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25 mai 2006

Oceansize, Nouveau Casino, 20/05/2006



Que dire si ce n'est "encore un excellent concert d'Oceansize ?"

Pour avoir vu tous les concerts du groupe anglais à Paris depuis le premier à la Boule Noire le 24 mars 2004, je peux affirmer que le groupe ne fait qu'asseoir un peu plus sa maîtrise scénique à chaque fois, mais nous sommes ici dans la largeur du trait... car en dehors des problèmes techniques ici absents, ce qui a permis de ne pas sortir de l'ambiance installée par le groupe (ce qui n'est pas rien !), est-ce qu'Oceansize a musicalement fait de gros progrès sur scène ? Pas sûr ! C'est tout simplement toujours aussi parfaitement exécuté, sans aucun autre artifice que les 5 membres du groupe, emmenés par Mike Vennart, le seul à imposer une présence scénique charismatique.

Justement, vu le niveau de la musique, on peut soit estimer que l'interprétation sans failles se suffit à elle-même, ou penser qu'un "spectacle" plus appuyé serait le bienvenu pour accentuer l'effet euphorisant et puissant de leurs compositions.

Personnellement, après 4 concerts parisiens en un tout petit plus de 2 ans, je commence naturellement à avoir envie que le groupe évolue un peu plus que ce qu'il nous a donné à voir une fois de plus ce soir là. C'est sans doute un peu sévère, mais après tout, n'attend-on toujours pas plus des meilleurs élèves ? Or, Oceansize reste un des groupes de rock indé les plus novateurs et talentueux du Royaume-Uni... et reste hélas prodigieusement fauché, ce qui explique sans aucun doute le dénuement de leurs shows (pour info, le stand merchandising est tenu avant et après chaque gig par un membre du groupe...).

Il n'y a donc plus qu'à espérer que le public qui se pâme devant Muse et The Arctic Monkeys (pour ne citer que deux autres groupes rock anglais bien plus connus !) saura découvrir à sa juste valeur Oceansize !

17:35 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : concerts

21 mai 2006

The Dresden Dolls, Bataclan, 18/05/2006



N.B. : les photos ne sont pas issues du concert de Paris. Si vous en avez, n'hésitez pas à en poster l'adresse en commentaire !

Il est rassurant de voir qu'un phénomène underground et très arty comme The Dresden Dolls arrive à remplir une salle comme le Bataclan, après un premier passage à Paris en 2005 à la Boule Noire. Si on ajoute que ce duo de Boston fait en outre à nouveau plusieurs dates en province (comme l'an dernier), on mesure la progression accomplie en France niveau popularité, et c'est vraiment une bonne nouvelle. Il faut dire que leur dernier et second album, Yes, Viriginia... est une réussite inespérée, tranformant totalement l'ébauche de style posée avec leur premier album.

Sur le papier, définir la musique des Dolls tient un peu de la gageure, car écrire que le duo fait revivre le cabaret de l'Allemagne des années 20 avec l'énergie du punk et la créativité du rock alternatif, cela n'évoque pas grand-chose. Sur disque, le mélange est bel et bien unique, et peut évoquer PJ Harvey, Tori Amos, Nick Cave, mais aussi le compositeur allemand Kurt Weill (cabarets et comédies musicales). Sur scène, Amanda Palmer (chant, clavier) et Brian Viglione (batterie) élèvent ce mélange unique à un véritable spectacle, dont la réputation a fortement aidé à faire venir curieux de tous horizons à leurs concerts.

Une fois sur scène, les Dolls nous font pénétrer immédiatement dans leur univers passionnel et tragi-comique. Chaque chanson est une petite histoire aux allures de confession. Amanda offre cette intimité à vif, portée par toute la rage du rock. Le jeu de batterie de Brian est sophistiqué, tout en étant très puissant, plaçant même quelques passages de double pédale plus communs dans le domaine du métal !



Le son est d'une clarté éblouissante, et pour cause, avec seulement un clavier, une batterie et une voix, c'est plus facile pour l'ingénieur du son. Avec un tel dénuement, aucune chance n'est laissée aux compositions faibles ou aux interprétations moyennes. Or les Dolls montrent sur scène toute l'étendue de leur talent. La réaction du public est sans équivoque à ce sujet. Car l'allure trash d'Amanda et de Brian (cf. photos...) n'est pas là pour cacher une vacuité musicale.

Très expressifs, les deux membres du groupe forment un couple dont on ne sait jamais qui est le leader. Leurs échanges sont constants, leur alchimie parfaite. Amanda ne tient pas en place, joue sans arrêt des jambes, dont on a l'impression qu'elles vont passer par dessus son clavier. Brian frappe de toute ses forces ses peaux, et lui aussi se retrouve souvent debout, à fixer le public avec ses grimaces ou à épier Amanda quand les morceaux, véritables montagnes russes, se calment, ou requièrent une synchonisation parfaite et difficile (ex. : l'incroyable chanson-comptine burlesque Coin-Operated Boy de leur premier album). Sur quelques titres, deux jeunes femmes et un travesti viennent tour à tour illustrer la chanson avec une l'expression corporelle à rapprocher du mime, des marionnettes, du théâtre muet... aussi étrange que fascinant.



Amanda, qui a travaillé dans un théâtre d'avant-garde en Allemagne, maîtrise certains phonèmes échappant habituellement aux anglophones, comme la prononciation du "r", ce qui lui permet de chanter de manière convainte certains titres en français (l'an dernier : Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy !). Ce soir, en rappel, nous aurons droit à un hilarant Amsterdam (de Jacques Brel), où Brian aura pris la guitare acoustique (la seule chanson de tout le concert entièrement accompagnée de guitare).

Juste avant, c'est War Pigs de Black Sabbath qui aura fini d'achever le public. Reprendre une célèbre chanson de hard rock avec seulement un piano et une batterie, c'est assez culotté ; oui, mais avec l'énergie des Dolls, le résultat est assez stupéfiant ! On peut parier que Brian aime décidément le hard rock vu la transe dans laquelle il semblait être pendant ce rappel. Le fait que les Dolls jouent ce titre emblématique de Black Sabbath n'est sans doute pas sans rapport avec ses paroles, plus que jamais d'actualité. En moins d'un mois, j'aurais vu à Paris, dans la même salle, deux groupes aussi différents que les Dresden Dolls et les Flaming Lips reprendre cette chanson. On peut parier que ces deux groupes américains ne portent pas l'administration Bush dans leur coeur !

En 1h20 de show, la messe est dite. Il n'est pas certain qu'une durée supérieure à 1h30 soit souhaitable, de toute façon, vu l'intensité et le niveau de concentration demandé au spectateur. Il est devenu très rare qu'un groupe sache miser sur autant de tableaux à la fois : performance, feeling, improvisation et spectacle visuel (sans recours à des écrans géants ou animations...). Pour ce dernier point, une salle aux dimensions modestes est indispensable, sous peine de rater totalement ce qui se joue sur scène, comme au théâtre !

Plus que des mots, il est conseillé vivement d'aller sur le site officiel des Dresden Dolls et de télécharger quelques vidéos afin de se donner une idée du phénomène (en particulier la version live de Half Jack, le 2 mai 2005 à Providence pour illustrer tout ce qui a été dit précédemment ; mais ne ratez pas non plus, pour le fun, le medley du 30 octobre 2004 à Boston à l'occasion d'Halloween : reprises délirantes et... strip-tease façon cabaret !).

10:45 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : concerts

01 mai 2006

The Flaming Lips, Bataclan, 28/04/2006

N.B. : les photos de cette note ne sont hélas pas tirées du concert de Paris, mais de concerts de tournées précédentes. Elles aident néanmoins à avoir une (très) mince idée de certains faits relatés !



Selon le magazine anglais Q, les Flaming Lips font partie des "50 groupes à voir avant de mourir". Ouf : le groupe était enfin de retour en France, pour deux (trop rares) apparitions seulement, à Paris au Bataclan, puis au Printemps de Bourges, à l'occasion de la sortie de leur 11ème album, At War With The Mystics.

En effet, sur scène, quel groupe peut se targuer de rivaliser avec ces Américains ? Ces maîtres de la pop psychédélique ont conçu un vrai show qui transforme chacun de leurs concerts en happening, qui dépasse la seule interprétation (redoutable) de leur musique si sophistiquée.

Dire qu'on en prend plein la vue est un euphémisme. Le premier titre n'est même pas commencé que la musique d'introduction voit la scène être investie d'une horde de fans munis de puissantes lampes torches, déguisés en Père Noël (à droite), et d'aliens (à gauche), suivis de Captain America et de Superman (roadies du groupe). On comprend soudain mieux pourquoi on avait vu passer dans la salle un peu plus tôt une photographe déguisée en Wonder Woman. Ca va être la fête.



Le groupe arrive, le bassiste est habillé avec le ridicule justaucorps noir à motif squelette, le guitariste et le batteur semblent les seuls à être habillés "normalement", tandis que Wayne Coyne, le chanteur/guitariste/leader est en costume, comme à son accoutumée, et exhibe des faux poings de super-héros surdimensionnés. Les Lips attaquent "Race For The Prize" (qui raconte le courageux combat de scientifiques pour le Nobel), le fantastique titre d'ouverture de leur chef d'oeuvre de 1999, The Soft Bulletin.

Une quantité considérable d'énormes ballons verts arrivent de derrière la scène et remplissent le Bataclan, alors qu'une pluie de confettis s'abat sur la foule, médusée par une telle entrée en scène. Pendant 1h30, le spectacle sera total, renforcé par un écran géant, des webcams, des marionnettes, des animations de premier ordre, allant du beau au désopilant (extraits d'une émission de real TV japonaise beaucoup plus débile que tout ce qu'on connaît ici), des clips extrêmement soignés mais loufoques... sans oublier la musique, évidemment, et à ce sujet j'ai été médusé de voir comment les chansons très élaborées en studio rendent aussi bien avec des arrangements bien plus simples en concert. Preuve que les mélodies des Lips sont à la base très solides ; elles sont "simplement" ornementées et ultra-produites sur disque, pour le grand plaisir des amateurs de hi-fi et de sensations fortes.

Malgré une telle effervescence, le groupe n'est pas une bête de foire. Ne se départissant presque jamais de son humour souvent pince sans rire, Wayne Coyne est volubile entre chaque chanson et sa croisade anti-Bush (les paroles des deux derniers albums des Lips sont largement impliquées contre son administration) se traduit de manière caustique, drôle, mais bien réelle. Le concert se terminera d'ailleurs sur une reprise de "War Pigs" de Black Sabbath, symbole sur lequel il est inutile d'insister.



Wayne Coyne est un artiste complet et atypique, sans doute énervant pour bien d'autres tellement le bonhomme semble réussir tout ce à quoi il touche. Maître d'ouvrage des deux DVD-Audio des Lips, mixés par le gourou Elliot Scheiner, The Soft Bulletin (1999) et Yoshimi Battles The Pink Robots (2002) font désormais office de maître-étalon des possibilités de la musique en 5.1 et en haute-définition.

Avant cela, en 1997, Coyne avait eu une idée inédite et véritablement géniale : l'album Zaikeera des Flaming Lips ne fut disponible qu'en coffret de 4 CD (c'est encore le cas à ce jour), conçus pour être joués ensemble, par 4 lecteurs de CD différents (et 8 enceintes donc). Rien à voir avec la quadriphonies des 70's, ancêtre du 5.1. Il s'agit ici de l'objet le plus bizarre, le plus expérimental et le plus osé jamais sorti dans les bacs (et ce, sur une major : Warner !).

Avec ce concept, Wayne Coyne bouleversait en effet le statut d'artiste, en exerçant un contrôle quasi absolu sur ses créations, et celui de l'auditeur, jusqu'ici relégué au rang de consommateur passif. Celui-ci devenait acteur, presque un nouveau membre du groupe.

Le but n'était pas de réunir absolument les 4 parties de Zaireeka, comme les pièces d'un puzzle dont le résultat n'est satisfaisant que lorsqu'il est complet. L'énorme intérêt de ce projet était de multiplier les combinaisons d'écoute (15 au total, mais chaque CD peut s'écouter individuellement). Mieux, Wayne Coyne indiquait dans le mode d'emploi que tout lecteur CD possède une vitesse de lecture propre. Ce qui implique que même si une chanson de Zaireeka est à l'origine parfaitement synchronisée, un léger retard finit inévitablement par apparaître au bout de quelques minutes. L'écoute d'une chanson de Zaireeka est alors un moment unique, et l'étonnement de l'auditeur perpétuel.

Dernier exemple de la dimension rare de l'artiste, Wayne Coyne est un réalisateur dans l'âme ; en dehors de la direction artistique des clips et autres animations, les Lips travaillent depuis 3 ans sur un long-métrage, Christmas On Mars, dont le teaser, disponible sur leur site officiel, augure du meilleur. Coyne a comparé leur film à "Eraserhead or Dead Man crossed with some kind of fantasy and space aspects, like The Wizard of Oz and maybe 2001: A Space Odyssey, except done without real actors or money, and set at Christmas-time". Tout un programme !



Le plus étonnant reste le succès certes un peu underground du groupe en dehors des USA et de l'Angleterre (mais peut-on encore parler ainsi quand on sait que le groupe a écoulé 1 million d'exemplaires de Yoshimi... ?), mais au retentissement médiatique certain en France : Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, Chronicart, pour ne citer qu'eux, ont tous écrit des articles très élogieux sur ce phénomène hors normes que sont les Flaming Lips et leur leader.

Comme rien n'arrête les Flaming Lips, n'hésitez pas à regarder par exemple le clip hilarant réalisé pour leur reprise improbable (mais très réussie) de Bohemian Rhapsody de Queen.

Pour conclure, je reproduis ici un extrait de l'article du Libération du 25 avril 2006, qui constitue une excellent introduction au groupe, avec des extraits d'interviews fort judicieuses.



Leur dernier album, At War with the Mystics, s'attire des critiques dithyrambiques, et leur (rare) apparition scénique vendredi le confirme : la France semble enfin prête pour les Flaming Lips, avec quelques années de retard sur l'Amérique et le reste de l'Europe, qui ont déjà succombé à leur charme singulier et ont fait du groupe l'une des réussites mainstream les plus inattendues du siècle nouveau. Formés au début des années 80, dans l'Oklahoma, par un jeune stoner appelé Wayne Coyne et ses deux frères aînés, le groupe, selon Coyne, n'était capable, au départ, que de «reproduire les côtés les plus amateurs du punk-rock. Nous n'avions aucune expertise musicale mais beaucoup d'enthousiasme et de raisons de vouloir en découdre».

Un quart de siècle plus tard, le groupe, toujours emmené par Coyne (moins ses frères, passés par la case «prison», mais avec le talentueux multi-instrumentiste Steven Drozd et le bassiste des débuts, Michael Ivins), s'est miraculeusement métamorphosé en fer de lance international du néopsychédélisme : une manière de Pink Floyd dadaïste doté d'un sens de l'humour unique et d'une prédisposition encore plus rare à transformer ses concerts en happenings.

Sept ans plus tôt, ils changeaient l'un de leurs shows londoniens en bizarre spectacle multimédia à l'aide de marionnettes géantes maculées de sang. Il y a deux ans, Coyne se faisait porter par la foule du festival Coachella de Los Angeles, enveloppé d'une énorme bulle transparente.

Depuis la sortie, en 1999, de The Soft Bulletin, qui marqua le début d'une collaboration avec le producteur Dave Fridmann, leurs enregistrements studio sont devenus aussi excentriques et flamboyants que leurs concerts. Evoquant parfois une irréelle synthèse entre Neil Young (dont Coyne réplique très bien le style vocal haut perché) et Radiohead, The Soft Bulletin pose les bases d'une nouvelle musique «cosmique» américaine.

Sorti en 2002, Yoshimi Battles the Pink Robots pousse plus loin encore l'expérimentation, unissant mélodies superbes et électro tonitruante pour un résultat conséquent : plus d'un million d'exemplaires vendus de par le monde.

Arrive à présent At War with the Mystics, troisième volet d'une quête visant à rendre la musique populaire plus éclectique, aventureuse et spirituelle. Entre autres innovations, l'album voit les Lips aborder un territoire plus funky, les faisant souvent sonner comme une version blanche d'Outkast. «Nous ne sommes plus vraiment un groupe rock, explique désormais Coyne. En studio, nous nous apparentons plus à une équipe de producteurs. Les chansons ne sont plus jouées en live, nous arrivons avec nos idées et tout est mis sur ordinateur. Pourtant, ça sonne quand même "humain". Ce nouvel album, plus funky, évoque un peu Sid Vicious qui jammerait avec Stevie Wonder ­ mais sans baston !»

Le titre du CD est une référence à l'«ennemi» préféré de Coyne, George W. Bush, que le leader des Flaming Lips estime être «un prêcheur très dangereux... Je n'aime pas le mystère, le mysticisme, la magie noire et tous ces trucs surnaturels qui brouillent la vérité. Et selon moi, Bush contribue à cette confusion en agissant comme si les gens auxquels il s'adresse ne voulaient pas savoir la vérité».

A l'écoute de leurs disques souvent éclatés, il serait facile d'imaginer que les Flaming Lips sont une bande de défoncés ; mais, à l'exception de Drozd qui a récemment décroché de l'héroïne, il n'en est rien. Coyne, aujourd'hui âgé de 41 ans, a cessé de se droguer avant d'atteindre sa vingtième année. «Les acides duraient trop longtemps et me faisaient flipper, le shit m'a toujours rendu parano. A la fin des sixties, je pensais que ceux qui ne se défonçaient pas étaient des idiots. Je voyais la came comme un truc très libérateur pour l'esprit. J'ai changé d'avis. Surtout maintenant qu'existent des drogues telles le crystal meth... Des drogues atrocement destructrices, auxquelles personne ne survit.»

En fait, Coyne pense même que son métabolisme exempt de drogues est peut-être la raison pour laquelle les Flaming Lips sont parvenus à la fois au succès et à la longévité. «Mes idées sont le produit de ma seule imagination. Je suis un homme d'action, pas un rêveur. Sur scène, j'ai fait des trucs comme marcher à l'intérieur d'une bulle et exploser des ballons. Ça peut sembler crétin, mais faire ça en public avec culot et panache change la donne, ça devient la chose la plus géniale qui soit ! Une façon de dire aux gens : "Suivez-moi, et vous allez passer un bon moment." Il ne s'agit pas de "s'évader" vers des ailleurs improbables. Au contraire, c'est rendre nos vies plus réelles. Au bout du compte, nous fabriquons notre propre bonheur.»

17:50 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : concerts

12 avril 2006

Fiona Apple, Les Folies Bergère, 10/04/2006



Le premier et dernier concert de Fiona Apple en France remontait au 9 novembre 1996 (année de sortie de Tidal, son premier album, lorsqu'elle n'avait que 19 ans), à la Cigale, à Paris. Un concert au Bataclan, prévu en 1999, pour la tournée de When The Pawn..., fut annulé au dernier moment, au grand désespoir des fans.

10 ans plus tard, Fiona était donc véritablement de retour pour seulement deux dates seulement en Europe (Paris et Londres), et on peut donc dire que le concert du 10 avril était événementiel, vu la rareté de l'artiste sur scène (pas seulement en Europe ; elle tourne fort peu aux USA également). A apparition événementielle, salle exceptionnelle, avec les Folies Bergère, le plus vieux music-hall de France (ouvert en 1870 !), qui sert très rarement de salle de concert (à peine une fois par mois en moyenne). Pas surprenant donc que les 1700 places des Folies, toutes assises (mais prix unique raisonnable à 37 euros, ce qui est très rare aussi désormais dans la capitale), se soient envolées en clin d'oeil, et le marché noir allait bon train devant la salle...

Le placement libre n'a cependant pas occasionné de bousculade et c'est avec respect et calme que les deux files indiennes de spectateurs sont entrées dans le magnifique et mondialement célèbre cabaret. Arrivés assez tôt, nous avons pu avoir deux très bonnes places au premier étage, surplombant directement l'orchestre, à une distance idéale de la scène, permettant de bien voir tout en ayant assez de recul pour apprécier le mix façade et le lightshow (exactement comme les places situées dans la mezzanine de l'Olympia, les Folies y ressemblant assez dans leur configuration, avec une profondeur moindre mais une plus grande hauteur, les Folies comportant deux étages contre un seul à l'Olympia).

Le concert a débuté à 20h00 précises, sans première partie, et a duré 1h40, avec très peu de temps morts. Fiona était assise au départ derrière un piano à queue, disposé à gauche de la scène ; derrière elle, quatre musiciens, un bassiste (Mike Elizondo, également le co-producteur de Fiona) et un batteur (Charley Drayton - j'y reviens) au centre, et deux claviéristes de chaque côté, sur des estrades, bien en vue : David Palmer et Jebin Bruni, tous deux redoutables musiciens de session ayant travaillé aussi bien avec Alice Cooper que Tears For Fears ou encore Aimee Mann, et disposant sur scène de tout ce qui s'apparente à la famille des claviers : synthétiseurs derniers cris, antiquités analogiques, orgues Hammond, etc. La scène était assez dépouillée, sans fioritures si ce n'est des guirlandes électriques "habillant" un peu les estrades, et un grand backdrop recevait des projections vaguement animées, contribuant à installer des ambiances avec un jeu de lumières véritablement magnifique, très au-dessus de la moyenne. Le son dans la salle était d'un équilibre et d'une qualité très rares, l'absence de guitares n'étant sans doute pas non plus pour rien dans la clarté du mixage.



Si les musiciens qui accompagnent Fiona sont de très haut niveau (le batteur, Charley Drayton, un Black au toucher jazzy mais avec une puissance plus naturellement rock voire hard-rock, a soulevé l'enthousiasme du public ; c'est un MONSTRE de feeling et de technique, qui a joué pour Herbie Hancock, Marianna Faithful et Keith Richards, et a été bassiste pour les Stones, The Cult, Iggy Pop, etc. !), l'attraction reste bien sûr avant tout la New-Yorkaise, à tous les niveaux. Et pour la première fois en quelque 200 concerts, j'ai un peu de mal à décrire ce que j'ai vu.

Son jeu de piano percussif est très particulier, on le sait, mais c'est évidemment encore plus frappant en live (on entend bien là un jeu autodidacte, la Miss ayant appris le piano à partir de tablatures de guitare !). Quant à son chant, c'est une apothéose. Fiona sait faire passer une variété époustouflante de nuances ; son registre habituel est grave (ce qui la différencie des célèbres Tori Amos et Kate Bush, par exemple, dont elle diffère déjà à la base totalement par sa musique et ses textes), mais quand elle va chercher la voix de tête, c'est parfaitement exécuté. Fiona maîtrise également le vibrato dont elle n'abuse jamais, et sait faire passer souffles, râles, respirations avec un naturel qui la différencie grandement d'autres chanteuses peut-être plus techniques mais à l'interprétation moins "vivante". Le chant de Fiona n'est pas seulement divinement beau, il est très puissant et souvent violent. Il y a quelque chose d'indéniablement sauvage, voire masculin, en elle.

Pendant les quatre premiers titres où Fiona reste derrière le piano, on sent déjà une tension et une attention extrêmes dans la salle. Fiona est une artiste culte au sens propre du terme, et sa rareté scénique (il n'existe même pas d'albums live ou de DVD) engendre une curiosité décuplée. Fiona semble ressentir cette pression, c'est le premier concert de la tournée, et écrasée par les tonnerres d'applaudissements, on la sent un peu perdue, avec du mal à trouver ses mots : elle n'introduira qu'un seul titre, et répondra rarement aux nombreuses interjections fusant dans le silence succédant aux applaudissements. On peut vaguement discerner qu'elle semble se parler à elle-même entre les titres, poussant parfois des petits rires nerveux assez étranges, ou respirant si bruyemment qu'on l'entend dans le micro. Elle semble parfois vouloir nous dire quelque chose, ouvre la bouche, se ravise, pendant que ses musiciens l'observe et attendent son signal pour reprendre. On n'avait alors encore rien vu.

Quand Fiona quitte enfin son piano au bout de quatre titres pour venir chanter "I Know" debout derrière un pied de micro planté au milieu de la scène, on la découvre dans une longue robe bleutée, tout d'abord frêle et timide. Cependant, ceci ne dure pas. On assiste alors à la mise à nu (au sens figuré, allons messieurs !) d'une artiste troublée, au comportement aussi douloureux que ses paroles. Les paroles de Fiona, en effet souvent graves (à l'image de la musique, même lorsque le tempo est plus rapide) mais pas plaintives (à cet égard, le viol dont elle fut victime à 12 ans et qui fut déterminant pour sa carrière d'artiste n'est pas un leitmotiv dans ses textes), semblent habiter son auteur qui, à la stupéfaction quasi-générale, se met alors à se frapper (pas trop violemment tout de même), triturer sa robe, esquisser des pas de danse incohérents... comme prise de spasmes ! Mais le tout avec une certaine retenue. Le contraste entre sa féminité suggérée par son corps, ses longs cheveux, et sa robe est mis en opposition violente avec son attitude scénique à la limite de la transe et le résultat est assez fascinant, touchant, sinon embarrassant sans doute pour certains spectateurs.

Pourtant, nulle comédie perceptible là-dessous : on comprend que dès que Fiona est rentrée sur scène, elle était encore dans son monde, ce qui explique sans doute sa difficulté à communiquer, et la façon dont elle vit totalement sa musique sur scène est probablement un remède à sa timidité face à cette foule qui semble autant la combler émotionnellement que la mettre mal à l'aise (fleurs, collier - qu'elle mettra ! - petites boîtes et petits mots atterrissent de temps à autre sur la scène). Heureusement, elle alterne chansons interprétées derrière son piano et titres où elle ne fait que chanter, debout, ce qui lui permet aussi, je pense, de gérer son énergie et ses émotions.

Je ne trouve aucun point de comparaison avec la quantité de concerts que j'ai vu auparavant ; jamais je n'avais vu une telle symbiose entre une interprétation musicale de très haut niveau avec une attitude scénique d'un tel degré émotionnel, si sincère, si intense, et si bizarre (à part, peut-être les Américains de The Mars Volta, dans un registre très différent certes). Il paraît néanmoins que la chanteuse française Camille possède quelques points communs, sur scène, avec Fiona Apple...



Ce qui m'a fait plaisir, c'est de constater que Fiona Apple fait partie de ces rares artistes dont les concerts transcendent totalement leur musique sur disque. Ses albums arty (mélange inédit de rock et de jazz, graves, dynamiques, aux chansons avec structure à tiroir, recours aux mesures asymétriques...), qui mettent tous les chroniqueurs dans l'embarras tant Fiona ne semble avoir aucune influence clairement définie, sont déjà en eux-mêmes des bijoux d'inventivité et de production ; mais à ma surprise, ses compositions prennent encore une autre dimension jouées sur scène. Parce que Fiona prend le risque de tout donner sur scène, de s'exposer, et on devine qu'elle doit être littéralement vidée émotionnellement à la fin de ses concerts. D'ailleurs, comme pour s'en excuser, devant la terrible standing ovation finale, Fiona glissa au micro que de toute façon, elle ne pouvait rien jouer d'autre car tous les titres répétés avaient été joués...

Fiona Apple peut susciter l'admiration à tout point de vue : signée chez Sony à 16 ans, succès inattendu à 19 ans avec Tidal vendu à plus de 3 millions d'exemplaires rien qu'aux USA (étonnant pour une musique si peu "grand public"), auteur/compositeur/interprète ayant acquis une liberté artistique totale avec une major (son deuxième album, When The Pawn..., est encore plus recherché), liaison durable et fructueuse artistiquement avec l'estimé réalisateur Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia...), personnalité imprévisible (son discours scandale à MTV quand elle y reçut un Award en 1997, ou encore sa crise émotionnelle qui la fit abandonner en plein concert la scène du Roseland Ballroom à New-York en 2000), et talent hors pair sur scène...

Fiona Apple a déjà une carrière artistique de rêve, et elle n'a cette année que 29 ans, donc encore une longue carrière devant elle... Par contre, si elle peut nous éviter de mettre 6 ans à sortir son prochain album (Extraordinary Machine, sorti l'an dernier, devait sortir en 2003, fut en effet complètement ré-enregistré avec un autre produceur car Fiona n'était pas totalement satisfaite...), ou bien si elle peut aussi éviter de nous faire attendre 10 ans avant son prochain passage, on lui en sera très reconnaissant !

Setlist :

1) Get Him Back
2) Better Version Of Me
3) Shadowboxer
4) To Your Love
5) I Know
6) Sleep to Dream
7) Limp
8) Paper Bag
9) Tymps
10) Oh Well
11) On the Bound
12) Red, Red, Red
13) Not About Love
14) O'Sailor
15) Get Gone
16) Fast as You Can

Rappels:
17) Extraordinary Machine
18) Criminal
19) Parting Gift

A lire sur le web :

- une interview du batteur Charley Drayton en tournée avec Fiona Apple

- un éclairage différent sur le concert avec cet avis plus nuancé (et de très belles photos !), qui montre que l'attitude de Fiona sur scène peut déstabiliser certains spectateurs.

16:55 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : concerts

03 avril 2006

David Gilmour, Olympia, 16/03/2006



Chaque apparition en concert des rarissimes membres ou ex-membres de Pink Floyd, Roger Waters et David Gilmour, fait figure d'événement, et à juste titre. On n'avait plus vu Gilmour sur scène depuis 2002, et son dernier album solo remontait à 1984 !

A l'occasion de la sortie de On A Island, son troisième album solo, David Gilmour a repris le chemin des salles des concerts européennes, et pour présenter cet album plutôt calme, il a préféré des salles plus intimistes que le Palais Omnisports de Paris Bercy. Tant mieux pour la musique, mais tant pis pour le rapport offre/demande, même avec deux dates à Paris, au Grand Rex le 15 mars et à l'Olympia le 16 mars. Deux salles exceptionnelles, avec des tickets d'entrée stratosphériques.

Néanmoins, la prestation était d'une qualité qui ne fait pas regretter l'argent investi. Gilmour n'est pas qu'un mythe grâce à ses compositions pour Pink Floyd, c'est toujours un guitariste au toucher magique, au son qui continue de désespérer des hordes d'apprentis guitaristes sur Fender Stratocaster. Le voir en chair et en os dans un cadre aussi privilégié que l'Olympia permet de comprendre que l'homme est touché par la grâce et qu'un tel talent ne s'explique pas, et ne s'approche pas ; il est unique, indicible. Lorsque Gilmour a pris le saxophone sur Red Sky At Night, on retrouvait le même phrasé, aussi fluide et rêveur.

J'avoue, je ne pensais pas être aussi ému de voir enfin cet artiste. J'ai vu près de 200 concerts et quasiment tous les plus grands guitaristes qui comptent pour moi, je suis donc forcément assez blasé et difficilement impressionnable, mais tout le groupe m'a ici laissé béat d'admiration. Loin des spectacles ou de toute mise en scène (ici, pas l'ombre d'un écran ou d'un backdrop), habillés de manière on ne peut plus sobre (un tshirt et un pantalon noir pour Gilmour), les musiciens sont ici entièrement dévoués à une prestation axée sur l'interprétation et le feeling. Il faut au moins avoir vu Comfortably Numb une fois dans sa vie jouée sur scène par Gilmour : si ce n'est pas le Paradis, c'en est la plus proche incarnation terrestre...

Gilmour a beau avoir la réputation d'un perfectionniste avec des shows où tout est minutieusement réglé, le concert de l'Olympia nous a réservé 3 surprises :

1) Pendant le premier set, normalement dédié à l'interprétation complète de On A Island, la choriste Sam Brown (qui a participé à la dernière tournée de Pink Floyd, cf. Pulse) est venue sur scène en invitée surprise pour interpréter The Great Gig In The Sky entre The Blue et Red Sky At Night ! Gilmour s'est alors tranquillement installé au lapsteel, bien entendu. Premier grand frisson de la soirée, et exclusivité sur la tournée !

2) Lors de l'intro de Shine On You Crazy Diamond, au bout de plusieurs minutes, un bruit parasite est venu perturber Gilmour, qui s'est arrêté de jouer et a préféré reprendre le morceau depuis le début ; il a néanmoins grandement accéléré l'intro, avec un style de jeu différent, et le reste du groupe a su se caler parfaitement sur lui. Bluffant ! (et merci au hasard pour le rabe, du coup...)

3) La setlist avait alors été inchangée depuis le début de la tournée, mais Gilmour a exhumé à l'Olympia le titre Fat Old Sun de l'album Atom Heart Mother (en lieu et place de Dominoes sur les autres dates).

Voici la liste des musiciens qui accompagnait Gilmour sur cette tournée. Ils assuraient tous des choeurs, selon les titres (voire tous ensemble, comme sur Take A Breath, ce qui était fort impressionnant) :

- Rick Wright, le claviériste de Pink Floyd ; on avait donc deux membres du Floyd pour le prix d'un !

- Guy Pratt à la basse, c'est le musicien qui a enregistré les parties de basse de The Division Bell et a tourné avec le Floyd lors des deux dernières tournées, c'est donc lui qu'on entend sur Delicate Sound Of Thunder et Pulse. C'est un musicien de studio illustre, qui a enregistré aussi bien pour Madonna, Tears For Fears, Robert Palmer, ou encore... Toy Matinee, avec Kevin Gilbert.

- Phil Manzanera, guitariste du mythique Roxy Music, et co-producteur du dernier Gilmour ; musicien de studio très recherché, a joué ou produit les albums de Brian Eno, Nina Hagen, John Cale, John Wetton, etc.

- Jon Carin, claviériste des tournées précédentes de Pink Floyd, touchait en fait un peu à tout : piano, orgue, effets, samples et lapsteel.

- Steve DiStanislao à la batterie (Carl Verheyen, Crosby & Nash), d'une finesse parfaite.

Quant à la setlist, elle était probablement d'un équilibre presque rêvé : un premier set dédié au dernier album de Gilmour, et un deuxième dédié à Pink Floyd, avec les incournables classiques mais aussi des pépites inespérées : Echoes (dans sa version intégrale ! Grande émotion dans la salle) et Wot's... The Deal (jamais jouée sur scène auparavant par Pink Floyd !). Avec l'entracte de 20 minutes, on a frôlé en tout les 3 heures de concert ; pas mal pour un monsieur qui venait de souffler ses 62 bougies ! En espérant que ce n'était pas la dernière fois, en tout cas, merci, Monsieur Gilmour.

Setlist:

Castellorizon
On An Island
The Blue
The Great Gig In The Sky (invitée au chant : Sam Brown)
Red Sky At Night
This Heaven
Then I Close My Eyes
Smile
Take A Breath
A Pocketful Of Stones
Where We Start

--ENTRACTE--

Shine On You Crazy Diamond
Wot's... The Deal
Wearing The Inside Out
Fat Old Sun
Breathe/Time/Breathe Reprise
High Hopes
Echoes

Rappel:
Wish You Were Here
Comfortably Numb

16:45 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : concerts