17 juin 2008
Phénomènes

M. Night Shyamalan a encore frappé : il fait de pire en pire, comme si c'était possible... et on le laisse faire ! The Happening (Phénomènes en véeffe) est un ratage... phénoménal.
Même s'il ne subsistait plus grand-monde pour penser que Shyamalan pouvait à nouveau écrire et filmer des films décents, on peut cette fois surtout lui en vouloir d'avoir gâché une idée aussi intéressante que celle d'une vague de suicides inexpliqués (pitch visuellement et scénaristiquement d'un impact dramatique potentiellement passionnant).
A vrai dire, un seul plan permet de prendre la mesure de cete bonne idée gâchée : ce sont les ouvriers d'un chantier de Manhattan qui se laissent tomber du haut d'un immeuble en construction. Tourné en contre-plongée, l'effet est saisissant.
Hélas, Shyamalan rate intégralement tout le reste, et c'est à se demander d'où ont pu venir autant de défauts qui ressemblent à de l'amateurisme. La plupart des autres scènes de suicide déclenchent plutôt le sourire tant elles sont mal réalisées (cf. la transposition à l'écran de l'idée brillante qui consiste à envoyer un quidam en visite au zoo à se jeter dans l'enclos des lions). L'évacuation de New-York ressemble à un départ de week-end un vendredi soir comme les autres ; et l'explication quant à ce comportement (ces "phénomènes") est bêtement donnée dès le début, ce qui donne un film qui tourne à vide et qui paraît interminable malgré sa durée raisonnable de 90 minutes. Comme notre réalisateur est de surcroît responsable du scénario, on peut s'interroger aussi sur les dialogues paticulièrement insipides, avec quelques tentatives d'humour au ras des pâquerettes. Pour ne rien arranger, l'interprétation est de pacotille, avec une direction d'acteurs au point zéro et un casting qui n'arrange rien (acteurs aussi expressifs qu'une paire de sabots...).
Même la photo est assez laide, et Shyamalan s'enfonce vers un point de non-retour quand il expédie son petit groupe de survivants dans une vieille maison dont la propriétaire possède tous les atours de Norman Bates dans Psychose. On sait Shyamalan fan absolu d'Hitchcock, mais cet hommage sans aucune distanciation est outrancier et passablement énervant.
The Happening semble signer pour de bon la mort artistique d'un réalisateur qu'on a trop vite porté aux nues, et qui n'a jamais confirmé les espoirs placés en lui.
4/10
18:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, M. Night Shyamalan, Mark Wahlberg
26 avril 2008
Funny Games U.S.

L'Autrichien Michael Haneke est un des cinéastes les plus brillants du septième art. Aussi quand il entreprend un remake plan par plan de son film le plus controversé (Funny Games), il faut tâcher avant de comprendre pourquoi, même si de grands noms en ont fait autant avant lui (Hitchcock bien sûr, à qui on doit deux versions, l'une anglaise en 1934, l'autre américaine en 1956, de L'Homme qui en savait trop ; mais encore Frank Capra ou Howard Hawks). Pour ce faire, il est plus simple de citer Haneke lui-même :
"Je cherche à montrer la violence telle qu'elle est vraiment : une chose difficile à avaler. Je veux montrer la réalité de la violence, la douleur, les blessures infligées par un être humain à un autre. Sortant d'une récente projection de Funny Games U.S., un ami critique m'a dit : "Ce film a maintenant trouvé sa vraie place." Il a raison. Lorsque dans les années 1990, j'ai commencé à songer au premier Funny Games, je visais principalement le public américain. Et je réagissais à un certain cinéma américain, à sa violence, à sa naïveté, à la façon dont il joue avec les êtres humains. Dans beaucoup de films américains, la violence est devenue un produit de consommation. Cependant, parce que c'était un film en langue étrangère et que les acteurs étaient inconnus des Américains, le film original n'a pas atteint son public".
Véritable virtuose de la mise en scène glaciale, chirurgicale et irritante (très longs plans-séquences, absence de réponses aux questions), Haneke est connu pour son habileté à briser les attentes habituelles du spectateur, et le force à revoir sa manière de percevoir une œuvre cinématographique. Or, Funny Games U.S. n'a rien d'une œuvre aseptisée par le prisme hollywoodien. En ne retouchant rien (même pas la musique), en changeant uniquement la langue, les acteurs, et quelques décors, Haneke affirme en même temps que Funny Games étant en quelque sorte parfait à ses yeux. Il persiste et signe, donc, même dix ans plus tard, même si la violence s'est encore plus banalisée depuis. La réalité de la violence que Haneke entend décrire est-elle donc encore valide avec une représentation datant de dix ans ?
La réponse est oui grâce à la méthode de Haneke qui n'a pas pris une ride. Elle consiste à pervertir tous les codes auxquels le spectateur est habitué dans les films esthétisant la violence ou la justifiant moralement. En effaçant tout repère moral, et en jouant constamment avec la passivité/complicité du spectateur (grâce à des stratagèmes de mise en scène d'une intelligence vertigineuse, que je ne souhaite pas dévoiler ici), Haneke plonge son public dans un malaise bien plus nauséeux non seulement que toute production "horrifique" à but divertissant de l'industrie du cinéma ; mais malaise également encore plus dégoutant que les images "modernes" issues d'Internet, certes réelles et brutales, mais qui ne permettent pas de ressentir au final que la mort... n'est pas un jeu.
Il y aurait beaucoup à dire sur un film avec de telles implications artistiques et sociales. Le mieux est d'aller le voir, car Funny Games, original ou remake, reste une œuvre essentielle et cathartique, pour qui souhaite s'y risquer. Naomi Watts y signe sa deuxième très grande prestation de sa carrière, après Mulholland Drive de Lynch. Haneke avait posé pour seule condition sa présence dans le rôle principal. On comprend pourquoi et on admire aussi la direction d'acteurs. Chapeau bas, M. Haneke.
10/10
20:44 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Michael Haneke, Tim Roth, Naomi Watts, Michael Pitt
06 avril 2008
3:10 to Yuma

Hollywood, toujours plus prompt à prendre peu de risques, ne finance pour ainsi dire plus du tout de westerns. La dernière réussite créative dans le genre provenait (étonnament) de Kevin Costner et de son Open Range en 2004. Il est donc décevant qu'à la suite de son succès du biopic Walk The Line, James Mangold se soit contenté d'un remake d'un film réalisé en 1957 par Delmer Daves.
Je n'ai pas vu l'original de 3h10 pour Yuma, mais j'ai vu deux films de James Manglod (Copland, 1997 ; Identity, 2003), et je n'en attendais pas grand-chose, car Mangold reste, jusqu'à présent, un "faiseur" de film, c'est-à-dire bon technicien mais sans rien de bien intéressant pour le cinéphile. Le piège de ce film, c'est son casting, piège dans lequel je suis tombé. Habitué à un degré d'exigence plus élevé de la part de Christian Bale et de Russell Crowe, j'attendais de ces deux acteurs, réunis pour la première fois à l'écran, un grand spectacle. Hélas, si 3h10 pour Yuma est un bon divertissement, le film souffre de plusieurs écueils.
Le premier est incontestablement le scénario, qui souffre de beaucoup d'invraisemblances. Ensuite, on voit que le chef décorateur n'est pas de la trempe d'un Jack Fisk (The New World, There Will Be Blood...). Dans ce western, les décors font... décors. Il manque donc une bonne dose d'authenticité. Enfin, Russell Crowe joue un personnage sans grande épaisseur, avec un minimum de conviction, et Christian Bale s'en sort bien compte tenu de ce que le scénario lui donne pour définir son personnage. Nous sommes très loin de la rencontre au sommet qu'on aurait pu attendre. Au final, nous avons donc un remake dont on aurait fort bien pu se passer, et qui ne contribuera certainement pas à relancer le genre du western, du moins ceux de la grande tradition, où on pouvait y sentir la chaleur et la poussière du désert, ainsi que la lutte des hommes dans cette conquête du far west.
6/10
19:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, James Mangold, Christian Bale, Russell Crowe
19 mars 2008
There Will Be Blood

Le réalisateur américain Paul Thomas Anderson s'est imposé, en l'espace de trois films à la qualité croissante (Boogie Nights, Magnolia, Punch Drunk Love), comme un faiseur des plus malins d'Hollywood, dans la même bannette que les Soderbergh, Fincher, Tarantino, etc.
Il manquait à Anderson ce supplément d'âme, ou d'ambition, qui caractérisait la génération précédente (de Kubrick à Scorsese en passant par Malick). Avec There Will Be Blood, Anderson vient de franchir un gros pas. Ce film, qu'on peut facilement appeler celui de la maturité, montre un désir de grandeur qui fait cruellement défaut à sa génération de cinéastes. Il n'est ainsi pas anodin de voir Les Cahiers du Cinéma offrir leur couverture à ce film, avec pour titre, "Le cinéma américain à l'heure de There Will Be Blood".
There Will Be Blood semble s'inscrire dans cette nouvelle mouvance (qui doit beaucoup à Malick) qui montre les enjeux des hommes replacés au sein d'un environnement qui les dépasse : la Nature. Andrew Dominik dans The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, et Joel et Ethan Coen dans No Country For Old Men, sont deux récents films américains qui illustrent cette tendance, et le film de P.T. Anderson vient parachever ce désir de grandeur, avec une fresque au scénario et à la direction d'acteurs qui portent le film vers la cime des potentiels grands classiques.
En dehors de ces considérations, s'il n'y avait qu'une bonne raison pour aller voir ce film, elle tiendrait en l'incarnation possédée de Daniel Day-Lewis, qui rejoint une longue lignée de personnages mythologiques,
Techniquement, le film enterre la concurrence sur deux aspects : la musique, dont l'emploi et la nature (composée par le guitariste Jonny Greenwood, excepté un emprunt à Brahms) confèrent au film un pouvoir de fascination et de tension ; et enfin le look du film, que l'on doit au chef décorateur Jack Fisk, qui accepte bien peu de projets. J'avoue que j'attendais le nouveau film d'Anderson en partie par sa participation. Jack Fisk est le magicien responsable du design des films de Terrence Malick justement, et également de David Lynch. Deux réalisateurs qui portent au rendu visuel une attention maniaque. Que dire si ce n'est que le travail accompli sur There Will Be Blood est tout bonnement renversant... Quand toutes les étoiles sont alignées, on a affaire à un film rare qui s'appelle chef-d'oeuvre.
9/10
15:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Paul Thomas Anderson, Daniel Day-Lewis
16 mars 2008
U2 3D

Voici donc le premier film de concert exploité en 3D et en salles de cinéma. L'effort technologique fourni est sans précédent et la page Wikipedia consacré à ce film spécial regorge de détails impressionnants.
On peut retenir que ce procédé de prise de vues en relief date de 2005 et est en principe le must dans le genre, qui a d'ailleurs servi à filmer des matches de football américain et les diffuser ainsi aux USA. Visiblement, le succès de cette technologie, qui évite l'écueil habituel de donner des nausées au spectateur, a conduit les producteurs a introduire cette inoffensive et réaliste 3D dans un autre domaine des spectacles : les concerts. Le choix de U2 a été purement orienté par leurs propres goûts personnels.
Techniquement, il faut avouer qu'après quelques minutes d'adaptation, cette 3D passe bien mieux que celle entrevue aux parcs Disney ou Futuroscope. L'apport réside dans la profondeur de champ qui permet de se rendre compte des dimensions gigantesques du stade, du public, de la scène, des décors. On se sent immergé dans le show. Les plans sur les musiciens sont également un régal, en particulier ceux permettant de visualiser le jeu de batterie. C'est donc un soulagement qui domine : cette technologie n'est pas un gadget, les progrès accomplis sont considérables et il y aura bel et bien un marché, un jour, pour des diffusions de spectacles sportifs ou musicaux en 3D. Ce n'est sans doute pas amené à remplacer la 2D, mais le plus est indéniable et il y aura forcément un public pour ça.
Pour en revenir à ce concert de U2, pour continuer sur la technique, parlons du mixage du concert en surround. Pour une fois, pour un groupe populaire, le mix ne se contente pas de balancer un peu d'ambiance dans les enceintes non-frontales. Il y a au contraire des effets surround dignes d'un film, et qui réflètent l'orientation subjective du spectateur dans le plan vu à l'écran. Par contre, le public est mixé de manière parfois abusive en avant, surtout quand on veut bien nous faire comprendre que le public chante. Dans ces cas-là, la musique est parfois couverte et donc brouillonne, tout comme des effets sporadiques de réverb' un peu lourds sur la guitare et le chant ont tendance à former une "cathédrale" de son pas des plus audiophiles.
Quant à U2, sur cette tournée de Vertigo, on peut leur reprocher de... vieillir, tant leur jeu de scène devient pépère. Le contraste avec le concert de l'hippodrome de Vincennes le 4 juillet 1987 (récemment édité en DVD dans l'édition limitée des 20 ans de The Joshua Tree) est extrêmement flagrant. Ceci est à nuancer un tout petit peu par les plans rapprochés du groupe, qui ont dû être tournés sans public, à cause de la masse imposante du dispositif des caméras (il faut 2 caméras superposées par grue pour obtenir l'effet 3D) qui auraient trop bouché la vue des spectateurs. On comprend alors qu'il est difficile d'avoir la pêche devant un stade en fait complètement vide !
Le test de l'intérêt technique du relief pour un spectacle ayant été démontré, il serait intéressant à présent de le tester sur un groupe qui propose aussi une production conséquente, mais qui donne vraiment ses tripes sur scènes... pourquoi pas un Metallica, par exemple ? ;-)
7/10
10:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, U2
13 mars 2008
Be Kind Rewind

Un an et demi après La Science des Rêves, Michel Gondry revient avec un autre film dont il signe le scénario (son deuxième seulement). Grand bien lui en a pris de continuer à persévérer dans cette voie délicate, à savoir mariage entre film d'auteur donc, et divertissement grand public. Gondry avait une bonne marge de progression en ce qui concerne l'émotion dans ses films, et il semble ici avoir enfin franchi un palier.
On retrouve dans Be Kind Rewind tous les ingrédients bricolos et régressifs de Gondry qui a des idées à n'en plus finir quand il s'agit de travailler les matériaux. Sauf qu'il est ici plus facile (que dans la Science des Rêves) de s'identifier à ce bric-à-brac, puisque Gondry chatouille les souvenirs et les envies de tous ceux qui ont un jour tenu une caméra, qu'elle soit Super8 ou DV. De fait, Be Kind Rewind est une déclaration d'amour non seulement à la créativité et au manuel, mais aussi au cinéma, et ce de façon modeste.
Revers de cette modestie très plaisante : Be Kind Rewind s'enfonce par moment dans une naïveté un peu enfantine, mais c'est cette candeur qui procure enfin à un film de Gondry une étincelle d'émotion qui faisait un peu défaut avant. Alors, bien sûr, Be Kind Rewind n'a pas l'envergure d'un chef d'oeuvre, ni la prétention de produire un effet bouleversant. C'est néanmoins un divertissement populaire aux qualités très rares, voire uniques : c'est un film pétri de talent (manuel), qui n'écoute pas du tout les tendances mais qui met au centre de son histoire des choses (les VHS) et des artistes (Fats Weller) oubliés. Arriver à monter un tel projet et à intéresser le public avec ça tient quasiment du miracle.
8/10
23:37 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Michel Gondry, Jack Black
08 mars 2008
Redacted

Premier film tourné en numérique par ce grand cinéaste qu'est Brian De Palma, Redacted constitue un jalon majeur, doublé d'une cassure, dans la filmographie du réalisateur.
Il est difficile d'appréhender la portée de ce film en une seule vision. Non pas à cause de son scénario illustrant une histoire vraie (ce qui se passe avant, pendant et après le viol et le meurtre d'une Irakienne de 14 ans par des soldats américains), mais de part sa raison d'être : raconter ce qui se passe en Irak par les seuls procédés qui disent vrai, provenant des images brutes tournées par les soldats (et postées sur leurs blogs ou sur YouTube), les caméras de surveillance, et les documentaires de journalistes indépendants. Pour des questions de droits et de procès en cours d'instruction (à l'encontre des soldats coupables des véritables viol et meurtre), De Palma a dû inventer des situations et dialogues aussi similaires que possible à ceux des documents qu'il a trouvé peu à peu sur Internet. Une armée d'avocats a d'ailleurs dû valider au mot près chaque mot du scénario pour déterminer quand la ligne jaune était franchie, c'est-à-dire quand les situations imaginées par De Palma étaient trop proches des sources réelles.
Fracture donc dans l'oeuvre de De Palma : pour la première fois de sa carrière, ses images, même fausses (puisque fictionnalisées), disent vrai (car pas mensongères). Le spécialiste de l'illusion et des faux-semblants change radicalement de cap et nous offre donc un double remake : remake de son film Casualties Of War, car l'histoire se répète (sorti en 1989, il s'inspirait aussi de la même histoire réelle, le viol et le meurtre d'une Vietnamienne par des soldats américains lors de la guerre du Vietnam), et remake de documents réels.
On ne retrouve donc évidemment pas dans Redacted l'esthétique maniaque hitchcockienne de la majorité de la filmographie de De Palma. L'intérêt principal de Redacted est dans son puissant pamphlet dont la colère interpelle, car celle-ci se transforme parfois en humour noir, qui seul semble pouvoir rendre compte de la bêtise absolue de cette guerre. Redacted n'est donc absolument pas un film "de plus" sur les atrocités et l'absurdité de la guerre. C'est un film unique, un film de notre époque, dans laquelle le rire (jaune, nerveux, désespéré...) devient l'ultime réaction devant les pantalonnades des dirigeants de ce monde.
Pour conclure, il me paraît opportun de citer un extrait de l'édition de Jean-Michel Frodon dans le n°631 des Cahiers du Cinéma. Le rédacteur en chef rapporte que Redacted a suscité au sein de leur équipe plus de réactions et de débats qu'aucun autre film récent, car "ce n'est pas en tant que "chef-d'oeuvre", au sens d'un accomplissement esthétique supérieur, qu'il a commencé d'occuper une place de premier plan. C'est pour nous parce qu'il concentre et met en jeu exemplairement l'essentiel de nos interrogations sur la nature des images aujourd'hui, comme composantes à part entière de la réalité contemporaine y compris dans sa forme la plus dramatique, la guerre. Redacted est passionnant comme question (politique) bien plus que comme réponse (artistique)"
9/10
22:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Brian De Palma
22 février 2008
Juno

Révélé grâce à son second film Thank You For Smoking, Jason Reitman (le fils de Ivan Reitman - Ghostbusters !) s'attaque dans son troisième long-métrage à un autre sujet sensible (particulièrement aux USA) : la grossesse non désirée et la question du choix de garder ou non l'enfant.
Le sujet se prêtant moins à un film caustique et politiquement incorrect, Reitman trouve ici finalement un ton plus juste que celui de Thank You For Smoking, qui était tiraillé entre son enveloppe très hollywoodienne et ses velléités indie. Bien que la mise en scène et le savoir-faire éclatent dès le début comme un film de studio parfaitement maîtrisé, la bonne surprise se situe indéniablement du côté des personnages définis par le scénario.
D'apparence timide, mais dotée d'un grand sens de l'humour et d'un aplomb hors du commun, le personnage central de Juno est né après que la scénariste se soit aperçue qu'il n'existait aucun personnage de ce genre dans les films de teenagers. Le charme agit très vite, car Juno est en effet loin des clichés habituels. Paradoxe : autant elle affiche une distance presque choquante par rapport à l'enfant qu'elle porte (l'appelant ce "truc", cette "chose", etc.), autant sa volonté de donner cet enfant plutôt que d'y mettre un terme trahit une sensibilité que ses mots ne dégagent pas. Sur cet équilibre fragile, la comédienne Ellen Page fait des merveilles, et porte littéralement le film. Tête d'affiche du huis clos Hard Candy, découverte dans X-Men 3, Ellen Page va irrésistiblement continuer son ascension artistique.
Parfait également dans son rôle de géniteur involontaire, le comédien Michael Cera a fait ses débuts devant la caméra de George Clooney, en interprétant Chuck Barris jeune, dans Confessions d'un homme dangereux. Il a fait depuis la tête d'affiche du teenage movie SuperGrave, mais c'est un personnage éminemment plus sensible (et très maladroit) qu'il incarne dans Juno. Décidément irréprochable, le casting est allé trouvé avec bonheur Jennifer Garner dans un rôle à contre-emploi pour elle, où elle excelle (pas de spoilers !).
Enfin, n'oublions pas de mentionner que la bande originale du film fait la part belle à des musiques rock pas vraiment des plus mainstream ou à la mode : du vintage avec The Kinks, Mott The Hoople et The Velvet Underground, mais aussi quelques fines lames de l'indie US (Belle & Sebastian, Courtney Love, The Moldy Peaches). Tout ceci avec de belles joutes de connaissances musicales entre Juno et le futur père adoptif de son enfant. Craquant !
Bien sûr, le film reste fidèle à son but, à savoir un divertissement grand public, mais sans niaiserie, et avec des scènes qui posent des problèmes assez profonds, on peut dire que nous avons affaire à un film qui, sans marquer l'histoire du cinéma, procure en tout cas déjà bien plus de satisfaction que le tout-venant. Et c'est déjà assez rare !
7/10
13:04 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Jason Reitman, Ellen Page
19 février 2008
Cloverfield

Réalisateur de deux longs-métrages obscurs, Matt Reeves est plus connu comme créateur (et réalisateur) d'épisodes de séries TV, et s'est surtout illustré comme scénariste de The Yards (2000), le deuxième film du surdoué James Gray (cf. We Own The Night). Son statut devrait toutefois changer quelque peu avec ce Cloverfield produit par un autre créateur et réalisateur de séries TV, bien plus célèbre ; J.J. Abrams.
Cloverfield a été à l'origine d'un buzz conséquent sur le web. Alors que personne n'était au courant de ce projet, un teaser assez malin montrait une fête privée new-yorkaise perturbée par de gigantesques explosions. Rapidement répandu sur le web en juillet 2007, ce teaser ne dévoilait alors rien de l'intrigue mais précisait toutefois le nom du producteur (devenu très vendeur !) et la date de sortie.
Il faut reconnaître un talent marketing indéniable à Abrams, et une façon bien rusée de distiller le mystère sur de nombreux mois (ce qui a son pendant inévitable, à savoir que le soufflé se dégonfle dès la surprise dévoilée). De surcroît, Abrams a parfaitement compris comment utiliser l'engouement pour des sites web comme YouTube. Décrit partout comme un croisement entre Godzilla et The Blair Witch project, force est de constater que Cloverfield est bien grosso modo fidèle à ce raccourci, mais le principe de caméra subjective, amateur, fait bien entendu plus écho aujourd'hui à toutes ces vidéos de particuliers, que ce soit sur YouTube donc, mais aussi les blogs, celles qu'on s'envoie sur mobiles, etc. L'effet d'identification est immédiat et le réalisme est donc très frappant.
Ce réalisme est bien ce qui permet de s'accrocher à son fauteuil pendant 1h30, car autant l'histoire comporte un nombre impressionnant d'incohérences, autant le divertissement est total grâce au soin avec lequel la réalisation en caméra subjective est poussée. Le film de Matt Reeves est donc finalement un coup d'essai plutôt réussi, si toutefois on veille à ne pas attendre plus que ce que toute la promotion, orchestrée de main de maître par Abrams, pouvait en laisser espérer.
Il n'y a d'ailleurs peut-être pas de meilleur exutoire à nos traumatismes que ce Cloverfield. La situation en plein New-York de ce désastre n'est évidemment pas un hasard, et si le film Godzilla de 1954 adressait directement les peurs liées à la bombe atomique d'Hiroshima, Cloverfield est une expérience éminemment cathartique pour les attentats du 11/09/2001. Les personnages de Cloverfield sont interprétés par des acteurs totalement inconnus, et ils passent tous pour de gentils crétins (impossible donc de s'y identifier), pauvres hères livre en patûre aux événements épouvantables qui dévastent New York. Vu le succès en salles de Cloverfield, cela est révélateur de nos psychoses.
7/10
11:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Matt Reeves, J.J. Abrams
17 février 2008
Things We Lost In The Fire

Le précédent long-métrage de la Danoise Susanne Bier, After The Wedding, m'avait laissé relativement pantois devant une telle réussite artistique.
Contrairement à que je souhaitais alors, je n'ai pas pu découvrir depuis le reste de la filmographie de Susanne Bier, mais la réalisatrice a sorti son nouveau film, Things We Lost In The Fire (sorti en France sous le nom approximatif de Nos Souvenirs brulés), tourné pour la première fois aux USA, avec des acteurs américains : Benicio Del Toro, Halle Berry, Alison Lohman, David Duchovny...
En quelques minutes, la personnalité intense de la réalisatrice se retrouve intacte à l'écran, et je peux alors me borner à reproduire à l'identique ce que j'écrivais à propos de la réalisation d'After The Wedding : Susanne Bier filme beaucoup caméra à l'épaule, passant littéralement au scalpel des performances d'acteurs viscérales. Ses cadrages sont virtuoses et nous transportent au coeur de l'émotion et de l'atmosphère des scènes. Mieux, elle sait capter mille détails qui mettent le récit en état d'apesanteur pour quelques secondes, comme sait si bien le faire l'immense Michael Mann. Ajoutons que le directeur de la photographie est Tom Stern, le chef op' des cinq derniers films de Clint Eastwood... et nous avons une réussite formelle déjà incontestable. Mais ce n'est pas tout.
Things We Lost In The Fire est stylistiquement un drame, par moment un mélodrame, mais jamais (à mon avis) sans franchir la ligne jaune, c'est-à-dire sans tomber du côté de la guimauve. Le scénario évite de surcroît les clichés qui s'offrent à lui, et le centre de gravité du film se déplace peu à peu au cours des deux heures. Les acteurs sont admirablement bien dirigés (même l'habituellement transparente Halle Berry est bouleversante). Benicio Del Toro a comme d'habitude étudié de très près son personnage, ici de junkie, en allant jusqu'à participer à des réunions des Narcotics Anonymous. Le résultat est intense, douloureux, pétrifiant, mais ni ennuyeux, ni boursouflé ; en un mot : digne. Néanmoins, inutile d'aller voir de tels films si vous n'avez pas le moral, on en ressort groggy.
Vivement le prochain film de Susanne Bier, et espérons qu'elle va finir par se faire un nom, en tout cas son passage de l'autre côté de l'Atlantique est un succès, ceci grâce au producteur Sam Mendes (réalisateur d'American Beauty, Jarhead...), qui l'a choisie spécifiquement pour ce projet et qui lui a laissé une liberté totale. Susanne Bier a d'autres projets de films aux USA ; si la qualité reste à ce niveau, nul doute que le grand public devrait enfin avoir une autre image du cinéma danois que celle de Lars Von Trier !
8/10
11:03 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Susanne Bier, Benicio Del Toro, Halle Berry, Alison Lohman
27 janvier 2008
No Country For Old Men

Chaque film d'Ethan et Joel Coen relance d'interminables discussions sur le thème de quel est leur "meilleur" film, la réponse différant pour tout le monde puisque leur univers très personnel et inimitable touche des cordes à la sensibilité variable suivant les préferences cinématographiques de chacun.
Peut-être vexés par l'accueil réservé à leur précédent film, Ladykillers (comédie, qui, il est vrai, faisait pâle figure face à O Brother, Where Art Thou? et Intolerable Cruelty, et qui reste à ce jour le film le plus mineur de leur carrière), les Coen sont revenus au genre d'histoire qui a fait leur réputation : le thriller-polar-comédie dramatique.
Néanmoins, pour la première fois de leur carrière, il ne s'agit pas d'un scénario original, mais d'une adaptation du roman éponyme de l'écrivain américain Cormac McCarthy. Ce n'est donc peut-être pas un hasard si No Country... ressemble avant tout à un très brillant exercice de style, où tous les éléments sont étudiés avec un soin maniaque : mise en scène, direction d'acteurs, montage (et pas musique - au sens score - puisque celle-ci est totalement absente, mais ceci est après tout aussi un exercice de style en soi !). Il manque du coup à mon avis une certaine âme au film, qui provient peut-être du fait qu'il est difficile de ressentir la moindre empathie pour les personnages. De cette maestria incontestable, l'émotion fait sans doute un peu défaut pour que No Country... soit un véritablement un des chefs-d'oeuvres absolus du duo.
No Country... comporte un double paradoxe : c'est à la fois le film le plus contemplatif des Coen (alors que le suspense est constant - ceci instaure un faux rythme peu usuel), et également le plus violent. Ce n'est néanmoins pas une violence réaliste, mais très "tarantinesque". Ce n'est d'ailleurs pas le seul élément emprunté à l'univers de Tarantino. Les discussions entre les deux rangers texans (à propos, c'est le nième rôle du genre pour Tommy Lee Jones, ça devient un peu sans surprise) font fortement écho à celles de Kill Bill (1 & 2).
Le film me marquera sans doute pour longtemps en ce qui concerne le personnage du tueur Anton Chigurh incarné par Javier Bardem (qui fait décidément une carrière sans aucune faute). Chacune de ses apparitions est terrifiante, non pas à cause de sa façon de tuer (qui est de surcroît horriblement comique), mais à cause de son absence totale d'humanité (désincarné, il est littéralement personne, ou plutôt le mal absolu), et son absence de tout sens moral qui le conduit à tuer de manière absconse.
Les frangins rassurent donc leur public, et survolent sans difficulté la grande majorité des sorties américaines, même indie ; ils restent des auteurs stars, garant d'un savoir-faire iconoclaste.
8/10
20:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Ethan Coen, Joel Coen, Javier Bardem, Tommy Lee Jones, Josh Brolin
20 janvier 2008
Live ! (avant-première)

Live ! est le premier long métrage de fiction de Bill Guttentag, réalisateur récompensé à de nombreuses reprises pour ses documentaires Death On The Job (1991), Blues Highway (1994) et Twin Towers (2003).
Live ! est produit par Eva Mendes, la redoutable Américano-cubaine qui tenait la vedette aux côtés de Joaquin Phoenix dans le chef d'oeuvre de James Gray, We Own The Night. Elle occupe cette fois le rôle principal, nous permettant ainsi de savoir si la belle, qui a déjà tourné avec Robert Rodriguez et les frères Farrelly, est susceptible d'accéder à la division supérieure, comme le laisse supposer justement sa prestation dans We Own The Night.
On peut dire que Eva Mendes a en tout cas pris de sacrés risques en s'investissant autant dans Live ! Elle y incarne en effet une très ambitieuse responsable de programmes TV, qui décide de lancer une nouvelle émission de télé-réalité qui fera date dans l'histoire télévisuelle. Les candidats de cette émission au concept révolutionnaire s'affronteraient en direct à la roulette russe pour gagner 5 millions de dollars...
En allant à l'avant-première du film (en présence de Eva Mendes et de Bill Guttentag), avec un pitch et une affiche pareils, on pouvait s'attendre à un nanar, ou à une surprise. C'est heureusement dans ce deuxième cas de figure que ce film nous place, grâce au procédé parfaitement idoine ici du faux documentaire. La forme est donc totalement celles des (vrais) documentaires de Bill Guttentag, sauf que tout est est scénarisé. Néanmoins, les méthodes sont les mêmes : caméra à l'épaule, son parfois approximatif, pas de musique, séquences filmées en caméra cachée avec basse qualité d'image, etc.
Pour apprécier pleinement ce film, mieux vaut ne pas trop en savoir à l'avance. C'est donc volontairement que je ne détaillerai pas avec quel talent et quels ressorts ce faux documentaire arrive à nous faire croire à ce que le bon sens nous enjoint de refuser de penser que cela puisse arriver. Le scénario (de Bill Guttentag lui-même) est tellement malin qu'il est même fort possible que le film soit un bide aux USA, l'écart entre le premier et le deuxième degré étant constamment très étroit (comme, en son temps, Starship Troopers de Paul Verhoeven, d'ailleurs massacré aux USA).
Derrière son souci de réalité, Live ! est bel et bien une attaque salutaire et virulentes rouges sur la télé-réalité, dont l'audience va de pair avec la cruauté et l'humiliation de ses mises en scène. Les sondages cités dans le film sont hélas tout à fait réels : une majorité d'Américains serait prête à payer pour regarder des exécutions capitales en direct. Partant de ce constat, la guerre de l'audimat et la perspective d'une audience record dans l'histoire de la télé peuvent donc faire sauter les dernières barrières morales.
Bill Guttentag, avec son scénario pointu, parvient ainsi à mettre en exergue la complexité du jugement moral, de la concurrence et des valeurs contemporaines véhiculées par le phénomène de la télé-réalité. Il offre par ailleurs une excellente exploitation cinématographique du jeu de la roulette russe, utilisée également de manière remarquable comme ressort dramatique par Michel Cimino dans The Deer Hunter (Voyage au bout de l'enfer) et par Gela Babluani dans 13 Tzameti.
Eva Mendes démontre pour de bon qu'il va falloir compter avec son talent et pas qu'avec son physique, qui convient de toute façon parfaitement à son personnage détestable ; ce dernier n'est pas sans rappeler celui qu'incarne Gina Gherson dans The Insider (Revelations) de Michael Mann. De ce qui peut peut paraître comme de l'humour noir au départ, le film, grâce notamment à la prestation d'Eva Mendes, passe petit à petit dans l'horreur, avec une conclusion sans appel. 2008 commence fort, avec ce film inattendu, réflexion pour adulte en forme d'uppercut qu'on n'avait pas vu venir.
8/10
15:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Bill Guttentag, Eva Mendes
08 janvier 2008
Filatures

Une branche secrète de la police de Hong Kong mène des filatures sophistiquées. Le Capitaine Huang engage Piggy, une débutante au visage ingénu, donc insoupçonnable. Ensemble, ils vont tenter de remonter jusqu'au cerveau d'un casse. Mais le cerveau devine le danger et disparait. Piggy est assignée à une nouvelle affaire. Alors qu'elle est en pleine filature, sa route croise celle du cerveau...
Un service de la police de Hong Kong fait réellement, et exclusivement, des filatures. Ils n'ont pas le droit de procéder à une arrestation. C'est l'idée de suivre cette unité qui a donné envie à Yau Nai Hoi, le scénariste attitré de Johnnie To, de passer pour la première fois derrière la caméra, après tant d'années de service aux côtés du maître du polar à Hong Kong.
Le titre original, Eye In The Sky, donne une meilleure idée de l'oppression paranoïaque que parvient à installer Hoi dans cet espace urbain si photogénique qu'est Hong Kong. Le budget étant limité, de nombreuses scènes de rues ont été tournées en secret, sans autorisation, depuis des toits d'immeubles, à l'insu des passants, ce qui renforce férocement le réalisme de ce jeu de surveillance très habile et très tendu entre mafieux et policiers.
La réalisation est virtuose, le montage aussi, tout dédié à ne jamais relâcher le suspense qui court tout au long des 90 minutes que dure le film. Hélas, le scénario reste un peu simpliste, et malgré un attachement plus développé que la moyenne à ses personnages, il manque un peu de profondeur et d'émotion pour que Filatures soit autre chose qu'un polar divertissant, mais un peu vide.
7/10
10:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Yau Nai Hoi
03 janvier 2008
I Am Legend

Ce deuxième film de Francis Lawrence (je n'ai pas vu son premier, Constantine, sorti en 2005) est directement adapté du livre culte de l'écrivain américain Richard Matheson, le roman d'anticipation I Am Legend, paru en 1954. Oeuvre-phare de la littérature SF, cette histoire avait déjà été transposée sur grand écran à deux reprises : dans The Last Man on Earth porté par Vincent Price en 1964, puis dans Le Survivant de Boris Sagal en 1971, emmené par Charlton Heston.
L'histoire est simple : Robert Neville (Will Smith), militaire scientifique, n'a pu endiguer le terrible virus issu d'un traitement miraculeux du cancer. La race humaine a été dévastée, une minorité a survécu mais est retournée à l'état animal, avec les symptômes de la rage. Pour une raison inconnue, Neville est immunisé et reste le dernier être humain sain dans ce qui reste de New York et peut-être du monde. Depuis trois ans, il envoie des messages de détresse sur ondes courtes, espérant trouver d'autres humains non infectés. Traqué par les victimes de l'épidémie, il cherche un moyen d'inverser les effets du virus à l'aide de son propre sang.
Le roman se passait à L.A., mais c'est New York City qui a été choisie pour le film, ce qui renforce bien entendu dramatiquement l'impact des scènes de ville-fantôme, absolument saisissantes. Celles de Londres désert dans 28 Days Later de Danny Boyle (même thématique) étaient déjà fascinantes, mais dans I Am Legend, comme la ville est désertée depuis plusieurs années, la nature y a repris ses droits et apporte une dimension poétique aux canyons urbains dépeints à l'écran.
La qualité de ce blockbuster de fêtes de fin d'année est précisément de ne pas ressembler tant que ça à un blockbuster. La première heure rend compte de la solitude écrasante de Robert Neville et de ses efforts pour ne pas devenir fou, tel un Robinson urbain. Les scènes d'action, féroces et violentes, n'en trouvent que plus d'impact, même s'il est très regrettable que les humains infectés aient été intégralement réalisés en effets spéciaux. Ils sont laids, très laids, et peu crédibles en fin de compte, car nous ne sommes pas ici dans un film de zombies...
Heureusement, Will Smith, lui, est vraiment à la hauteur, dans un de ses rôles sérieux ; pas de frime ou d'humour forcé comme dans Bad Boys ou I, Robot. Convaincant dans ce rôle solitaire, taciturne et presque déprimant, l'acteur porte les films sur ses épaules, et pour cause, il est seul... sauf dans les scènes de flash-back, glaçantes, qui narrent l'infection et la mise en quarantaine de Manhattan.
La faiblesse du film tient à son manque de réelle surprise, à l'invraisemblance des infectés, et à son dénouement (qui apparemment s'éloigne de la richesse du roman dont il est issu). Mais c'est un blockbuster à l'identité surprenante, même si inaboutie.
7/10
21:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Francis Lawrence, Will Smith
12 décembre 2007
Un baiser s'il vous plaît

J'avais découvert l'auteur Emmanuel Mouret avec Changement d'adresse en 2006, et ce fut un vrai coup coup de coeur, une révélation. J'étais immédiatement allé voir son film précédent, Vénus et Fleur (je n'ai pas vu son premier, Laissons Lucie faire), et les germes de son talent étaient déjà là. Issu comme François Ozon de la Femis, Emmanuel Mouret devrait logiquement cette fois s'imposer comme un des meilleurs auteurs français.
Toutes les qualités de Changement d'adresse sont là (burlesque, poétique, décalé, tendre, drôle, mélancolique, absurde, délicat, léger...), mais Mouret a encore progressé. Son scénario est bien plus abouti, car il emmène cette fois le spectateur dans une aventure encore plus imprévisible. Plus mûr aussi, Mouret apporte une dimension dramatique qui manquait à ses précédents films. Et cerise sur le gâteau, il évite avec un brio absolu tous les clichés des comédies.
Sa direction d'actrices telles que Julie Gayet et Virginie Ledoyen apporte une richesse plus grande encore à sa mise en scène millimétrée, et Mouret en tire véritablement le meilleur, tout en convoquant une fois de plus l'incroyable Frédérique Bel, cette fois dans un rôle secondaire.
Mouret conserve ses scènes cocasses (on pense à Chaplin, Keaton, Allen), d'un humour d'une finesse inégalée ; il garde aussi le rôle masculin principal du jeune homme "à côté de la plaque", et adopte toujours un style théâtral assumé. Ce film est une réussite encore une fois stupéfiante, les mots ne peuvent pas rendre compte de l'univers très décalé et iconoclaste d'Emmanuel Mouret, et pourtant si émouvant.
On n'attend qu'une chose : la suite ! En espérant que s'il garde le rythme d'un film par an, il saura aussi en garder la qualité. En tout cas, il mérite vraiment la reconnaissance, et ce film clôt pour moi de manière inespérée la saison 2007.
9/10
ps : j'ai vu ce film en avant-première, avec la présence d'Emmanuel Mouret, Virginie Ledoyen, Julie Gayet et Frédérique Bel. Il est assez amusant de constater que chacun semble assez proche en vrai de son personnage dans le film !
09:26 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Emmanuel Mouret
10 décembre 2007
Cowboy

Comme son affiche le laisse présager, Cowboy repose intégralement sur les épaules de Benoît Poelvoorde. Ce dernier incarne un journaliste obligé d'animer une émission sur la sécurité routière pour pouvoir vivre, loin de ses envies de reportages. En pleine crise de la quarantaine, et assailli de doutes sur le sens de sa vie et sur le respect de ses idéaux quasiment perdus, il va se lancer à corps perdu dans la réalisation d'un reportage pour retrouver les protagonistes d'un drame (réel) : une prise d'otage d'un bus d'adolescents, en 1980, en Belgique. L'auteur des faits avait alors pour but d'attirer l'attention des médias pour dénoncer les inégalités sociales, pas de faire mal aux enfants. Cet épisode, qui a marqué sa jeunesse et forgé ses idéaux, il veut le faire revivre aux différents acteurs du drame pour montrer que 27 ans plus tard, rien n'a vraiment changé.
Sur ce pitch plutôt original, voire engagé, le film démarre sur les chapeaux de roues, mêlant avec brio satire sociale, cynisme débridé, et pathétique douloureux. Néanmoins, plus le film avance, plus le documentaire entrepris par le médiocre qui se rêve héros se transforme en fiasco, et curieusement l'ennui gagne aussi le spectateur, faute de rythme et faute de réalisme. Benoït Mariage (déjà auteur d'un film à forte connotation sociale, Les Convoyeurs attendent) ne parvient pas à garder l'équilibre du début du film. Le film semble fonctionner par scènes, sans réel liant entre elles, et le personnage joué par Gilbert Melki (l'ancien gauchiste auteur de la prise d'otage) est très insuffisamment développé. L'excellent Melki fait ce qu'il peut, mais son personnage n'existe pas vraiment. Dès lors il ne se dégage aucune émotion, aucun enjeu entre l'ancien anar, et ses anciens otages devenus adultes.
C'est fort dommage et le film, ponctué tout de même de scènes fortes, cruelles ou drôles, est finalement à recommander aux inconditionnels de Poelvoorde, au jeu ici très bien dosé, bien dirigé.
6/10
11:17 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Benoit Mariage
05 décembre 2007
We Own The Night

James Gray est un cinéaste rare : trois films seulement depuis 1994. A l'âge de 25 ans, il écrit et tourne Little Odessa en 1994 et obtient le Lion d'Argent à Venise, tout comme le prix de la Critique du Festival de Deauville. Ce film très sombre, avec Edward Furlong et Tim Roth, se passe à Brighton Beach, une zone de New-York City rarement dépeinte au cinéma, dans le quartier de la mafia juive russe appelée Little Odessa. James Gray passe immédiatement pour un surdoué très prometteur.
Pour The Yards, en 2000, il embauche Mark Wahlberg et Joaquin Phoenix, qu'il convoque à nouveau en 2006 pour le tournage de We Own The Night (devis de la brigade des stups à NYC dans les 80's). Encore une fois, c'est à Brighton Beach que l'action se situe, et encore une fois l'ombre de la mafia russe plane sur le film. Et encore une fois, James Gray évite les clichés sur NYC, en tournant dans des quartiers qu'on ne voit jamais dans les films. Pas de redite avec Little Odessa néanmoins. We Own The Night explore l'histoire de Bobby (peut-être bien le rôle de sa vie pour Joaquin Phoenix, sidérant), patron d'une boite de nuit branchée appartenant à des Russes qui étendent leur influence grâce au trafic de drogue. Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille : seule sa petite amie (Eva Mendes), Amada est au courant que son frère, Joseph (Mark Wahlberg), et son père, Burt (Robert Duvall), sont des membres éminents de la police new-yorkaise...
L'histoire a l'air classique. Elle l'est, mais écrite par James Gray, ce policier est nettement plus proche d'un drame quasiment shakespearien comme Heat de Michael Mann. Si Little Odessa ne m'avait pas spécialement impressionné à cause de son scénario, il faut avouer qu'avec We Own The Night, James Gray a hissé son cinéma à un niveau proche de celui de celui de Michael Mann (sans toutefois jamais le copier d'un point de vue du style). Comme dans Miami Vice, le film commence sans générique d'introduction sur une fantastique scène dans une boîte de nuit. Sur "Heart Of Glass" de Blondie, le couple Phoenix/Mendes nous est présenté. Il brûle l'écran. A partir de là, impossible de détourner son regard de cette tragédie vertigineuse. James Gray nous offre 1h50 de bonheur cinématographique, d'une énergie et d'une émotion tétanisantes. Il n'y a pas une séquence qui ne serve à moins de 100% le flux assez imprévisible de l'histoire.
Ce qui va rester probablement comme un des films majeurs de cette décennie a l'ironie de sortir moins d'un an après des films comme The Departed de Scorsese ou American Gangster de Ridley Scott, qui se donnaient des airs de grands classiques du polar, et qui y échouent totalement. James Gray, lui, avance avec plus de modestie, et rafle la mise. Le génie qu'on lui pressentait à ses débuts est bien là, mûr et avéré. Nous avons gagné un très grand. Vivement la suite !
10/10
09:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, James Gray
02 décembre 2007
My Blueberry Nights

Je me demande encore ce que Wong Kar-Wai a voulu faire en tournant pour la première fois aux USA, et en langue anglaise. Visiblement, quelque chose s'est perdu entre Hong-Kong et les USA ! Deux citations résument bien le ratage :
"Wong Kar-Wai se ridiculise comme un bleu avec cette panouille pas possible sur fond de pâtisserie et de bisous de posters" Jean-Philippe Tessé, Chronic'art
"Bluette insipide et carte postale du touriste Wong Kar-Wai en vacances aux Etats-Unis, le film assène sa philosophie de comptoir et ses métaphores sexuelles malheureuses (...). Complètement tarte" Olivier Bonnard, TéléCinéObs
En outre, Wong Kar-Wai a fait la cruelle erreur de vouloir tourner ce film avec la chanteuse Norah Jones dans le rôle principal, qui n'avait alors jamais été actrice. Si elle arrive à faire illusion dans la première partie du film face à Jude Law, en échangeant des banalités et en mangeant de la tarte aux myrtilles, elle paraît soudainement bien pâlote face aux brillantes Natalie Portman et Rachel Weisz, qui déroulent des rôles de composition qui évitent au film le zéro pointé.
Reste de My Blueberry Nights quelques belles images qui n'appartiennent quà Wong Kar-Wai, mais c'est trop maigre. Car même ses fameux ralentis tournent au gimmick quand ils sont utilisés à l'envi. Décidément, on se demande quelle mouche a piqué ce réalisateur.
4/10
09:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Wong Kar-Wai
30 novembre 2007
Once

C'est un conte de fées comme l'histoire du cinéma en est traversée de temps à autre. C'est l'histoire d'un réalisateur irlandais débutant, John Carney, qui doit tourner un film avec l'excellent acteur Cillian Murphy, mais celui-ci se désiste peu de temps avant le tournage, pas satisfait d'avoir à donner la réplique à l'actrice non professionnelle que le réalisateur a en tête (Markéta Irglová, pianiste). Dans la foulée, le producteur retire ses billes. En catastrophe, le réalisateur demande à son ami Glen Hansard, compositeur de la musique du film, de tenir le rôle principal. Hansard est lui aussi acteur non-professionnel, bien qu'il ait tourné une seule fois, dans The Commitments (1991) d'Alan Parker. Glen Hansard possède un groupe, The Frames, qui marche bien, et n'est pas très chaud pour faire l'acteur, mais accepte finalement de dépanner son ami.
Le budget tombe à 160 000$, le Irish Film Board en finance 75% et Carney y verse tout le reste de ses économies. Tous les acteurs y jouent gratuitement. Le film se tourne en 17 jours, en décors et lumière naturels, sans autorisation de la ville de Dublin pour les scènes extérieures.
Le film remporte le prix du public au festival de Sundance cette année, Spielberg s'enthousiasme (""A little movie called Once gave me enough inspiration to last the rest of the year"), et le buzz est tel que le film rapporte finalement 100 fois sa mise.
Dans les rues de Dublin, deux âmes seules se rencontrent autour de leur passion, la musique... Il sort d'une rupture douloureuse. Elle est mariée à un homme qu'elle n'aime plus. Dans un monde idéal, ils seraient fait l'un pour l'autre. Ensemble, ils vont accomplir leur rêve de musique.
On peut donc enfin découvrir en France ce film très axé sur la musique et la force créative, à tel point que cela en est presque un film musical tant récit et plages musicales s'imbriquent avec force. Les chansons, composées par les deux acteurs (qui sont donc des musiciens, en fait !), sont de très belles pièces pop/folk/rock (irlandais), avec un charme indéniable et attachant. Cette histoire, qui aurait facilement pu verser dans la guimauve, est finalement tellement touchante, souvent drôle, et sincère qu'elle désamorce tous les pires a priori qu'on pouvait avoir.
De surcroît, le scénario évite avec habileté bien des poncifs (qu'on ne citera donc pas pour ne rien spoiler !), ce qui rend ce premier film véritablement attachant et finalement bien rare, aux antipodes de ce que son pitch pouvait laisser penser. Si vous aimez la musique, si vous aimez être touché, si vous aimez rire, si vous aimez les films avec des acteurs désarmants de naturel (et pour cause, puisque ce ne sont pas des professionnels), courez voir ce film, très rafraîchissant.
Enfin, un film qui met en scène la statue de Phil Lynott (le regretté leader de Thin Lizzy), inaugurée en 2005 dans Harry Street à Dublin, ne pouvait pas être mauvais ! ;-)
8/10
22:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, John Carney
28 novembre 2007
De l'autre côté

On n'en finit plus d'encenser le réalisateur germano-turc Fatih Akin. Prix du scénario à Cannes (seul prix, qui en général, ne fait pas trop débat), j'ai enfin donc pu découvrir ce réalisateur (notamment aussi suite à la lecture de la note d'Angrom - merci !). Les précédents films d'Akin ne m'avaient pas trop attiré, sans doute à tort.
Il faut avouer qu'au bout du compte, Auf der anderen Seite est en effet un film d'une rare virtuosité scénaristique (scénario d'Akin lui-même), où une histoire chorale traite extrêmement habilement de la mort, de la famille, et des relations politiques entre la Turquie et l'Union Européenne (à travers l'Allemagne). Il est très rare de voir un tel équilibre entre un enjeu émotionnel fort et une réflexion politique qui dépasse la simple toile de fond. Sans dévoiler quoi que ce soit, on peut dire qu'en plus Akin parvient à éviter les clichés habituels qui collent aux histoires chorales.
La mise en scène est sans artifices, fluide et entièrement au service de l'histoire qui évite tout pathos malgré ses fortes émotions. Du cinéma d'auteur de bel ouvrage, fin, intelligent, intense, pas pédant et accessible à tous, voilà qui est bien rare finalement. A conseiller aux cinéphiles et bien au-delà.
8/10
22:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Fatih Akin
19 novembre 2007
American Gangster

A quand remonte le dernier bon film de Ridley Scott ? En 2001, pour Black Hawk Down, ou en 2000, pour Gladiator, selon les goûts. Depuis le monstrueux doublé Alien (1979) et Blade Runner (1982), films qui marquent encore les cinéphiles, Ridley Scott a souvent alterné le meilleur (Thelma & Louise, 1991) et le pire (G.I. Jane, 1997, ou encore Hannibal, 2001).
Depuis quelques années, ce stakhanoviste semble filmer un peu tout ce qui présente, et cette fois, avec American Gangster, ça se profilait un peu mieux que d'habitude avec une histoire comme on les aime depuis The Godfather : l'ascension, l'apogée et la chute d'un grand gangster. Basé cette fois sur des faits réels, Frank Lucas fut le seul black de l'histoire du grand banditisme à avoir atteint un tel niveau de pouvoir (il avait Harlem sous sa coupe) et de richesse (Lucas avait eu l'idée de génie de s'approvisionner directement en héroïne pure en Asie grâce à des officiers américains véreux, pendant le conflit du Vietnam).
Avec Denzel Wahsington dans le rôle de Frank Lucas, et Russell Crowe dans le role de l'inspecteur Roberts (dont la vie personnelle, véritable désastre, est à rapprocher de l'inoubliable Vincent Hanna dans Heat de Michael Mann), on pouvait s'attendre à fort beau duel. Si Russell Crowe ne déçoit guère (même s'il est loin d'être aussi habité que dans Revelations de Michael Mann ou Gladiator de Ridley Scott justement), Denzel Washington n'est ni Marlon Brando ni Robert De Niro. Il n'en impose pas du tout autant, et il semble nettement plus à l'aise dans les rôles de "gentils" que de "méchants". Manque de charisme et de carrure, cet american gangster n'est donc pas hyper impressionnant et en toute logique, ne peut donc pas hisser le film au rang des références indirectes qu'il soulève souvent.
Cet ersatz se laisse regarder avec plaisir, bien sûr, Ridley Scott étant un un vieux bricard qui sait y faire, et la reconstitution de l'environnement politique et social des années 70 à New-York City est particulièrement bien exécuté. Mais cette livraison manque de souffle épique, de noirceur et d'émotion : non seulement le film ne procure guère de grandes scènes de tension, mais de surcroît il ne procure guère d'empathie pour ses personnages. Ca ressemble à un excellent documentaire un peu romancé. Dommage.
6/10
18:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
15 novembre 2007
Eastern Promises

David Cronenberg s'approche de son vingtième long-métrage, et toujours pas de raté à déplorer. Même avec un film de "commande" comme Eastern Promises, il n'y a rien à craindre : le maître sait construire deux films en un, comme il l'a déjà prouvé avec sa précédente commande, A History Of Violence. Même si Eastern Promises et A History Of Violence ne sont pas des films d'auteur à proprement parler, Cronenberg n'en ayant pas signé le scénario, il leur en a apporté des modifications et se les est totalement appropriés.
Le scénariste, Steven Knight, à qui l'on doit le tétanisant Dirty Pretty Things (réalisé par Stephen Frears, un de ses multiples chefs-d'oeuvres), explore pour la seconde fois la face cachée et terrifiante de Londres. Une sage-femme, Anna (Naomi Watts), enquête sur l'identité d'une jeune Russe, morte en couches, le soir de Noël. Elle découvre que celle-ci était une prostituée, mêlée malgré elle aux agissements d'un groupe de proxénètes appartenant à la Mafia russe.
Sur une trame de thriller a priori classique, Cronenberg donne l'apparence de verser dans les clichés hollywoodiens par ses personnages archétypaux, la construction simple et directe de son film, son dénouement, etc. Néanmoins, plusieurs indices montrent que Cronenberg a pris une distance subtile avec ce premier degré faussement revendiqué : scènes tendues traversées de grotesque (conception toujours très particulière de l'humour chez le Canadien), personnages au jeu outrancier (aucun acteur n'est Russe d'origine, la vraisemblance n'intéresse pas Cronenberg), reconstitution presque folklorique de la société russe... tout concourt subversivement à créer une ambiance fantasmée. C'est dans ces conditions que Cronenberg nous assène ses uppercuts, que ce soit lors des irruptions de violence (qu'on attend sans qu'elles viennent, et qui surgissent quand on n'y est plus préparé), ou de la façon de distiller soudainement un malaise surgissant des saillies de bizarreries, d’animalité, qui ne cadrent pas avec les allures faussement classiques de ce thriller.
Car bien entendu, ce n'est pas le suspense qui intéresse Cronenberg. Lui qui rêvait d'être chirurgien, il se sert depuis ses débuts de la caméra comme d'un bistouri pour explorer les pulsions qui se logent dans notre chair. Si les mutations du corps et celles de l'esprit, liées aux thématiques du sexe et de la machine, ont jusqu'alors été au coeur du cinéma de Cronenberg, depuis A History Of Violence, c'est le regard sur le mal et la violence purs qui semble l'attirer. Les scènes d'égorgement, de mutilation, de tuerie bestiale, sont ici, dans leur dimension scénaristique mafieuse, ce que le cinéaste a fait de plus organique.
Le monstrueux talent de Cronenberg est donc d'arriver à phagocyter totalement un récit plutôt banal avec ses thèmes de prédilection. Ce faisant, ses points de force habituels ressortent peut-être avec encore plus de puissance qu'avec sa période comprise entre Dead Ringers (Faux-Semblants) et Spider, où Cronenberg avait fui le succès inattendu de La Mouche pour délivrer des films fort peu accessibles au grand public.
Cronenberg a trouvé avec Viggo Mortensen un véhicule absolument idéal pour l'incarnation des tourments qu'il a en tête. Mortensen est donc désormais à égalité avec Jeremy Irons, qui avait lui aussi tourné deux fois avec Cronenberg (Dead Ringers et M. Butterfly). Difficile de ne pas souhaiter une troisième collaboration. Cronenberg se réinvente avec une maestria qui laisse admiratif, avec certes un tournant plus grand public, mais continue de figurer en tête des réalisateurs les plus passionnants.
9/10
19:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, cronenberg
11 novembre 2007
The Kingdom

Quand on sait que Michael Mann, le plus doué des cinéastes américains en activité, est le producteur de The Kingdom (Le Royaume), alors qu'il ne produit que ses propres films (excepté The Aviator, de Scorsese, qu'il devait d'ailleurs initialement réaliser), l'attente montre d'un cran pour ce qui se profilait comme un "blockbuster pas trop bas du cerveau puisqu'il parle de politique américaine au Moyen-Orient". Quand on a en plus dans le rôle vedette Jamie Foxx, acteur chouchou de Michael Mann (Ali, Collateral, Miami Vice, excusez du peu !), l'attente se transforme en curiosité piquée au vif.
A vrai dire, le film démarre sur les chapeaux de roues, avec un générique documentaire rappelant l'historique de la création de l'Arabie Saoudite (le royaume en question) et de ses relations avec l'Occident. Contexte complexe, comme les aime Michael Mann. A Riyad, un double attentat à la voiture piégée ravage tout un quartier résidentiel d'Occidentaux travaillant pour les raffineries. Contre l'avis du ministère de la défense américaine, une section d'intervention du FBI obtient le droit d'enquêter quelques jours sur place.
La carnage de l'attaque (contre femmes, enfants...) est saisissant et justifie amplement l'interdiction au moins de 12 ans en France. Le réalisme cru rappelle d'ailleurs Blackhawk Down de Ridley Scott. Mais le réalisateur de The Kingdom, Peter Berg (à qui on doit le très moyen Very Bad Things en 1998 avec Christian Slater et Cameron Diaz), n'est pas Ridley Scott, et même si on sent qu'il vise à imiter tant bien que mal le maître Michael Mann (caméra à l'épaule, changement de mise au point à la volée...), son style est sans âme. Il reste un bon faiseur, mais ça ne va pas chercher beaucoup plus loin. Heureusement, il y a l'interprétation (mention spéciale à tous les acteurs incarnant les Arabes), et les décors, absolument stupéfiants. Difficile de croire que Hollywood ait pu avoir le feu vert pour tourner à Riyad avec une fiction aussi délicate, la production du film a donc dû déployer des trésors d'ingéniosité pour arriver à une telle maestria visuelle. On s'y croit, et franchement, on n'aimerait pas y être.
Le film est globalement une franche réussite dans sa première heure, le temps d'installer l'histoire et d'instaurer des scènes d'affrontement (psychologiques ou plus physiques) entre la petite troupe de FBI et la garde nationale et la police saoudiennes. Les trois derniers quarts d'heure sont moins intéressants dans la mesure où hélas, les Américains sont hélas les meilleurs, et perdus dans des aurtiers chauds de Riyad, ils ratatinent néanmoins peu à peu tous les méchants terroristes sans subir de pertes. Heureusement, le scénario donne à voir autant que possible le point de vue des Saoudiens, et l'équilibre tance en permamence ; on évite donc le manichéisme béat. Malgré une fin volontairement ouverte donnant à réfléchir, il est vraiment dommage de voir que le drapeau américain sort finalement bien propre, donnant au final une touche de fierté nationaliste désagréable à ce blockbuster qui possède pourtant bien des atouts par ailleurs. Une contrainte dont aurait pu s'affranchir un Michael Mann s'il avait été derrière la caméra, mais contrainte dont ne peut s'affranchir, probablement, un film destiné quand même à remplir les salles aux USA.
7/10
21:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
01 novembre 2007
The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est un film rare par plusieurs aspects. D'une durée inhabituelle (2h39) ce western se veut totalement hors des sentiers battus par le genre (d'ailleurs tombé en désuétude depuis longtemps). Loin des affrontements virils et mythologiques, ce film possède une forte épaisseur poétique totalement assumée. Etrange, mélancolique, envoûtant, ce film possède la qualité rare de savoir emmener le spectateur pour un véritable voyage émotionnel.
La réalisation est extrêmement léchée, sans toutefois dénoter une sophistication parfois outrancière (comme notre cher De Palma, par exemple). La recherche esthétisante évoque carrément le génie d'un Terrence Malick, les premiers plans du film ne mentent pas sur cette passion de la captation de la beauté intrinsèque de la nature dans laquelle l'homme n'est pas grand-chose.
L'interprétation est époustouflante, avec un trio remarquablement choisi : Casey Affleck, Brad Pitt et Sam Rockwell. Si Brad Pitt est irréprochable en donnant une stature duale à Jesse James (entre grandeur et fragilité), c'est Casey Affleck qui laisse pantois dans le rôle de composition très ambigu de Robert Ford.
Le score de Nick Cave est une petite merveille, donc au final tout concourt à faire de L'Assassinat de Jesse James... un film parfait, ce qu'il est, formellement. Cela suffit-il à en faire un film inoubliable, un chef d'oeuvre ? On le verra dans le temps. Personnellement, même si le film m'a laissé des images persistantes après la projection, je n'ai pas l'impression d'avoir envie de le revoir. Très limpide, il ne m'a pas donné envie d'y revenir spécialement, mais c'est purement personnel. En tout cas je le recommande vivement aux amateurs de films "hors normes".
8/10
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11 octobre 2007
Before the Devil Knows You're Dead

Le titre original Before The Devil Knows You're Dead est tiré du toast irlandais : "May you be in heaven half an hour... before the devil knows you're dead". Cela a tout de même une autre résonance que le pitoyable titre français 7h58 ce samedi-là ; mais passons.
Le vétéran Sydney Lumet revient, à 83 ans, pour mettre une bonne baffe aux plus jeunes loups. C'est que le sémillant réalisateur américain a mis toute la science de sa mise en scène fluide et élégante au service d'un premier scénario (de Kelly Masterson, un nom à surveiller !) sous forme d'un thriller dramatique choral et déstructuré. Mais ici, pas de méli-mélo temporel pour l'épate ; la non-linéarité du récit est particulièrement habile à distiller des tournants dramatiques qui nous enfoncent de plus en plus dans les tréfonds du cynisme.
Deux frères (Philip Seymour Hoffman et Ethan Hawke) décident en effet de braquer la bijouterie de leurs parents. Le braquage doit être propre (pas d'arme) et sans conséquence (l'assurance remboursera), sauf que rien ne va se passer comme prévu, et les frères feront à chaque fois le pire des choix qui s'offrent à eux. Before the Devil Knows You're Dead possède la puissance et la grandeur d'une tragédie grecque, revisitée sur le mode d'une noirceur sans aucun compromis.
Philip Seymour Hoffman offre une composition d'un répugnant total, tandis que Hawke, qui a pris un bon coup de vieux, incarne parfaitement le pauvre type dont le stress et la culpabilité le consument. Entièrement filmé à New York (Lumet a toujours su rester loin d'Hollywood), cette oeuvre, dont on espère qu'elle ne sera pas la dernière, est peut-être un petit peu trop longue pour être parfaite, mais qui se targue de sortir de tels films à un âge supérieur à notre espérance de vie ? Chapeau bas, Mister Sydney Lumet.
8/10
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03 octobre 2007
99F

Pouvait-on espérer un miracle de Jan Kounen ? La bande-annonce de 99F laissait espérer un film caustique, impertinent, original, avec une véritable critique en creux de la société de consommation vue du côté de ceux qui nous la vendent.
N'y allons pas par quatre chemins, 99F est un ratage, mais pas forcément un navet, ou un "gros tas d'excréments" (Libération). C'est un film dont l'ambition de constamment être "branché" et décalé se confronte aux limites de son réalisateur, qui ironiquement, vient du monde de la pub (et ça se voit !).
Le souci est que 99F est mal (ou bien ?) vendu par sa bande-annonce, qui sous-entend que ça va "casser" toutes les minutes et qu'on va bien rire. Or, les meilleures casses sont bel et bien dans la bande-annonce, et 99F n'est pas vraiment drôle. C'est plutôt la descente aux enfers d'un rédacteur publicitaire (Jean Dujardin), totalement cocaïné, qui a une vision pessimiste, voire nihiliste, du monde qui l'entoure. Mais 99F est tellement factice qu'on a bien du mal à prendre au sérieux les déboires du personnage principal, et à ressentir la moindre empathie pour lui avec les malheurs qui lui arrivent.
Malgré tout, heureusement que Jean Dujardin porte le film sur ses épaules. L'acteur tente tant bien que mal de surnager dans un paquet de scènes censées retranscrire ses délires quand il est drogué. Jan Kounen ne fait pas souvent mouche, mais il essaie vraiment par tous les moyens de se démarquer de tout ce qui est fait habituellement en France ; alors reconnaissons lui qu'il offre quand même un grand moment, celui de la parodie de pub Kinder.
On pourra donc retenir au mieux quelques saynètes parmi toutes celles juxtaposées, qui ne constituent hélas pas un film. Au mieux, cest donc un produit de plus qui disparaîtra sans doute assez vite des écrans.
6/10
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30 septembre 2007
La Question Humaine

Cinéphiles attention, voilà un film réellement "artistique" comme il en sort à peine une dizaine par an dans le monde et peut-être deux maximum en France. Dire que La Question humaine est un miracle est un euphémisme ; je me demande encore comment des producteurs et des réalisateurs ont encore la volonté d'enfanter de tels longs-métrages quand quasiment tout le monde en France a renoncé et se contente de sortir des produits sans aucune autre intention de divertir, ce qui échoue de surcroît la plupart du temps.
La Question humaine n'est absolument pas destiné au spectateur occasionnel en recherche d'un moment pour décompresser. Ce film contentera plutôt ceux qui croient encore au 7e art, à ceux qui pensent que le cinéma, sans être intellectuel ou pédant, peut encore traiter de grands sujets : le pouvoir, le travail, la mémoire, la Mort, la maladie - sous une forme sophistiquée, sans vouloir à tout prix passer messages, ni prétendre être un pensum philosophique. La Question humaine hante longuement l'esprit après sa projection. Ce film a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du festival de Cannes 2007, ce qui confirme que les films les plus intéressants de Cannes se trouvent, depuis plusieurs années, dans les sélections parallèles.
L'histoire et l'argument du film empruntent à un récit de François Emmanuel (édité chez Stock en 2000), repris quasi-intégralement par la voix-off du personnage principal : Simon (Mathieu Amalric), cadre d'une multinationale allemande, psychologue aux ressources humaines, se voit confier une enquête sur la santé mentale de son patron (Michael Lonsdale). Avec une ambiance glaciale digne d'un thriller, le jeune cadre va en perdre son équilibre et sa raison. Nicolas Klotz, le réalisateur, n'en est pas à son coup d'essai. Par contre, il vient de signer un coup de maître.
Si le récit captive autant et finit par nous plonger dans l'abîme du personnage, c'est qu'il commence sur un mode réaliste avant de doucement basculer dans un registre de l'étrange qui contamine tout. Les amateurs de Lynch, par exemple, devraient donc être servis, même si le film de Nicolas Klotz ne s'en inspire jamais (tour de force !). Contrairement à la presse qui en dit trop sur ce film, afin de ne rien déflorer de ses virages et risques, je n'ajouterai rien de plus si ce n'est que c'est une oeuvre très dense, captivante et exigeante, d'une audace très rare, et d'une mise en scène à ma connaissance inédite dans le cinéma français.
9/10
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21 septembre 2007
The Bourne Ultimatum

Le réalisateur anglais Paul Greengrass, longtemps journaliste, a pour particularité d'avoir un style très nerveux, quasi-documentaire, filmant essentiellement caméra à l'épaule. La consécration critique et publique est arrivée en 2002 avec Bloody Sunday (Ours d'Or à Berlin), qui retrace très minutieusement les événements tragiques du 30 janvier 1972 à Derry, Irlande du Nord. A partir de là, la carrière de Greengrass décolle, puisque son style intéresse Hollywood qui lui confie la suite de The Bourne Identity : The Bourne Supremacy. Très gros succès, ce deuxième volet est en effet emblématique de la réussite (trop rare) du mariage des moyens d'Hollywood et de la rencontre de réalisateurs doués, qui savent dynamiter les codes d'un genre (ici, le thriller dans le mode de l'espionnage).
Après un tel film, et un autre long-métrage à couper le souffle (l'anxiogène United 93), les producteurs de la saga Bourne ont dû se dire qu'il n'y avait probablement que Greengrass qui pouvait aller encore plus loin pour mettre en scène le dernier volet de la saga : The Bourne Ultimatum.
Greengrass ringardise pour de bon les gros blockbusters genre Mission: Impossible 3. Primo, parce que le film ne laisse pas souffler une minute, avec une mise en scène stupéfiante : un miracle de nervosité et de lisibilité. Secundo, parce que Matt Damon est l'anti-Tom Cruise : son physique passe-partout et sa sobriété sont inifiniment plus convaincantes. Tertio, parce que le film est bien plus crédible sur le plan des événements, et ne s'embarrasse d'aucun maniérisme, ni de clichés (il n'y a pas de "gadgets", pas de superbe nana espionne double jeu, etc.).
Rarement un film n'aura été aussi purement "action", c'est une véritable course ininterrompue de 2h, qui laisse le spectateur un peu groggy. La scène d'anthologie particulièrement hallucinante est la bagarre à Tanger qui oppose Bourne à un agent local de la CIA. Ce combat à mains nues transcrit l'instinct de survie avec une âpreté que je n'avais jamais ressentie. Assurément, c'est une séquence qui va faire date dans les écoles.
Dans le genre, The Bourne Ultimatum est donc sans doute inégalé. Par exemple, Tony Scott, pourtant artisan de thrillers musclés, reste sur le carreau car son montage saccadé brouille le message. C'est exactement avec un film comme The Bourne Ultimatum qu'on peut mesurer la différence de virtuosité entre de très bons "faiseurs" et des artistes. Le revers de la médaille, c'est que le film ne dégage pas grand-chose d'autre que de l'adrénaline, et aussi brillant ce divertissement soit-il, il ne marque guère quelques heures après. D'autant plus que ce dernier volet dévoile enfin ce après quoi Jason Bourne court. C'est toujours pareil : on meurt de savoir, mais une fois qu'on a tué ce ressort dramatique, l'intérêt s'effondre.
Espérons donc que les producteurs n'auront pas la mauvaise idée d'enclencher un quatrième épisode (pas prévu de toute façon), car la fin est parfaite ainsi. Et quel film, tout de même.
9/10
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11 septembre 2007
4 mois, 3 semaines, 2 jours

Après plusieurs Palmes d'Or décevantes (palme-arnaque pour Fahrenheit 9/11 de Michael Moore en 2004, palme "par défaut" en 2005 pour L'Enfant des frères Dardenne, palme "hommage" et consensuelle pour Le Vent se lève de Ken Loach), Stephen Frears et son jury ont enfin relevé le niveau en attribuant en 2007 la récompense suprême au réalisateur roumain Cristian Mungiu, qui signe son deuxième long-métrage avec 4 Luni, 3 Saptamini Si 2 Zile.
Le film nous montre presque en temps réel la journée d'une jeune femme (l'actrice Anamaria Marinca, fabuleuse, qui joue dans le prochain Coppola) qui aide une amie à avorter dans la Roumanie de l'époque Ceausescu (1987). L'intelligence du film consiste à ne pas s'apesantir sur le contexte historique, qui reste toujours en arrière-plan, mais qui installe le film dans une ambiance de terreur. Avec un talent virtuose, Mungiu nous fait directement ressentir ce qu'il en coûtait de devoir vivre dans une dictature où le moindre fait et geste pouvait être épié.
L'avortement, qui était alors un crime à cette époque en Roumanie, représentait donc un risque énorme pour les femmes (dont 500 000 environ en sont mortes sous le régime Ceausescu). Mais Mungiu dépasse largement cette problématique (qui est plus un ressort dramatique,

