28 septembre 2006

La Méthode



El Método est apparemment le 6ème long-métrage de l'argentin Marcelo Piñeyro, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'après avoir vu la maîtrise de ce film, cela donne envie de voir ses oeuvres précédentes.

Sept candidats se présentent dans une multinationale qui veut embaucher un nouveau cadre. Au lieu d'être reçus un par un pour un entretien privé, ils sont conviés autour d'une table avec un écran d'ordinateur en face de chacun d'entre eux, qui va leur donner des instructions pour la suite de la sélection. Après s'être présentés les uns aux autres avec méfiance, tous commencent à se demander s'ils ne sont pas observés par des caméras et si l'on n'a pas infiltré parmi eux un psychologue qui serait en train de les examiner, pour les éliminer un par un...

Ce pitch est propice à une étude psychologique extrêmement intéressante mais encore fallait-il que les textes soient brillants, pour réussir à captiver le spectateur pendant presque deux heures (sous forme de huis clos pendant plus d'1h30). Le pari est quasiment totalement réussi, car le sentiment de piège qui s'est refermé autour de ces candidats est presque stressant et la pression ne se relâche vraiment que dans les tout derniers plans. Seule une scène paraît peut-être de trop, et pas au niveau du reste du film.

Sous forme de joute mentale fort cruelle (voire perverse), c'est bien une critique acerbe du libéralisme et de ses excès (manque d'éthique en particulier) qui est ici dessinée avec brio. La mise en scène est très dynamique et de nombreuses trouvailles permettent à la caméra de respirer dans cet espace restreint. Les acteurs, quasiment tous inconnus pour nous, sont réellement brillants et parviennent à semer constamment le doute sur qui ils sont vraiment et quelles sont leurs intentions réelles.

Dans une note précédente, je louais la vitalité du cinéma sud-américain, qu'il soit filmé en langue espagnole ou portuguaise. Marcelo Piñeyro vient tout simplement grossir les rangs du club des très doués, aux côtés de Fernando Mereilles, Alfonso Cuarón, Carlos Sorin, Walter Salles, et du très regretté Fabián Bielinsky, décédé cette année d'une crise cardiaque, parti bien trop tôt en nous laissant une perle (Les Neuf Reines - Nueve Reinas, 2000) et un chef d'oeuvre (El Aura, 2006).

Que vous soyez cadre dans une entreprise, ou que vous ayez déjà passé des entretiens, ou bien encore que le libéralisme vous écoeure, La Méthode vous touchera. On ne ressort pas indemne d'une telle douche glaçante.

8/10

23 septembre 2006

12 and holding



Dans une banlieue américaine, trois copains de 12 ans - le timide Jacob, la précoce Malee et Leonard l'obèse émotif - quittent brutalement le monde insouciant de l'enfance suite à la mort accidentelle du frère jumeau de Jacob.
Ils vont éprouver des sentiments jusqu'alors inconnus : la vengeance, le chagrin devant la perte d'un ami et les premiers émois amoureux, sans pouvoir compter sur leurs parents eux-mêmes en difficulté.

Après le très remarqué Long Island Expressway (L.I.E.), qui explorait l'étrange relation unissant un adolescent à un quinquagénaire, Michael Cuesta revient avec ce fort attendu deuxième long-métage abordant des thèmes délicats tels que le rapport des adolescents à la mort et à la sexualité, la délinquance des mineurs et le désir de vengeance.

Entretemps, le cinéaste a signé plusieurs épisodes de la série culte Six Feet Under dont la réputation est totalement à la hauteur de sa qualité scénaristique et plastique.

Cuesta transforme ici toutes les attentes placées en lui en nous proposant une tragédie sous forme d'études de moeurs adolescentes, mais sans grandiloquence ni lourdeur. L'intelligence du propos permet d'apporter l'humour nécessaire pour souffler, en exploitant finement des situations pourtant dramatiques.

Ceux qui apprécient le travail de Larry Clark (Ken Park, Wassup Rockers...) ne doivent pas hésiter un seul instant à aller voir 12 and holding. Cuesta maîtrise (pour l'instant ?) peut-être un peu moins l'emploi de la musique (un peu quelconque) et du montage que le maître Clark, mais il se positionne déjà comme un redoutable observateur de la complexité du passage du monde de l'enfance à celui de l'adulte.

8/10

18 septembre 2006

Thank You For Smoking



Le titre du film, jeu de mot sur l'habituelle mention "thank you for not smoking" (merci de ne pas fumer), résume l'état d'esprit caustique de cette comédie qui se veut cynique. Elle adopte en effet le point de vue d'un lobbyiste, porte-parole d'un consortium (fictif) de l'industrie du tabac, interprété par Aaron Eckhart, sidérant en parfaite ordure qu'on a autant envie de détester que le personnage de Nicolas Cage dans Lord Of War.

Le film joue donc à fond la carte du politiquement incorrect, puisque ce porte-parole, qui a tout pour lui (tchatche, physique, etc.), cherche à accomplir du mieux possible son job, afin de servir fidèlement son employeur, sans aucune considération morale. Ce programme est déballé d'entrée de jeu, et hélas le film n'est ni plus ni moins l'illustration de ce qu'on sent venir gros comme une maison : ce requin sans états d'âmes finira-t-il par craquer ?

Le réalisateur, Jason Reitman (oui, fils du fameux Ivan, à qui on doit Ghostbusters ou encore le tout récent My Super Ex-Girlfriend, hum...), pour son premier film, applique un moule éminemment hollywoodien à un propos plus ancré dans le cinéma indépendant. Le mélange n'est pas optimal, et le montage, très nerveux, avec une voix-off trop présente, est fatigant.

C'est réellement dommage car l'impertinence du propos est souvent étonnante. Les pro-tabac, comme les anti, en prennent tous pour leur grade, et le film ne se positionne jamais en faveur d'un camp, évitant soigneusement toute morale. Au contraire, leurs arguments sont tous exposés de manière renversée, ce qui permet de mettre à jour des méthodes peu avouables dans les deux camps.

Les meilleures scènes, à mon avis, sont celles où les représentants des lobbies du tabac, des armes et de l’alcool se retrouvent au restaurant, pour échanger leurs malheurs ou sujets de contentements personnels. Les entendre débattre de qui, d'entre eux, cause le plus de morts par jour ou qui est le plus détesté par les citoyens américains est assez irrésistible et féroce.

L'accueil critique a été plutôt très bon donc je vous invite à en juger par vous-mêmes si le tabac est un problème de santé publique qui vous intéresse. Le film reste à mon avis très tape-à-l'oeil et plutôt creux (sur le mode du divertissement), mais il a le mérite d'être impertinent, drôle, et de faire voir le débat sous un autre angle, ce qui n'est pas si mal après tout venant d'Hollywood.

6/10

17 septembre 2006

Porcupine Tree, Elysée Montmartre, 15/09/2006



Porcupine Tree, c'est comme Marillion ou Dream Theater, on sait à l'avance que leur concert va être absolument parfait au niveau de l'interprétation. On sait également qu'on va s'extasier devant la frappe puissante, groovy et gracieuce de leur batteur, Gavin Harrison, qui sera parfaitement mis en valeur visuellement et dans le mix. Etc., etc....

En tournée pour promouvoir leur premier DVD-Vidéo de concert (cf. mon avis rapide et technique ici), le groupe a choisi de gâter ses fans en proposant deux sets bien distincts : le premier comportant 50 minutes de nouvelle musique, et un second de 70 minutes avec un choix de titres très solides issus uniquement d'In Absentia et de Deadwing (cf. setlist).

Attardons-nous donc uniquement sur la nouvelle musique, le second set ayant été tout ce qu'on attendait de Porcupine Tree comme énoncé précédemment.

C'est non seulement une superbe offrande que de dévoiler 50 minutes de leur prochain album (pas encore enregistré !), mais aussi un sacré risque. Le groupe sait à l'avance qu'il travaille ainsi sans filet, aussi bien pour la réaction pendant les morceaux que les avis (forcément biaisés après une seule écoute) qui vont rester après la fin du concert.

D'après les discussions que j'ai pu avoir à la fin du concert, les réactions furent mitigées sur l'ensemble des titres (six au total, dont une ballade, pas aussi fine que Lazarus, mais très belle), même si deux ou trois faisaient l'unanimité. Il est vrai que globalement, ces nouveaux titres sont plus sombres, plus lents, mais aussi plus heavy, plus difficiles à digérer que ceux des 4 ou 5 derniers albums de Porcupine Tree. Ces titres peuvent évoquer l'aspect plus expérimental (voire jam) de la première partie de la carrière du groupe, sans toutefois rappeler clairement tel ou tel album. Nouveauté : Steven Wilson s'empare à maintes reprises d'un piano...

L'unanimité se porte pour l'instant tout spécialement vers le troisième titre inédit, un monstre de 17 minutes, qui comporte des passages ultra-violents (oui, encore plus que sur Deadwing) faisant penser soit à Opeth ou à Meshuggah. La construction de ce titre laisse pantois, tant il comporte des sections différentes mais aux transitions extrêmement intelligentes et travaillées. Ce titre, probablement un des plus époustouflants jamais écrits par le groupe, asseoit une fois de plus Steven Wilson comme LA force créative du rock des années 2000.

Avec ce lever de rideau sur la nouvelle direction musicale du groupe, Porcupine Tree montre déjà qu'ils ne vont toujours pas se répéter, et qu'ils continuent d'oser, d'explorer. On attend évidemment impatiemment l'album, mais ça ne sera pas avant le premier trimestre 2007.

Set 1
6 nouvelles chansons (titres de travail inconnus)

Set 2
Open Car
Sound of Muzak
Buying New Soul
Arriving Somewhere But Not Here
.3
The Start of Something Beautiful
Trains

Rappel:
Halo
Blackest Eyes

15 septembre 2006

Queen It's Kinda Magic, Olympia, 04/09/2006



La mode des groupes de reprises est enfin arrivée en France. Activité très en vogue aux Etats-Unis et dans d'autres pays d'Europe (l'Italie en premier plan), la France était en retard il y a de cela à peine deux ans encore. Dans notre beau pays, l'Olympia est la salle qui programme le top des tops des groupes qui ont choisi non seulement de rendre hommage à des groupes mythiques (hélas plus en activité, ou du moins plus sous le line-up de leur âge d'or), mais aussi en reproduisant aussi fidèlement que possible leurs spectacles. Tout y passe : costumes, instruments, lightshow, backdrops, jeu de scène... On n'est plus dans l'imitation, mais dans la reproduction.

L'intérêt ? Permettre de voir de ses yeux des spectacles qu'on ne peut plus voir qu'en supports vidéo (quand ils existent !), et accessoirement se plonger dans une nostalgie pour ceux qui ont eu la chance de voir un concert original à l'époque. Suivant le groupe auquel on s'attaque, la somme de travail requise peut devenir immense. Un des exemples les plus sidérants est sans conteste The Musical Box, unanimement considéré comme le meilleur tribute band à Genesis, période Peter Gabriel s'il vous plaît, quand le groupe proposait des concerts à mi-chemin entre le théâtre et la performance musicale.

Concernant The Musical Box, on s'attache trop souvent à l'exactitude des décors, costumes, sons, etc., mais rien de tout ça ne marcherait si les musiciens n'étaient pas eux-mêmes de très grands interprètes. Je ne crains pas de dire que par rapport à de nombreux live (bootlegs ou officiels) de Genesis, The Musical Box est même plus carré, plus en place en général, ce que de respectables fans ayant vu le Genesis de l'époque ont confirmé !

Alors, quid de ce Queen It's Kinda Magic, censé reproduire les concerts de la dernière tournée de Queen (en 1986, dont le fameux Live At Wembley est le testament bien connu) ? Nous ne sommes hélas pas du tout dans la même catégorie que The Musical Box ! Il ne s'agit nullement ici de reproduction, mais d'une imitation de type "pot-pourri" :

- la setlist ne respecte pas celle des concerts de 1986, mais se calque sur un best-of ;

- seul le chanteur singe vraiment Freddy Mercury, mais en en faisant des tonnes, ce qui finit par faire tomber son jeu de scène dans la caricature (il change de costume pendant le spectacle, allant jusqu'à s'habiller en travesti comme Mercury dans le clip de I Want To Break Free ! Effet comique assuré... Freddy n'ayant jamais fait ça sur scène évidemment)

- les moyens scéniques sont très modestes ; certes, impossible de reproduire la scène de 1986 destinée à des stades, mais ici, ça fait même carrément cheap...

- et surtout, l'interprétation individuelle laisse à désirer. Le chanteur est encore celui qui s'en sort le mieux : sans monter aussi haut que Freddy dans les aigus, il est convaincant niveau timbre et puissance, et joue très correctement du piano à queue. Par contre, le gros point faible est le guitariste, qui est bien loin du toucher de Brian May ! Et le fait d'avoir le même matériel (amplis Vox et guitare Burns Red Special) n'y change évidemment rien.

La mise en place globale était dans l'ensemble correcte, le tout était curieusement plus convaincant que la somme de ses parties (soli montrant clairement les limites des musiciens). C'est donc un bon tribute band à Queen, mais bien loin des canons de la qualité dont on est en droit de s'attendre pour une programmation à l'Olympia (et du prix de la place qui en découle).

Les réactions dans la salle furent mitigées : on vit aussi bien des gens partir au bout du premier titre (d'autres, un peu plus tard), d'autres afficher un visage incrédule et gêné, ou encore d'autres qui prirent le parti de s'en amuser, car au final, le groupe a beau être endorsé par Peter Freestone, le biographe et ancien assistant personnel de Freddy, ce groupe n'est qu'un bon divertissement sans prétention.

Vous pouvez consulter le site du groupe pour plus d'infos, mais n'y allez pas si le prix de la place est supérieur à 20 euros : ça n'en vaut pas plus, et il vaut mieux alors garder son argent pour un concert original !

13 septembre 2006

Madonna, Bercy, 28/08/2006



L'artiste féminine proposant les tournées mondiales les plus extravagantes était de retour à Paris pour 4 concerts (évidemment à guichets fermés) au Palais Omnisport de Paris Bercy pour ce Confessions Tour.

Chaque tournée de Madonna est l'occasion d'assister à un spectacle unique, mélange de performances scéniques ahurissantes (troupe de chanteurs / danseurs touchant à tous les styles, de la capoeira au roller), de débauche de moyens techniques (plateformes et écrans mobiles à ne plus savoir où donner de la tête), de chansons savamment chorégraphiées et costumées, et bien souvent totalement retravaillées (ce qui est, artistiquement, tout à fait à son honneur).

Dans son précédent album, American Life, sur la pochette duquel elle posait avec un béret à la Che Guevara, Madonna délivrait des messages, dénonçant la guerre et la superficialité du monde. Le Re-Invention Tour, support de cet album, reprenait ces thèmes dans le spectacle, en totale adéquation avec les paroles. On pouvait trouver la leçon de morale un peu lourde, mais au moins paroles et spectacles étaient cohérents.

Or, Madonna est revenue à une formule plus basique et plus festive pour son dernier album Confessions On A Dance Floor, placé sous le signe de l'esprit néo-disco. Tout son répertoire a été remixé et réarrangé sur scène dans ce moule (au point de défigurer complètement certains classiques, comme La Isla Bonita qui n'en demandait pas tant), mais les leçons de morale sur scène n'ont pas disparu !

L'amour universel, la faim et le sida en Afrique, les personnalités politiques controversées (Bush, Blair, et même Le Pen...!), la provocation éculée sur le christianisme (s'en prendre à l'islamisme intégriste serait peut-être plus "up-to-date")... Madonna nous assène tout cela tout au long du spectacle, sans aucune cohérence avec le programme festif du revival disco, ce qui finit par être fort irritant, tellement cela semble intégré artificiellement, saupoudré, sans aucun fond.

L'autre principale déception de ce spectacle est le contraste entre la tournée précédente et celle-ci en matière de mise en scène. Madonna, elle, danse moins qu'avant (et pourtant, elle bénéficie de nombreuses plages en play-back pour la laisser reprendre son souffle aux moments les plus délicats). Elle vieillit, on peut donc le comprendre vu la condition physique terrassante que ce qu'elle exécute requiert. Mais sa troupe de danseurs/chanteurs/acrobates émérites manque souvent cruellement de direction artistique forte, d'idées. Ca gesticule, certes, mais sans la grâce et l'ingéniosité du Re-Invention Tour. La petite troupe semble maladroitement occuper l'espace gigantesque de la scène, constituée d'une longue allée centrale et de deux promontoires venant titiller les premiers rangs de spectateurs (de ce côté là, rien à redire, presque tout le monde peut voir la Madone de près à plusieurs reprises).

Bien qu'une setlist ne peut jamais contenter tout le monde à la fois, on peut déplorer la présence de titres comme Like It Or Not, ou encore Substitute For Love, qui plombent pas mal le rythme et l'ambiance. Il faut certes des titres lents pour reposer les spectateurs et le public, mais le répertoire de Madonna l'autorise à choisir des titres autrement moins anecdotiques !

Cette nouvelle tournée est donc une déception, en regard de ce à quoi l'artiste nous avait habitués. Un manque flagrant d'inspiration semble habiter ce spectacle, réduit à une grosse machinerie infernale, clinquante mais tournant à vide, ressemblant plus à un recyclage et un patchwork hasardeux d'idées de tournées passées, pour aboutir à une sorte de caricature. Madonna, reprends-toi !

Setlist:

1. Future Lovers
2. Get Together
3. Like a Virgin
4. Jump
5. Live to Tell
6. Forbidden Love
7. Isaac
8. Sorry
9. Like It Or Not
10. Sorry (remix)
11. I Love New York
12. Let It Will Be
13. Ray of Light
14. Drowned World/Substitute for Love
15. Paradise [Not For Me]
16. Music
17. La Isla Bonita
18. Erotica/You Thrill Me
19. Lucky Star
20. Hung Up

L'Héritage (avant-première)



C'est avec une grande attente que je suis allé voir en avant-première au MK2 Bibliothèque (en présence de l'équipe du film) le deuxième film de Gela Babluani, auteur du terrible 13 Tzameti, oeuvre choc dont l'ambiance me hante encore plusieurs mois après sa sortie.

Le synopsis promet d'avance de retrouver comme dans 13 Tzameti une mécanique de descente aux enfers :

Trois Français arrivent à Tiblissi (Géorgie) pour prendre possession d'un héritage : un château en ruines, légué par l'arrière-grand-mère géorgienne de l'un d'entre eux, dans une zone montagneuse très peu accessible. Accompagnés de leur traducteur, Nikolaï, ils rencontrent, dans le bus qui les conduit vers la montagne, un vieillard et son petit-fils. Ceux-ci transportent un cercueil vide. Les deux hommes se rendent chez le clan ennemi, où le grand-père doit être sacrifié pour que cessent les rivalités entre leurs familles...

Le film est tourné intégralement en Géorgie, le pays natal de la famille Babluani, et est à ce titre totalement dépaysant. Sans complaisance, on sent que Babluani a voulu dépeindre la misère et l'archaïsme non seulement des citadins, mais aussi des ruraux. Un pays où les lois existent à peine... et où les situations peuvent très vite devenir très inconfortables pour des étrangers.

Si on retrouve le cadrage serré et oppressant de 13 Tzameti, ainsi que l'emploi de "gueules" (mais où va-t-il les chercher ?) très impressionnantes, toujours sujettes à de véritables études de portraits, l'intrigue ne tient pas ses promesses, la tension sourde que l'on sent venir peu à peu n'éclate pas, et notre attente n'est pas récompensée.

Babluani a cette fois laissé l'écriture du scénario à un tiers, Jacques Dubuisson (dont je ne connais pas les scénarii précédents), et c'est probablement une grande erreur. Le film est court (1h20, mais 1h15 sans le générique), ce qui nous laisse plutôt une impression de moyen-métrage et un goût amer d'inachevé, malgré la finesse et l'originalité du propos.

Je serais fort surpris que L'Héritage connaisse le même succès critique et public que 13 Tzameti, et c'est vraiment avec regret que j'écris ces lignes tant je portais d'espoir dans ce deuxième film, qui aurait dû transformer les attentes placées en Babluani. Je guetterais néanmoins le prochain avec attention, tout espoir n'est pas perdu !

6/10

10 septembre 2006

Little Miss Sunshine



Premier film de Jonathan Dayton et Valerie Faris (les créateurs de l'émission culte de MTV The Cutting Edge qui a révélé les Red Hot ou encore REM au grand public, puis réalisateurs d'un nombre impressionnant de clips et de pubs tous très cotés), Little Miss Sunshine, a tout, sur le papier, pour être le dernier film indépendant américain qu'il faut voir.

Le film dissèque la famille Hoover, assemblage de personnages pour le moins perturbés. Le père tente désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes". La mère tente de dissimuler les travers de son frère, homosexuel, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l'hôpital après avoir été congédié par son amant. Le grand-père est un obsédé qui sniffe de l'héroïne. La fille de 7 ans se rêve en reine de beauté, tandis que son frère a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'Air Force Academy.

On comprend d'entrée que le trait est un peu poussé, mais pourquoi pas. Le casting étant la clé du film et les acteurs parfaitement au point, le tout pourrait aboutir à une délicieuse satire aigre-douce de la famille américaine névrosée. Surtout quand on sait que le film est un road movie, car quand la fillette Hoover décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide (certains à contre-coeur) de faire corps derrière elle, et s'embarque dans un voyage de plusieurs centaines de miles dans un vieux break Volkswagen jaune.

Little Miss Sunshine lorgne clairement vers le style d'Alexander Payne, mais on y trouve finalement beaucoup plus de tendresse que de vitriol. Au final, il en ressort une impression de film fort sympathique, avec des scènes clairement hilarantes, mais avec un manque flagrant d'exploitation du potentiel satirique de ces anti-héros. En outre, vu le CV de ses deux réalisateurs, on ne peut qu'être surpris devant le manque total de brio de la mise en scène. La caméra semble posée, se contentant d'enregistrer, sans rien mettre en valeur.

Ce premier essai ne manque certainement pas de charme, mais il en faudra un peu plus pour atteindre le niveau de comédies satitiques comme Sideways ou The Squid and The Whale.

6/10

08 septembre 2006

Snakes On A Plane



David R. Ellis a encore frappé ! Technicien hyper confirmé (réalisateur assistant ou responsable des secondes équipes de tournage sur des films comme Master and Commander, Matrix Reloaded ou encore Harry Potter), le cinquantenaire s'est mis à réaliser depuis le début des années 2000 quelques-unes des meilleures séries B qui soient : Destination Finale 2 (de loin le meilleur de la trilogie), ou encore Cellular.

Ellis a une aptitude singulière à transformer en un divertissement jouissif pour adulte ce qui semblait être a priori un nanar américain de plus. Au lieu de tomber dans le vulgaire film pop-corn, Ellis insuffle à ses films une action à la mise en scène redoutable, doublée d'un humour noir ravageur qui sert de pur défouloir au spectateur. Un second degré constant lui permet de se rire des clichés (qu'il détourne avec malice), et au final, parvient à captiver avec des scénarii dont le fond est largement crétin.

On pouvait néanmoins légitimement douter du succès de la manoeuvre avec Snakes On A Plane (Des Serpents dans l'avion), vu l'incroyable pitch de ce film : un des piliers de la mafia met au point un lâcher de serpents venimeux à bord d'un avion où un détective (Samuel Jackson) escorte un témoin essentiel qui va permettre de faire tomber le dit criminel.

Cette histoire rocambolesque permet à la fois de réinventer le genre film-catastrophe, tout en jouant à fond sur le stress que procure chez beaucoup la vision des serpents en furie (dont les attaques vous feront à coup sûr sursauter vu la maestria de la mise en scène). On a droit à une avalanche de gags macabres et pas très politiquement corrects, ne pas emmener les enfants donc !

Samuel Jackson pète les plombs dans le film et apporte le décalage qui achève de faire de Snakes un des meilleurs no-brainer jamais vus.

La réplique "Enough is enough! I have had it with these motherfucking snakes on this motherfucking plane!" de Samuel Jackson est devenue instantanément culte et a fait même l'objet d'une chanson qui reprend la réplique.

Culte, le film l'était lui-même déjà avant sa sortie, le film étant à ce jour celui ayant généré le plus grand buzz sur le web, avec une telle pression des fans sur les forums et blogs que la Paramount a donné son feu vert pour tourner des scènes plus violentes (et aboutir ainsi à une interdiction au moins de 13 ans aux USA). Pour tout savoir de cette histoire sans précédent dans l'industrie du cinéma, n'hésitez pas à aller lire ce paragraphe de Wikipedia.

8/10 (mais 10/10 dans sa catégorie !)

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