28 mars 2007
Les Témoins

Les Témoins, ce sont ceux de l'apparition du syndrome du SIDA, et de ses premières victimes au début des années 80. A ce titre, le sujet est vertigineux : il se suffit de se mettre à la place des personnages du film, qui eux ignoraient encore le bouleversement mondial qu'allait engendrer ce virus.
André Téchiné, qui a co-écrit le scénario, se saisit ainsi d'un contexte socio-culturel propice à un drame puissant, mais pouvant facilement tomber dans le pathos. Or, il n'en est rien, et c'est probablement la plus grande surprise du film. L'émotion est néanmoins constamment présente, mais c'est grâce à un souffle romanesque vigoureux, avec un scénario des personnages très fins (sans éviter quelques clichés, fort limités heureusement), excitants et intelligents.
La réalisation est vive, le montage relativement nerveux, on ne s'ennuie donc même pas une seconde. La seule chose à laquelle Téchiné ne s'est pas réellement attaché, c'est l'authenticité de la recréation de l'environnement de 1984. Les pinailleurs s'amuseront à repérer toutes les erreurs (les draps des hôpitaux de Paris siglés 2006, les voitures modernes qui passent en arrière-plan, etc.), mais ceci est vite oublié face à cette ode à la vie et à l'amour qu'est, paradoxalement, ce film témoin de la crise identitaire de la France face à ce qui allait être le plus grand fléau moderne de notre planète.
8/10
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23 mars 2007
Notre pain quotidien

Pendant deux ans, le réalisateur Autrichien Nikolaus Geyrhalter a placé sa caméra au coeur des plus grands groupes européens agroalimentaires, nous donnant accès à des zones habituellement totalement impénétrables. Il a filmé les employés, les lieux et les différents processus de production pour réaliser un documentaire qui interroge et implique intimement chaque spectateur.
Notre pain quotidien ouvre une fenêtre sur l'industrie alimentaire de nos civilisations occidentales modernes. Réponse à notre sur-consommmation, la productivité nous a éloigné d'une réalité humaine pour entrer dans une démesure ultra-intensive qui a rejoint les descriptions des romans d'anticipation.
Cadrages minutieusement composés, images cristallines, montage fluide construisent un film sans commentaire, sans propagande, dont les images parlent et demeurent.
Il n'y a pas grand-chose à rajouter au synopsis de Notre pain quotidien, si ce n'est que tout ce qui y est décrit est rigoureusement exact ; et surtout, ce film interpelle, sans jamais prendre position (aucune dénonciation), et fait réfléchir, au lieu d'apporter des réponses ; ce qui le distingue nettement d'un "documentaire". Il convient de ne déflorer aucune des scènes afin que les éventuels futurs spectateurs gardent toute surprise intacte.
Néanmoins, je me contenterai juste de préciser qu'au delà de certaines images qui pourront choquer les gens un peu sensibles (vue du sang, des entrailles, etc., pour les scènes se situant dans des abattoirs), l'essentiel est évidemment ailleurs (les hommes abattent en effet des animaux pour se nourrir depuis toujours) : l'émotion la plus vertigineuse est sans conteste celle ressentie à la vision de l'annihilation totale de respect aussi bien pour les animaux (réduits, même encore vivants, à l'état d'objets, certaines scènes étant involontairement d'un comique absurde, mais atroce), que pour les employés, dont les tâches et les conditions de travail font froid dans le dos. On se situe en effet à l'extrême de la déshumanisation du "travail". Ce sont véritablement des scènes de science-fiction qu'on a l'impression de regarder se dérouler. Et pourtant ceci a lieu dans des usines européennes. Le plus effrayant, au final, est se dire que pour nourrir autant de monde, avec si peu d'agriculteurs, il n'y a sans doute pas d'alternative réaliste pour l'instant.
8/10
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20 mars 2007
After The Wedding

Non, le cinéma danois ne se résume pas à Lars Von Trier. Il y a une pépite qui s'appelle Anders Thomas Jensen, un des réalisateurs-scénaristes les plus originaux d'Europe (Les Bouchers Verts, Adam's Apples). Comme par hasard, ce réalisateur travaille beaucoup avec l'extraordinaire acteur Mads Mikkelsen, enfin révélé à un public plus large depuis sa prestation jouissive dans Casino Royale.
C'est bien la présence en tête d'affiche de Mikkelsen qui m'a incité à aller voir After The Wedding. J'aurais dû alors voir plus tôt qu'After The Wedding était co-écrit par Anders-Thomas Jensen ! Tout se tient : le cinéma danois possède un trio gagnant, et je n'en connaissais pas le troisième maillon. C'est désormais chose faite : avec The Wedding, la réalisatrice Susanne Bier est désormais en haut de la liste des réalisateurs dont il faut que je découvre toute la filmographie.
On reconnaît la patte de Jensen dans le scénario par cette capacité à tenir le spectateur en haleine, en déplaçant constamment le noeud de l'intrigue, et en l'emmenant sur un terrain qui n'est jamais celui qui paraît être (en conséquence de quoi, rien ne sera écrit ici sur l'histoire du film). Et pourtant, nous n'avons pas affaire ici à un thriller, mais bel et bien à un drame, rugueux et intense. Tension et absence de pathos : impossible de quitter les yeux de l'écran pendant deux heures. Mine de rien, c'est devenu assez rare de trouver de tels scénarios sans boursouflures.
Mais la grande surprise, au-delà de cette superbe démonstration d'écriture, c'est la réalisation. Susanne Bier filme beaucoup caméra à l'épaule, passant littéralement au scalpel des performances d'acteurs viscérales. Ses cadrages sont virtuoses et nous transportent au coeur de l'émotion et de l'atmosphère des scènes. Mieux, elle sait capter mille détails qui mettent le récit en état d'apesanteur pour quelques secondes, comme sait si bien le faire l'immense Michael Mann.
On pourra tout juste reprocher que le film, dans son dernier tiers, se laisse aller à un ou deux rebondissements un tout petit peu prévisibles. A part ça, c'est une oeuvre de haute volée, et sans conteste ma plus belle découverte depuis le début de l'année.
8/10
09:36 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma
13 mars 2007
Pain Of Salvation, Elysée-Montmartre, 03/03/2007

C'était la neuvième fois que je voyais Pain Of Salvation (POS) en concert, et le groupe ne parvient décidément pas à me débarrasser d'une impression persistante : POS n'arrive pas à transcender sur scène sa musique, pourtant si intéressante sur disque.
Le dernier album sorti cette année, Scarsick, présente pourtant un regain de créativité et d'efficacité, bien loin de l'échec artistique de Be, leur ambitieux mais maladroit concept-album de 2005. Certains titres, comme l'excentrique Disco Queen, auraient dû être de véritables bombes en live. Il n'en fut rien. C'était bon, c'était bien, mais l'impact reste à mon avis bien en-dessous de son potentiel.
Alors, pourquoi ? Voilà une question bien embarrassante, mais je ne peux pas m'empêcher dorénavant de penser que POS souffre d'un problème inhérent à son intérêt : le fossé est décidément trop grand entre l'étoile du groupe, le compositeur/leader Daniel Gildenlöw, et le reste du groupe. Daniel a beau briller de tout son talent et de tout son charisme sur scène, les autres membres restent à un niveau nettement plus commun et le tout ne parvient pas à dépasser les splendides moments que nous offrent les disques du groupe. La scène est décidément un test redoutable. POS est un sans conteste un bon groupe de scène, mais il ne sera probablement jamais, tel quel, le GRAND groupe qu'il mériterait d'être.
16:11 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : concerts, pain of salvation
10 mars 2007
Je crois que je l'aime

De temps à autre, le cinéma français nous offre de véritables perles dans le genre de la comédie. Je crois que je l'aime fait partie de cette espèce hélas trop rare. Pierre Jolivet (oui, le frère de Marc), réalisateur et coscénariste, est loin d'être un débutant (Strictement personnel, Ma petite entreprise, Zim and co...), mais il reste assez inattendu que son film flirte avec un tel niveau de finesse.
Le scénario est archi convenu (un homme et une femme que tout sépare finiront ensemble), mais une comédie est affaire de rythme et de dialogues. Ici, la mise en scène relève de la mécanique quantique ! Chaque plan est parfaitement millimétré, les dialogues sont parfaitement rythmés et la direction d'acteurs est totalement maîtrisée. Le couple principal fonctionne au mieux, ce qui n'était pas gagné entre des pedigrees aussi différents que ceux de Vincent Lindon et Sandrine Bonnaire (dont c'est la toute première comédie de sa carrière !). Les seconds rôles, tenus par des François Berléand et Kad Merad au sommet de leur forme, sont jouissifs et achèvent d'emporter une victoire totale : sous ses aspects inoffensifs, Je crois que je l'aime est un pur bijou qui rappelle qu'il est ô combien possible de divertir... avec intelligence. Irrésistible, et rare.
8/10
20:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
02 mars 2007
Blackfield, Café de la Danse, 27/02/2007

Avant de parler de Blackfield, quelques mots sur la première partie, le groupe anglais Pure Reason Revolution. Sans aucun doute, leur premier album The Dark Third laisse entrevoir un des meilleurs espoirs anglais en matière de musique pop/rock/hard "sérieuse", les leaders incontestés étant Porcupine Tree et Oceansize. Néanmoins PRR en est encore bien loin, et sa prestation scénique a plutôt eu tendance à démontrer que la hype à son sujet est franchement exagérée. Le potentiel est là, oui, mais n'anticipons pas. Comme l'écrit mon ami Archaos sur son blog : "Tendu, mécanique, peu technique, prisonniers des samples omniprésents, PRR a un peu donné l’impression de ramer tout au long des 3/4 d’heure de leur set". Sur scène, le problème est qu'on a la sensation de voir la "recette" de leurs compositions mise à nu, et c'est à peu près aussi décevant qu'un tour de magie dont on connaît le "truc". On se rend compte que l'album studio tient la route surtout grâce à son travail de production. Le passage en live dessert totalement PRR, mais ils ont largement le temps de rectifier le tir. Ce n'est que leur première tournée.

Changement presque cruel de niveau avec le set de Blackfield. L'attente est grande puisque c'est le premier vrai concert du groupe, après les quelques titres joués en première partie de Porcupine Tree, le 29/11/2003, bien avant que leur premier album ne sorte ! Ce sont les musiciens ayant enregistré le deuxième album qui sont sur cette tournée, et on sent très vite une superbe cohésion ; il faut dire que les batteur, bassiste, et claviériste sont des musiciens qui travaillent avec Aviv Geffen depuis longtemps. Geffen est d'ailleurs un peu la curiosité du groupe, pour nous Européens, puisque cette rock star israélienne très populaire dans son pays (malgré ses prises de position politiques très à gauche - il est pour la libération des territoires occupés, ce qui lui vaut d'avoir des gardes du corps en permanence) est un artiste totalement inconnu chez nous, en dehors de Blackfield, fondé avec Steven Wilson. Ce dernier est d'ailleurs égal à lui-même : même mélange de sérieux et de décontraction, mais toujours un peu distant, tandis qu'Aviv, au départ très en retrait dans son beau costume noir, finit par être clairement le plus extraverti, jusqu'à finir torse nu lorsqu'il se sent finalement complice avec le public. Dans les deux cas, Wilson et Geffen transpirent une même incroyable sensibilité artistique. Ces deux là étaient vraiment fait pour se rencontrer. Touchés par la grâce ? Oui.

Le concert aura d'ailleurs permis de confirmer une chose. Blackfield n'est pas qu'un simple side-project. Sur scène, la complémentarité de Wilson et de Geffen est telle que ce groupe mérite une existence à part entière. L'incroyable richesse de ses mélodies, alliées à des formats pop assez courts, autorisent tous les espoirs que Blackfield accède à un niveau de reconnaissance grand public en Europe (en Israël, Blackfield est déjà un phénomène depuis le premier album). Le fait que Wilson, musicien anglais à l'emploi du temps le plus contraint, ait pris la peine de s'investir dans cette tournée est sans doute un signe. Geffen, lui, ne cache pas ses intentions de mener Blackfield aussi loin qu'il le pourra.
C'est donc à un concert d'une finesse et d'une émotion rares auquel nous avons eu droit, où la quasi-intégralité des deux albums fut jouée (moins This Killer, Scars, Lullaby et Summer), ponctué par deux intermèdes : la reprise de Thank You d'Alanis Morissette (grand moment d'émotion signé Monsieur Steven Wilson), et la reprise en hébreu, au piano et chant, de Avec le Temps de Léo Ferré, par Aviv Geffen. Ce dernier nous a expliqué qu'il avait eu "l'autorisation" du groupe pour jouer ce titre uniquement à Paris, en raison de son origine française, car il voulait partager le plaisir de nous apprendre que son dernier album était disque d'or en Israël grâce à cette reprise ! Messieurs, revenez quand vous voulez... quelques grammes de finesse dans un monde de brutes, cela ne se refusera jamais.
Setlist:
Once
Miss U
Blackfield
Christenings
The Hole In Me
1000 People
Pain
Glow
Thank You
Epidemic
Some Day
Open Mind
My Gift Of Silence
Where Is My Love
End Of The World
Rappels:
Avec le Temps (reprise de Léo Ferré, en hébreu par Aviv)
Hello
Once
Cloudy Now
15:00 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : concerts, steven wilson, porcupine tree

