aires pour insuffisance cardiaque, et lui offrir une étonnante racine d'arbre, qu'il a trouvée dans la forêt et qui ressemble à la silhouette de son idole. Commence alors un périple riche en surprises et en rencontres...
Scénariste de ses films, Carlos Sorin aime plonger un homme ordinaire (voire "moins que rien") dans une situation "extraordinaire", ou qui, du moins le dépasse nettement. Avec El Camino..., Sorin tisse une fable sociale sous forme de voyage initiatique. L'objet du culte (Diego Maradona) n'est ici évidemment qu'un prétexte ; peu importe l'idole, c'est la puissance de la foi qui intéresse Sorin, et la capacité de l'homme à se dépasser pour la cause qui l'habite.
Comme dans Bombón El Perro, les acteurs sont non professionnels, et il s'en dégage une naïveté confondante. Les rencontres sont pittoresques, touchantes, sans jamais verser dans le pathos. Mais, fidèle à son style documentaire, la caméra de Sorin apporte un éclairage sans concession sur la situation sociale et économique de l'Argentine.
Pourtant, contrairement à Bombón El Perro, El Camino... a du mal à totalement captiver sur la durée (1h38). Peut-être est-ce la faute au personnage principal, tellement simple d'esprit qu'il en est parfois béat, ce qui rend son jeu bien moins touchant que celui Juan Villegas qui incarnait le héros de Bombón El Perro. Villegas fait d'ailleurs une apparition dans une scène, et aussi brève soit-elle, c'est une illumination.
Il y a de toute façon un peu moins d'humour, un peu moins de situations iconoclastes, comme ce film d'auteur avait été conçu sans trop se forcer. On ne loupera néanmoins pas le prochain.
7/10
17:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
16 juin 2007
Dégustation du 14/06/07 - Soirée The Balvenie
La soirée du Club de la Maison du Whisky de chaque mois de juin, avant-dernière de la saison, est en général exceptionnelle. L'an dernier, c'était au Mercedes-Benz Center. En 2007, autre lieu exceptionnel : la fondation Done-Thiers, qui abrite une précieuse bibliothèque consacrée à l’histoire de France au XIXe siècle, dans un élégant hôtel particulier de style Louis XVI, qui donne sur la très jolie place Saint-Georges dans les beaux quartiers du 9e arrondissement de Paris.

Vue sur la place St Georges depuis la fondation Done-Thiers
Au programme : une soirée spécialement consacrée à toute la gamme de The Balvenie, distillerie bien connue du Speyside, en présence de David Stewart, maître de chais de la vénérable institution produisant uniquement des single malts. Pour l'occasion, cette soirée était organisée en collaboration avec la Maison des Trois Thés sous l'égide de Yu Hui Tseng, experte en thé de renommée mondiale. Tseng et Stewart ont ainsi choisi de jouer le jeu des associations pour The Balvenie, single malt à l’élaboration artisanale dont la qualité et la palette aromatique présente des similarités marquées avec des thés d’exception choisis par la Maison des Trois Thés (thés ayant des productions n'excédant pas les 800 kg de récolte annuelle).
C'est justement par une séance de dégustation en comité restreint, dans une des salles de la bibliothèque au premier étage de la fondation, que nous avons débuté la soirée, en partant à la découverte de deux associations whisky/thé, actuellement commercialisées pour la fête des pères sous forme d'un coffret original :1. The Balvenie 10 ans Founders / Thé Gan Xiang (bleu-vert, semi-fermenté)
2. The Balvenie 14 ans Roasted Malt / Thé Yun Hong (rouge, fermenté)
Le 10 ans, aux notes de fruits mûrs (pomme, prune) et de fruits exotiques (ananas), agrémentés d’épices et de vanille, fait écho au caractère persistant du Gan Xiang, marqué par des parfums de zestes d’agrumes et de fruits jaunes équilibrés par des notes miellées.
Le 14 ans Roasted Malt, fruité (pomme, mirabelle) et miellé, évolue vers des notes chaleureuses fumées, toastées, et de fruits secs, avec un boisé bien présent, contrastant ainsi avec la fraîcheur élégante du Yun Hong, rond et doux, aux accents fruités d'abricot et de pomme mûre.
A mon avis, l'accord du 10 ans Founders avec le Gan Xiang, jouant l'alliance du fruité intense, était plus réussi. Mais contrairement aux idées reçues, le whisky n'"écrase" pas le thé si la palette aromatique n'est pas en totale discordance ; au contraire, l'un et l'autre peuvent souligner leur similitudes et leur complémentarité. Le but est simplement de montrer que la complexité de chacun de ses breuvages nécessite le même vocabulaire, évoquant des notes bien souvent identiques. En dehors de cela, il n'est pas question de mélanger l'un à l'autre...

Deux beaux accords thés/whiskies fins et élégants
Une fois de retour au rez de chaussée de la fondation, chaque version de The Balvenie était en dégustation à un stand, avec plusieurs fort agréables bonus. Passons sur le 10 ans et le 14 ans roasted, déjà dégustés avec les thés, pour se focaliser sur deux versions particulièrement intéressantes : le 15 ans Single Barrel (47,8%) et le 17 ans New Wood (40%).
Le 15 ans, disponible en quantité très limitée, puisque provenant d’un seul fût de bourbon (Single Barrel), possède un nez puissant avec de fortes notes d’écorces d’orange. La puissance se retrouve totalement bouche (les 47,8% sont bien là), mais sa rondeur et sa finale sèche en fin un whisky très facilement buvable. Le stand proposait en accompagnement une gélatine glacée au thé Gan Xiang. A 62 € la bouteille, le rapport qualité prix ne me paraît tout de même pas assez compétitif.
Néanmoins, le stand phare de la soirée était celui consacré au Balvenie New Oak 17 ans (92 € la bouteille), vieilli en fûts de chêne blanc américain, pour un single malt aux notes d’épices et de vanille. Ce single malt séjourne 4 mois dans des fûts neufs et toastés, c’est à dire sur-brûlés puis humidifiés pour activer les tannins du bois. Un exercice qui nécessite une parfaite maîtrise du processus pour que la fougue du bois de chêne neuf n’emporte pas le caractère originel du distillat.
Le point fort de ce stand était l'association avec un macaron estampillé Pierre Hermé, le célèbre pâtissier, qui avait créé pour l'occasion une recette de sa spécialité : des macarons au thé Gan Xiang. Une association sucrée qui adoucit les puissants arômes de bois de ce Balvenie New Oak. Le macaron, fin et crémeux, était une totale réussite dans lequel les notes d'agrumes et de fruits jaunes resortaient avec beaucoup d'élégance, magnifique réponse à l'amertume des agrumes du nez de ce malt. Je ne sais pas combien j'ai mangé de macarons, mais même à la fin, quand pratiquement tout le monde était parti, il en restait encore. Merci Monsieur Hermé pour la recette et merci à ceux qui ont payé la facture... !Quelques commentaires sur ce 17 ans. Son nez est assurément très fin et complexe. Il est marqué par les fruits mûrs (pomme) et l'amande. La bouche est presque huileuse. L'affinage en fût neuf est souligné par des notes de vanille et de noix et évolue vers les épices. Belle amertume. La finale est douce et marquée par les fruits secs. Un beau malt néanmoins un peu cher, quand on voit ce qu'on peut avoir pour des prix équivalents chez des embouteilleurs indépendants.
Enfin, le haut de gamme était présent aussi par l'intermédiaire du 21 ans Portwood (40%), à peine plus cher (97 €). Vieilli pendant 21 ans en fûts traditionnels, ce single malt passe quelques mois dans des fûts ayant contenu des portos prestigieux durant près de 30 ans. Cette maturation marque sensiblement ce malt, avec des notes de fruits très mûrs (pêche, abricot) typiques de l'affinage au porto. En bouche, il est d’une extrême rondeur, suave et délicat. La finale est cependant assez courte et pas spécialement mémorable. Une version brut de fût était proposée à la dégustation, ce qui était une comparaison fort intéressante puisqu'elle n'est pas commercialisée. Si cette fois on y trouvait la puissance qui me manquait, il faut bien reconnaître que la subtilité y était moindre.
The Balvenie ne produit clairement pas le type de malts prompts à me faire craquer illico presto. Je mettrais à la limite volontiers le 17 ans New Oak dans mon bar si le prix en était plus compétitif. The Balvenie est néanmoins une des grandes distilleries du Speyside, et merci au Club pour cette soirée extrêmement agréable et réservée à des chanceux, il faut le reconnaître.
13:05 Publié dans Whisky | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : whisky, balvenie, macaron, cuisine
15 juin 2007
INXS, La Cigale, 09/06/2007

Le lendemain de leur concert au Festival de Montereau, INXS était donc en tête d'affiche de la Cigale, pour leur premier concert parisien depuis le 1er juillet 1997 !
La seule déception aura finalement été que la salle n'était pas totalement pleine. Pas étonnant : aucun travail de promotion de la part d'Epic pour promouvoir ni leur dernier album, ni le concert. Qu'à cela ne tienne, les spectateurs présents (un brassage assez large de toutes générations) ont vite été chauffés à blanc par un groupe visiblement toujours aussi content de retrouver le chemin d'une vraie tournée européenne. J. D. Fortune n'a pas mis longtemps pour mettre tout le monde dans sa poche, et à partir de Original Sin, la Cigale fut transformée en véritable boîte de nuit rock avec une ferveur me rappelant par moment ce fameux concert de 1993 dont je parle dans ma note précédente.
Cerise sur le gâteau, grâce à l'ambiance, nous eûmes droit à un rappel imprévu, Taste It, issu de Welcome To Wherever You Are (1992), un des tout meilleurs albums de leur carrière, mais méconnu du grand public. C'est l'un des titres les plus électriques et sensuels d'INXS (cf. la prestation osée d'Hutchence dans le clip de l'époque), superbe cadeau pour les fans.
Toutes proportions gardées, le charisme de J.D. Fortune, encore plus efficient dans une salle comme la Cigale est vraiment bluffant. INXS a déjà retrouvé le chemin du succès (charts et radios) en Amérique (et évidemment en Australie), mais il peut également le reprendre en Europe si leur label se décidait à travailler le groupe.
Setlist
Suicide Blonde
Devil's Party
Mystify
Hot Girls
Disappear
By My Side
Afterglow
Hungry
Original Sin
Need You Tonight
What You Need
Folsom Prison (Johnny Cash)
Devil Inside
Pretty Vegas
Rappel #1
God's Top Ten
New Sensation
Never Tear Us Apart
Don't Change
Rappel #2
Taste It
14:10 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : INXS, concert
11 juin 2007
INXS, Festival Montereau Confluences, 08/06/2007

La dernière (et première fois) fois que j'avais vu INXS, c'était le 10 juin 1993 à Bordeaux, soit 14 ans quasiment jour pour jour. Ce concert restera à jamais gravé dans ma mémoire ; non seulement INXS était mon groupe préféré, mais en plus, Michael Hutchence reste encore aujourd'hui le plus fantastique et sensuel frontman que j'ai pu voir sur scène.
Suite à deux tournées marathon pour les albums qui les avaient installés au faîte de la gloire internationale (Kick en 1987 et X en 1990), INXS avait intelligemment décidé d'expérimenter en sortant un album très réussi artistiquement (Welcome To Wherever You Are, 1992), suivi d'une tournée de clubs ou de "petites" salles, le groupe étant vraiment las des stades et autres arènes.
Ceci permit donc de voir INXS dans d'excellentes conditions, et la Médoquine de Bordeaux fut investie notamment par bon nombre de lycéens pas intimidés à l'idée de faire la fête à la veille de l'épreuve de philo du bac 1993. La salle fut transformée en dancefloor où le public resortit éreinté et quasiment en transe ! Pour ceux qui ont vu la vidéo Live Baby Live du concert de juillet 1991 au Wembley Stadium devant 90 000 personnes, imaginez la même ferveur dans une petite salle surchauffée...
INXS n'avait pas remis les pieds en France depuis le 1er juillet 1997 (Paris, Zénith), Hutchence étant décédé quelques mois plus tard (novembre 1997). Le groupe n'est pas resté pour autant inactif et a repris en 2000 le chemin des concerts avec Jon Stevens (ex-Noiseworks) au chant, pour quelques tournées dont la seule en Europe (Just For Kicks) remonte à 2003 (sans passage par la France). Néanmoins, on attendait toujours un album...
C'est de manière très improbable qu'INXS a donc retrouvé un chanteur : grâce à l'émission américaine Rock Star, qui a permis d'auditionner des prétendants à la mission a priori impossible, succéder à Michael Hutchence. Miracle : le vainqueur, le Canadien J.D. Fortune, possède des qualités que même le groupe n'aurait sans doute pas espéré au départ. Le nouvel album, Switch, sorti fin 2005 (mais plus d'un an après en France, sans aucun travail de promo), confirmait tous les espoirs placés en Fortune : non seulement il ne cherchait pas à "remplacer" Hutchence, mais il ne dénaturait pas le son du groupe, au contraire ; il y contribuait en se montrant fin parolier (ce qu'était aussi Hutchence). C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles Fortune emporta le concours, car INXS avait proposé aux prétendants d'écrire les paroles et mélodies vocales d'un titre composé par leurs soins, et la version de Fortune était de loin la meilleure, ce qui donna le single Pretty Vegas qui fit un carton aux USA et au Canada.
Il restait donc à voir ce que INXS 2.0 allait donner sur scène. Présent de manière un peu inattendue au festival de Montereau Confluences (à 100 km de Paris), le groupe assurait la tête d'affiche du vendredi soir. Après Michel Delpech et Axelle Red, il n'est pas exagéré d'écrire qu'INXS, en débutant son set par Suicide Blonde, a légèrement décoiffé le public un peu sage constitué en majorité de familles tranquilles. Disposant de leur propre rampe de lights, et de leur propre ingénieur du son, la différence de qualité technique était sensible. Et quelle puissance ! En quelques chansons, le public était dans la poche, et pourtant INXS n'a pas joué la carte de la setlist "best-of" puisque pas moins de 7 titres (sur 11) du dernier album furent joués ! La setlist ne fut donc pas adaptée pour le festival, et INXS laissa même de côté leur premier tube international, Original Sin.
Le plus gros atout sur scène d'INXS 2.0, c'est sans doute finalement le même (toutes proportions gardées) que celui de la version 1.0... son chanteur ! Car J.D. Fortune est un sacré entertainer qui sait vraiment aller chercher le public, le faire réagir, et il est de surcroît un interprète à la fois juste et très énergique. Arpentant inlassablement l'immense scène du festival, Fortune a su conquérir peu à peu les 6000 spectateurs du festival. Kirk Pengilly et Tim Farriss n'étant pas en reste au niveau de l'occupation de l'espace. Beau set de 1h30, 17 titres, pour un show sans aucune faille : de superbes retrouvailles qui me firent vraiment chaud au coeur ! Voilà qui augurait bien du concert parisien du lendemain, dans une toute autre configuration : la Cigale (1500 places). A suivre dans une prochaine note...
Setlist
Suicide Blonde
Devil's Party
Mystify
Hot Girls
Disappear
By My Side
Afterglow
Hungry
Never Let You Go
Need You Tonight
What You Need
Folsom Prison (Johnny Cash)
Devil Inside
Pretty Vegas
Rappel:
God's Top Ten
New Sensation
Never Tear Us Apart
Don't Change
17:00 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : INXS, concert
10 juin 2007
Death Proof

Passons sur la traduction peu heureuse de "Boulevard de la Mort", qui fait perdre totalement le jeu de mot futé du titre original, qui avait le mérite d'annoncer la couleur. Death Proof est le 6ème long-métrage de Quentin Tarantino, et c'est un événement en soi. Annoncé comme un film "mineur", presque comme une recréation de luxe pour le cinéaste, il n'en reste pas moins une oeuvre dont tous les signaux annonçaient un film très spécial.
Afin de rendre hommage aux films de séries B qui les ont bercés, Tarantino et son complice Robert Rodriguez ont décidé en effet de tourner Grindhouse, un double-programme identique à ceux diffusés dans le cadre des systèmes d'exploitation Grindhouse (salles qui projetaient des doubles programmes déjantés entrecoupés de bandes annonces). Les deux films nés de cette association empruntent aux genres populaires de cette époque : Planet Terror de Robert Rodriguez est un film de zombie (à voir chez nous en septembre), tandis que Death Proof est un "slasher road movie".
Hélas, le concept du double-programme entrecoupé d'un entracte, parfaitement en phase avec le système d'exploitation US, a été jugé inhabituel pour les pays européens par la production du film et n'a pas passé les frontières américaines. Les frères Weinstein, producteurs du projet, ont décidé que le film serait coupé en deux pour tous les pays non-anglophones, et que chaque partie serait allongée pour un faire un film un peu plus long que les 75mn initiales de chaque partie.
C'est ainsi que Death Proof, en Europe, sort dans une version "longue" de 1h45, soit un quart d'heure en plus par rapport à la version US. Tant mieux (pour cette version plus longue), ou tant pis (de ne pas avoir le projet Grindhouse en salles tel qu'il a été imaginé) ? De toute façon, nous nous rattraperons en DVD, qui proposera sans doute toutes les versions.
Tarantino a déjà saturé tous ses films précédents de clins d'œil à tous les films de genre dont il raffole. L'exercice consistant à tourner lui-même une pure série B ne pouvait donc qu'aboutir à un film complètement fou et excessif. Hélas, ce n'est pas exactement ce qu'est Death Proof. Plaisir coupable parfois jouissif, parfois pénible, Death Proof est une crétinerie drôle, mais vaniteuse car trop sûre de ses effets. C'est donc un objet filmique vraiment unique, destiné uniquement, et vraiment uniquement, à se faire plaisir (pour Tarantino), et tenter de faire plaisir aux nostalgiques de ces bons vieux slashers fauchés.
Néanmoins, Tarantino ne fait pas que parodier et rendre hommage aux séries B qui ont bercé son adolescence ; il se parodie lui-même délibérément, en jouant ainsi avec la patience du spectateur. Les dialogues à propos de sujets populaires, d'apparence futiles, est une des marques de fabrique de Tarantino. Mais l'anecdotique est amusant dans la mesure où il touche le spectateur. Or, dans Death Proof, ces dialogues sont parfois étirés jusqu'à l'absurde, et finissent par être insupportables car ils sombrent dans des sujets de la plus totale médiocrité. On sent ici un vrai manque de recul ou de clairvoyance dans l'écriture, qui trahit probablement un péché de vanité. Le spectateur crève d'envie que l'action reprenne son cours, ce qui agit comme une délivrance très intense quand le slasher reprend son droit. Death Proof ne remplit donc pas totalement, loin s'en faut, le programme annoncé de Grindhouse, ce qui risque de faire des déçus, y compris dans le rang des fans.
Tarantino se moque toutefois d'emblée de ses détracteurs qui lui reprocheront de se contenter parfois de se contenter de faire du Tarantino, comme cette sonnerie de portable estampillée Kill Bill émanant d'un des téléphones des personnages, ou cette séquence où on retrouve les Texas rangers père et fils de Kill Bill 1. Cette crânerie ne masque pas ses pannes d'inspiration, réelles, comme la scène de lap dance qui cherche vainement à recréer l'effet culte de la scène de danse de Pulp Fiction, et qui n'est pas du tout à la hauteur du talent du cinéaste.
Death Proof est donc clairement un point bas dans la filmographie de Tarantino, qui semble avoir pris le melon avec le succès critique et public des deux Kill Bill, œuvre hautement aboutie en comparaison. Même en version originale de 90mn (telle que projetée aux USA dans la cadre du programme Grindhouse avec Planet Terror), Death Proof est un film déséquilibré, inconstant, sauvé toutefois par les éclairs de génie de mise en scène d'un des cinéastes américains les plus fascinants, même dans un semi-échec comme ici. Preuve qu'il y a un os, la bande-originale du film n'est pas aussi surprenante que d'habitude. C'est bon, mais c'est sans surprise.
7/10
09:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, tarantino

