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29 juin 2008

Extreme - Saudades De Rock



Pour un fan d'aussi longue date que moi de ce groupe, ce cinquième album tant espéré tient quand même un peu du miracle. Il aura fallu 13 ans et demi entre Waiting For The Punchline et Saudades De Rock ; et même si on savait que Nuno Bettencourt et Gary Cherone retravailleraient sérieusement un jour ensemble (la séparation ayant été amicale, et le lien jamais rompu entre les deux co-auteurs du groupe comme en témoignent leurs multiples collaborations studio ou scéniques pendant ce hiatus), 13 ans, c'est vraiment très long ; et c'est en gros le temps qu'il aura fallu pour que Nuno Bettencourt épuise pour de bon ses envies boulimiques (en 13 ans, le bonhomme n'a pas vraiment chômé, avec un album solo sous le nom de Nuno, deux avec son groupe Mourning Widows, un avec son groupe Population 1 et un avec son groupe Dramagods ; sans compter ses nombreuses activités de production et ses innombrables apparitions sur divers albums, dont le notable investissement dans Satellite Party).

Gary Cherone, pendant ce temps, a vécu l'expérience d'un album intéressant avec Van Halen, qui a hélas été un four commercial (par rapport aux chiffres habituels de vente de Van Halen...), et a fait un come-back en 2002 très réussi artistiquement avec son groupe Tribe Of Judah, mais hélas sans suite (zéro promotion de la part du label Spitfire, et pas de tournée). Le line-up comprenait pas moins des trois quarts d'Extreme (tous les musiciens de Waiting For The Punchline, moins Nuno, pour un résultat d'ailleurs très différent stylistiquement d'Extreme).

Pat Badger, quant à lui, outre Tribe Of Judah, n'a participé en 2000 qu'au side-project Super TransAtlantic de Jason Bieler (chanteur et guitariste de Saigon Kick), pour un unique album vraiment très bon (Shuttlecock). D'après les crédits, Pat Badger n'a néanmoins pas participé à l'écriture de ces albums.

Paul Geary, batteur historique d'Extreme, avait quitté le groupe après l'enregistrement d'une partie de Waiting For The Punchline, pour se consacrer à son activité de management et de promotion de groupes de musique (sa plus grosse réussite étant Godsmack). Là encore, la séparation avait été amiable, Geary rejoignant ses compagnons d'Extreme à plusieurs reprises lors de concerts exceptionnels. Le second batteur d'Extreme, Mike Mangini, n'a plus collaboré avec le groupe après la tournée de Waiting For The Punchline. Il est devenu le batteur recherché que l'on sait. C'est l'Américain Kevin Figueiredo, déniché par Nuno pour son groupe Dramagods, qui officie désormais derrière les fûts d'Extreme.

Les retrouvailles se sont scellées en 2007, Nuno et Gary ayant passé du temps à écrire ensemble (Gary : "There was actually too much material! We were doing a song or two a day, and we wound up with 23 or 24 songs in a two week writing session"). Les questions légitimes qui taraudent tous les fans d'Extreme sont donc : la complicité au sein du duo serait-elle encore intacte ? Même si la contribution aux compositions de la batterie et de la basse sont plus modestes, Extreme a toujours été caractérisé par une section rythmique très soudée et par des choeurs à quatre à la signature reconnaissable entre mille, cela serait-il donc toujours au rendez-vous ? Début de réponse avec une revue chanson par chanson.

1. Star
L'album commence par le single, choix en effet évident dès la première écoute : titre très direct à la Tie Your Mother Down de Queen, les tonalités majeures et enlevées rappellent nettement l'ambiance du premier album d'Extreme, avec néanmoins des rythmiques pleines d'harmoniques et sèches comme des coups de bâton à la Waiting For The Punchline ! Les harmonies vocales sont très caractéristiques d'Extreme, avec la même classe que ce Queen a réussi à faire. Seul le solo de Nuno laisse sur sa faim ; technique, mais sans réelle âme. On est loin par exemple du délirant solo de Play With Me, par exemple, qui convenait parfaitement à l'ambiance de la chanson.

2. Comfortably Dumb
"I have become... comfortably dumb !" Le refrain dément joliment la musique, qui possède un groove d'enfer sur un tempo un tout petit peu plus rapide que celui de Lil' Jack Horny, et avec un feeling très analogue à celui de Hip Today. Le son de Nuno rappelle d'ailleurs totalement celui de Waiting For The Punchline, sec et très nerveux avec plein d'harmoniques. Chanson à tiroirs, on embraye vers 2'05 vers une ambiance plus sombre, et le solo qui démarre à 2'43 est cette fois plein de feeling, bluesy, avec des double-stops et des descentes ternaires comme seul Nuno sait les placer. Ce solo enchaîne à 3'05 sur un break ternaire redoutable avec un palm mute de Nuno qui évoque fortement celui de Peacemaker Die, doublé par la section rythmique (excellent effet à la double pédale de la part de Kevin). De loin mon titre favori de l'album, c'est du Extreme, avec la mélodie, le feeling, les breaks, le groove, les acrobaties, l'envie d'en découdre, bref tout ce qui me fait craquer chez Extreme.

3. Learn To Love
Ce titre commence de façon très réminiscente du style de Mourning Widows : riff rapide syncopé, avec temps fort sur le contre-temps. Même le phrasé de Gary rappelle fortement la façon qu'avait Nuno de placer son chant dans Mourning Widows. La mélodie vocale du pré-refrain est à mon avis assez maladroite, avec une voix de tête malvenue. L'enchaînement sur le refrain n'est pas plus réussi, car on passe cette fois à un refrain et des choeurs très typés Van Halen, qui n'ont pas grand rapport avec le début de la chanson, et surtout qui sonnent assez datés. Heureusement, un break instrumental arrive vers 2'42 drivé par quelques notes de basse de Pat. Nuno s'en donne à coeur joie sur la voie de gauche (mixage à l'ancienne comme sur Waiting For The Punchline), et s'ensuit une tournerie exquise entre basse et guitare à l'unisson pour revenir vers les parties chantées. Encore un titre à tiroir plaisant dans l'ensemble mais aux parties de qualité inégale. Dommage.

4. Take Us Alive
La principale surprise de cet album, avec la première chanson rockabilly du groupe ! Dans ce contexte, la chanson est donc directe, conçue pour la scène, avec un refrain amusant : "You can run / I can hide / And we'll meet each other on the other side / Don't you worry pretty baby / They'll never take us alive". Nuno exécute un solo brillant qui n'a pas à rougir face à la virtuosité dans le domaine de Brian Setzer.

5. Run
Le riff, le rythme, le placement du chant (cette façon d'apostropher : "hey... yeah !"), les mélodies vocales du refrain, tout fait penser à du Mourning Widows, voire même à du Dramagods avec l'ambiance rétro du refrain et le clavier en fond. Malgré le fulgurant plan de Nuno à 2'11 et le chouette solo qui s'ensuit, ce titre est poussif et sans grande originalité. Une des bottes secrètes d'Extreme est de faire partir la chanson dans une autre direction quand on ne s'y attend pas, et c'est à partir de 3'47 que Run offre le plus d'intérêt avec une progression harmonique et des chœurs dignes de la section de rock/pop romantique de III Sides To Every Story (la deuxième face, Mine). Ca dure hélas quelques dizaines de secondes, l'idée n'est pas développée, c'est très dommage.

6. Last Hour
Ce titre commence directement avec Gary au chant soutenu uniquement par des arpèges qui rappellent immédiatement le standard House Of The Rising Sun. L'originalité n'est pas de mise, mais ça passe encore. Le vrai problème arrive à partir de 0'54, car le refrain est un gros ratage : une guitare très heavy en gros power chords hachés déboule soudainement, avec un chant de Gary très forcé, très haut placé. On est dans le cliché le plus total de la ballade heavy. J'espère que ce titre plaira, mais personnellement, je le trouve insupportable et je le classe tout en bas de tout ce qu'Extreme a pu sortir.

7. Flower Man
Un inédit de Schizophonic ? L'énergie punk de ce morceau en a tous les atours ! De plus, le chant de Gary ressemble à s'y méprendre à celui de Nuno sur son premier album solo. Idem pour le solo, rapidement exécuté et rapidement oublié. Réussi dans son genre, le seul problème potentiel de ce titre est qu'il ne rappelle pas une seconde Extreme, mais du Nuno pur jus, et c'est dommage car on n'a pas été sevré de Nuno pendant 13 ans, par contre, Extreme nous a trop manqué et c'est vraiment dommage de ne ressentir absolument aucun effort d'écriture collective dans ce morceau.

8. King Of The Ladies
Un inédit de Dramagods ? On retrouve ce mid-tempo bien groovy, avec du riff qui sent le Led Zep' et le flanger sur le son de guitare. Le refrain, heavy, est du 100% Nuno et d'ailleurs c'est lui qui chante le titre, ce qui est un gros gâchis car l'intérêt d'Extreme, au chant, c'est l'incroyable complémentarité entre les timbres de Gary et de Nuno. Pour la deuxième fois de suite, il est impossible de discerner la moindre signature d'Extreme dans ce morceau.

9. Ghost
Ballade drivée par le piano, Ghost commence par un chant magnifique de la part de Gary. Quelle technique ! Quel feeling... A 0'08, Pat entre dans la danse, suivi de Kevin à 0'28, ce qui procure ce fameux effet irrésistible d'une montée irrésistible vers un refrain poignant, et c'est bien le cas, aussi bien grâce à ce phrasé si bien trouvé que grâce au mélange exquis des voix de Gary et de Nuno : "Sorry for the way / Way I treated you / A little bit too late / But if you only knew / I'll take away the pain / Pain I put you through / And do it all again / Walking in your shoes / And in a corner of my mind / Lies the weight of my regret / Between the shadow and the light / Ghost you're in my head...". Les arrangements de cordes, la structure de la chanson tout en nuances, la qualité inouïe de la progression harmonique : tout rappelle le chef d'œuvre ultime de III Sides Of Every Story, Everything Under The Sun. Le grand frisson, en somme. Ghost est du très grand Extreme, à en pleurer, et qui rappelle à quel point ce groupe possède une variété d'écriture dont très peu de groupes de rock peuvent se vanter.

10. Slide
Seul nouveau titre dont nous avions eu un avant-goût il y a quelques mois déjà, grâce à un petit extrait de 1:31 diffusé sur YouTube de leur prestation aux Boston Music Awards le 01/12/2007. Probablement le titre le plus funky de l'album, Slide rappelle à son tour Waiting For The Punchline, de par sa rythmique, le son de la guitare, le placement du chant de Gary et les chœurs. C'est un infectious groove ! Slide me fait penser à un cousin de Never Been Funked, sans que je puisse totalement expliquer pourquoi. C'est en tout cas un des must de l'album, qui se place dans la même division que Comfortably Dumb.

11. Interface
Ce titre était déjà sur l'album de Dramagods, mais c'était une réussite. Ré-enregistré avec le chant de Gary, et quasiment intégralement doublé par Nuno sur le refrain, c'est encore bien mieux. Seule ballade acoustique (du moins qui commence ainsi, et qui se muscle ensuite), c'est un indiscutablement un hit potentiel grand public, mais nous sommes loin d'un More Than Words bis, bien heureusement. Bien qu'elle perde sur le papier presque une minute par rapport à la version de Dramagods (4:34 contre 5:27), il n'y a en fait une réelle différence que d'une trentaine de secondes, constituée de l'absence du refrain quasiment a capella avec le filtre sur la voix de Nuno à 3'55 sur la version de Dramagods. La seule grosse différence notable, hormis le chant lead assuré par Gary, est le solo, totalement ré-enregistré, qui colle mieux au titre (et qui a exactement la même durée dans les deux cas).

12. Sunrise
Retour à un titre plus hard, avec un riff d'intro zeppelinien en diable. On revient à du Extreme de la veine de Waiting For The Punchline et ce titre est donc à mettre dans la famille précédemment évoquée avec Slide et Comfortably Numb. Le bémol provient toutefois des chœurs qui un peu timides, qui empêchent Sunrise de faire vraiment mouche sur son refrain.

13. Peace
Le dossier de presse mentionne que cette chanson est dans l'esprit de John Lennon, ce qui est ma foi tout à fait exact. C'est la face Beatles, assumée, d'Extreme, mise à l'oeuvre en particulier sur III Sides To Every Story. Même si le "Time for you to pray / Pray for peace" sonne un peu naïf, il faut avouer que la simplicité désarmante du duo constitué de Nuno au piano et Gary aux vocalises est touchante. Peu à peu, des éléments viennent renforcer l'ensemble : Nuno au chant, une cymbale par ci, un synthé par là, la basse... jusqu'à ce que la batterie fasse vraiment décoller le tout vers 3'37, avec un solo guitare très dépouillé, au son dénué de tout effet. La dernière partie du titre déploie toute son ampleur et offre une mélodie vocale de premier ordre. L'album se conclut donc par un petit bijou fort convaincant.

Conclusion

Extreme propose un cinquième album qui risque de surprendre ceux qui riaient sous cape en apprenant leur reformation. Indéniablement, Extreme occupe dans l'histoire du rock une place à part, comme l'enfant illégitime de Queen, Van Halen et les Beatles.

Pour les fans, il faut reconnaître que ce cinquième album ne possède pas la même ambition et la même cohérence artistique des quatre albums précédents. Sur 13 titres, il y en a probablement 3 de trop. Et c'est difficile d'écrire cela, car je suis par ailleurs vraiment encore éberlué de me dire que ce cinquième album est enfin une réalité. Difficile donc de faire la fine bouche.

Mais en étant ausi objectif que possible, et malgré le jeu irréprochable de Pat et de Kevin, l'album est beaucoup trop marqué par la patte du Nuno de ces 13 dernières années. Au niveau composition, il manque un peu de ciment collectif qui procurerait tout au long de l'album l'impact dégagé par seulement quelques titres. Avec autant de titres composés en si peu de temps (cf. citation de Gary rappelée plus haut), on peut s'interroger sur la raison de garder un titre déjà paru, aussi bon soit-il (Interface de Dramagods), ainsi que sur la pertinence d'avoir retenu des compositions dont Nuno avait probablement les riffs en stock, vu les similarités fortes avec ses groupes précédents. La réponse est probablement dans l'excitation de Gary et de Nuno, visiblement pressés de sortir cet album et en découdre sur scène avec la future tournée.

Cela ne doit pas masquer les qualités sans doute inamovibles d'Extreme qui sont la diversité, l'énergie, la qualité du jeu, le groove, les tourneries infernales avec des breaks instrumentaux gavés de feeling, et une volonté affichée de creuser une veine rock et funky largement abandonnée par à peu près tout le monde. Il faut juste espérer que Nuno et Gary, remis en orbite dans leur relation unique de compositeurs, sauront proposer une suite plus collective, plus ambitieuse. C'est donc un déjà un fort bon retour, mais gageons que ce n'est qu'un tour de chauffe. Saudades De Rock donne tout de même à voir un avenir radieux.

En attendant cette suite, on ne peut que se frotter les mains à la perspective de revoir enfin le groupe sur scène. Rendez-vous à Milan pour l'unique date européenne de l'année, au festival Rock of Ages le 13/09/2008. Et encore merci messieurs.

00:35 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : extreme, album, musique

19 décembre 2006

Muse, Bercy, 14/12/2006



La taille des salles a beau augmenter au fil des tournées, Muse reste un putain de groupe de rock, sans concessions et sans artifices. Certes, la production très clinquante accentue l'aspect cosmique et grandiloquant de leur musique, mais il ne faut pas oublier qu'il n'y a quasiment aucun trio capable de délivrer une telle puissance et une telle maîtrise de l'espace sonore, à part sans doute Rush.

Que Muse arrive à préserver ainsi émotion et intégrité artistique malgré ce phénoménal engouement populaire est un exploit. On ne se plaindra pas qu'un public assez jeune se prenne de passion pour un groupe brassant des influences aussi variées qu'Ennio Morricone, Pink Floyd ou Rachmaninov (dont l'influence sur Bellamy au piano prend une dimension fascinante sur scène). Ce brassage, cette voix aigue, ce space rock rappellent trop certains canons du rock progressif et il est heureux de voir qu'une telle musique trouve un tel écho actuellement, qui sera ainsi peut-être une porte d'entrée vers un pan de la culture musicale contemporaine.

Le son était exceptionnellement bon pour Bercy, en particulier la batterie et le chant, très propres, très clairs, percutants. L'ambiance était digne des grandes messes hard rock, et si la première partie du concert ménageait encore les émotions, à partir de Bliss, ce ne fut plus qu'un véritable pilonnage en règle. Apocalypse Now ? Oui ! Seul reproche : tout cela est passé bien trop vite... et de façon trop minutée, trop rodée.

Setlist :

Take a Bow
Map of The Problematique
Butterflies & Hurricanes
Supermassive Black Hole
New Born
Starlight
City of Delusion
Forced In
Bliss
Feeling Good
Hoodoo
Invincible
Time is Running Out
Plug in Baby

Rappel #1
Sunburn
Hysteria
Stockholm Syndrome

Rappel #2
Knights of Cydonia

11:10 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Musique, concerts, concert