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26 juin 2006
Metal : a headbanger's journey

En 1986, le heavy metal devint la musique la plus populaire à travers le monde, et un peu partout, les ados portaient les cheveux longs et faisaient le signe des cornes du diable. Mais ça n'était pas du goût de tout le monde. Les musiciens de Metal furent accusés de pousser les jeunes au suicide ou au meurtre. Le heavy metal était le nouveau démon à abattre, et les fans de metal mis au ban de la société.
Sam Dunn, anthropologue et fan de ce mouvement, s'engage dans un voyage à travers le monde entier pour comprendre pourquoi cette musique a été si longtemps stéréotypée et critiquée et pourtant adorée par des milliers de fans : un voyage au coeur de la bête.
Voilà un synopsis diablement alléchant, mais pas forcément fidèle au contenu de ce documentaire, hélas bien trop court : un peu plus d'1h30. Du coup, pour effectuer ce "voyage au coeur de la bête", Sam Dunn passe par beaucoup de chapitres consacrés à l'histoire du métal, qui font perdre un temps précieux et qui rendent la véritable réflexion bien trop rare.
Facile à dire, mais c'était un peu mission impossible : un tel sujet aurait mérité une durée bien plus longue, quitte évidemment à rendre le documentaire trop "élitiste", pour les seuls amateurs de métal (ou les mélomanes vraiment curieux et ouverts). Tel quel, le documentaire est bien entendu accessible à un plus large public, mais les connaisseurs restent donc sur leur faim. Dur...
Ces réserves exprimées, il ne reste plus qu'à ne pas bouder son plaisir, car il est déjà assez extraordinaire qu'un tel documentaire ait pu être financé, et surtout, qu'il trouve un distributeur dans notre frileux pays. Il faut donc que les amateurs sincères se rendent autant que possible dans les quelques salles pour le voir (et ne se contentent pas d'un téléchargement pirate...) si on veut que peut-être, d'autres initiatives de ce style (plus poussées ?) voient le jour.
Sam Dunn a en effet rencontré beaucoup de grandes figures du hard rock et du heavy metal, et souvent ceux qui ont des choses intelligentes à dire, citons notamment Geddy Lee (bassiste/chanteur leader de Rush), Bruce Dickinson (chanteur d'Iron Maiden), Rob Zombie, et au sommet, l'inénarrable Dee Snider, chanteur leader de Twisted Sister.
C'est en effet Snider, frontman aussi talentueux sur scène qu'intelligent à la ville, qui apporte le passage le plus savoureux, et c'est important, celui qui va le plus dans le sens de ce que le film aimerait "démontrer" : le heavy metal a été longtemps injustement critiqué. Mêlant images d'archives et nouvelle interview, le documentaire remémore l'incroyable épisode où Snider est allé témoigner devant le congrès américain et a ridiculisé Tipper Gore, femme du futur vice-président Al Gore, qui menait alors une campagne de dénigrement d'artistes et de groupes dont les paroles de chansons étaient censées être moralement incorrectes. Madame Gore avait établi une liste intitulée les Filthy Fifteen ("les 15 dégoûtants") regroupant les 15 noms de groupes considérés comme dangereux pour la jeunesse par le Centre Parental de Ressources Humaines. Le groupe Twisted Sister y apparaissait.
Snider explique comment il a préparé minutieusement ses réponses, tout en faisant attention à ne pas soigner son look, afin que ses opposants le prennent pour quelqu'un d'illettré et de stupide. Le choc en été que plus grand lorsque ses adversaires ont pris une véritable leçon où Snider a prouvé que ses paroles étaient sujettes à interprétation et qu'on y voyait ce qu'on voulait bien y voir, disant clairement à voix haute que Tipper Gore devait avoir des pulsions sado-masochistes, devant Al Gore (alors avocat), lequel manqua de s'en étrangler ! Pour les curieux, les réponses de Snider au Congrès sont disponibles ici.
Un autre grand moment est le segment passionnant sur le hair metal californien des 80's où sont bien montrés tous les paradoxes de ce courant : musiciens détournant tous les codes de la masculinité en s'appropriant les éléments de la mode féminine (maquillage, permanentes, habits en cuir, etc.), et pourtant extrêmement sexy, considérés alors comme le sommet de la virilité... exactement à l'opposé des codes habituels des autres courants où les éléments machistes étaient souvent légion. Le sujet de l'homosexualité (extrêmement tabou dans le milieu du métal) est d'ailleurs évoqué, et en tant qu'en anthropologue, Sam Dunn apporte des commentaires très pertinents sur les paradoxes de la communauté des fans principalement masculins.
Il est dommage que Sam Dunn ait tenté d'aborder tous les aspects du métal (de l'histoire aux polémiques en passant par la plupart des courants majeurs), car on se retrouve ainsi avec une partie entière sur le black metal, évoquant les inévitables incidents norvégiens avec les quelques extrêmistes satanistes qui n'ont hélas rien à voir avec la musique elle-même...
Au final, le fan de metal risque donc de ressortir avec une impression de frustration tellement chaque sujet, scolairement découpé en chapitre, est survolé. Quand certains thèmes commencent à être approfondis, trop tard, on passe à un autre pas forcément indispensable. Reste que ce documentaire constitue une excellente introduction à ceux qui ne connaissent le heavy metal que par les quelques clichés colportés par les medias généralistes. C'est déjà beaucoup !
7/10
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22 juin 2006
Paris je t'aime

Très grand amateur du réalisateur canadien Vincenzo Natali (Cube, Cypher, Nothing), j'ai découvert le projet Paris je t'aime il y a environ deux ans, en apprenant alors la participation de Natali à ce projet.
Au fil du temps, d'autres noms de cinéastes que j'admire se sont greffés au projet, et pour quelqu'un qui adore le cinéma et Paris (et qui y vit), ce concept d'un court-métrage par arrondissement était très alléchant. Hélas, un désaccord insoluble entre les deux producteurs a conduit à l'évincement de deux segments, obligeant le projet à devenir finalement un assemblage de 18 (et non plus 20) courts-métrages sur des quartiers de Paris, et non plus des arrondissements.
Heureusement, le recentrage vers un découpage plus "carte postale" a été évité malgré tout (les Champs-Elysées n'apparaissent même pas dans le film, ce qui est un soulagement, et les monuments n'ont pas la vedette). De plus, les transitions d'un segment à l'autre sont habiles et évitent totalement la juxtaposition brutale, d'autant plus que les segments trouvent à la fin une convergence.
Même si les segments sont évidemment de qualité variable, il est difficile d'en trouver un de foncièrement raté. Par contre, deux d'entre eux passent à côté du thème imposé (raconter une rencontre amoureuse - pas forcément entre amant et amante ! - mettant en scène Paris) : les segments d'Olivier Assayas (Quartier des Enfants Rouges), et celui de Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin (Quartier Latin). Ces deux segments ignorent totalement le quartier où se déroule l'action et auraient donc pu se passer n'importe où. Dommage...
En 5 minutes, difficile de finasser. Les segments les plus séduisants, ou du moins qui marquent immédiatement les esprits, sont donc souvent ceux qui ont misé sur l'audace formelle : Sylvain Chomet (réalisateur des Triplettes de Belleville, dont c'est la première incursion hors de l'animation) et sa vision du quartier de la Tour Eiffel par une histoire drôle, poétique et décalée d'un couple de mimes ; Vincenzo Natali et sa vision du quartier de la Madeleine sous l'angle fantastique, avec une histoire d'amour entre vampires (probablement le segment le plus original quant au type de la rencontre amoureuse !) ; Tom Tykwer (le réalisateur allemand du culte Cours Lola Cours) et sa vision du quartier du Faubourg Saint-Denis avec sa mise en scène en accéléré d'une histoire d'amour poignante entre une actrice américaine (incroyable Natalie Portman) et un jeune aveugle.
La plupart des grands noms ne déçoivent pas. En premier lieu, les frères Coen, avec une saynète dans la station des Tuileries mettant un scène de manière comique (et cruelle !) les déboires d'un touriste étranger (Steve Buscemi, éternel complice des frangins). C'est un des segments qui porte le plus la personnalité de leur créateur, et c'est un tour de force en 5 minutes. Autre réalisateur américain et autre surdoué, Alexander Payne (Sideways) met lui aussi en scène une touriste, ce qui permet évidemment d'offrir une distance de propos propice à l'humour. Pour beaucoup, ce segment sur le 14ème arrondissement (le seul à avoir gardé le nom d'un arrondissement comme prévu par le projet initial) est le plus réussi, et c'est en effet une véritable déclaration d'amour à Paris cette fois, de la part d'une étrangère, avec cet humour un peu mélancolique, mais si fin, qui caractérise Payne.
On pourrait encore parler d'Alfonso Cuarón, d'Isabel Coixet, de Gus Van Sant ou de Wes Craven, qui livrent tous un segment très honnête, mais sans doute en-dessous du talent et de la personnalité qu'on leur connaît. Mais on ne peut pas, pour finir, passer sous silence le très intelligent et émouvant segment du brésilien Walter Salles, qui parvient en 5 minutes à donner dans la veine "sociale" qui est lui si chère. L'acuité de son regard est ici époustouflante : une immigrée sud-américaine (Catalina Sandino Moreno, révélée dans le bouleversant Maria pleine de grâce il y a deux ans) doit abandonner son propre bébé chaque matin pour rejoindre de sa lointaine banlieue le 16ème arrondissement pour y garder l'enfant unique d'un riche couple. D'un seul trait, Salles unit non seulement la banlieue à Paris (le seul à le faire de tout le film), se démarque en parlant d'un amour maternel, et critique implicitement un arrondissement dortoir, riche mais terriblement creux. D'un seul coup, la plupart des autres segments paraissent bien anodins.
Ce projet, évidemment casse-gueule, a réussi à éviter l'écueuil de la carte postale et c'est déjà en soi une immense qualité. A moins de ne pas apprécier à la base les réalisateurs impliqués, il s'agit en outre, à mon avis, d'une chance assez inouïe que de voir une succession de si grands talents, et il est très agréable pour le cinéphile de pouvoir comparer ainsi la conduite de l'exercice de style par ces grands noms, accompagnés la plupart du temps par de grands interprètes.
(pas de note globale, ce qui n'aurait aucun sens ici)
10:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
21 juin 2006
Guns N' Roses, Bercy, 20/06/2006

Presque 13 ans ont passé depuis le précédent concert des Guns en France. C'était le 13 juillet 1993, déjà au POPB. Entre temps, c'est une saga des plus ridicules et pourtant des plus fascinantes de l'histoire du hard rock. Passons sur ces frasques ; Axl Rose est depuis longtemps le seul rescapé du groupe, et le nouvel album des Guns (ou disons plutôt l'album d'Axl), Chinese Democracy, est en gestation depuis plus de dix ans. Il a déjà coûté plus de 13 millions de dollars aux maisons de disques (Geffen d'abord, qui a jeté l'éponge, et actuellement le label Interscope de Sony). Il sortirait, d'après Axl, en septembre, enfin. Mais il disait déjà pareil il y a quelques années...
Peu importe, au moins cette tournée nous permet d'entendre des nouveaux titres, pour la plupart déjà fuités sur Internet mais sous forme de démos. C'est toujours ça de pris, et cette tournée devait permettre de juger de la qualité du groupe assemblé par Axl, avec des musiciens aussi costauds que Brain à la batterie ou Ron Thal à la guitare.
Les Guns devaient être sur scène à 21h00 (info promoteur). Certes, les premières parties étaient en retard et Bullet For My Valentine a fini à 21h40. Mais au lieu d'essayer de monter sur scène plus tôt, rien à faire. Les Guns ont commencé à jouer à 22h40 : c'est N'IMPORTE QUOI. J'ai vu des kyrielles de spectateurs se casser à partir de minuit pour pouvoir rentrer sans devoir se payer un taxi (qui ont été pris d'assaut à la fin d'après le témoignage d'une connaissance, à tel point que certains n'osaient pas s'arrêter).
Même si j'habite à deux stations du POPB, je suis parti à 00h10 (juste avant November Rain), car y a des gens qui bossent le lendemain et de toute façon au bout de 1h30 de show ça faisait un moment que j'avais compris...
LES GUNS VERSION 2006 SONT UN COVER BAND !!!
Ce groupe version 2006 joue mécaniquement, et sans aucune complicité ; Axl semble se mimer lui-même, enchaînant les même poses qu'il y a 13 ans mais sans grâce et avec l'entrain d'un papy. Au moins, Axl a chanté correctement (ce qui est déjà assez extraordinaire), mais quel spectacle navrant finalement quand on pense au CV de chacun des membres de ce "groupe".
C'est désolant d'assister à un concert où on ne sent aucune cohésion, aucune complicité entre les musiciens. On aurait dit que chacun essayait d'attirer l'attention à lui (en dehors de Ron Thal, un peu effacé, et effacé au mix de toute façon - qui a entendu son solo sur Knockin' On Heaven's Door ?). Velvet Revolver, au Bataclan, c'était autre chose ! Un vrai show de rock'n roll ! Et qui donne vraiment raison aux ex-membres membres des Guns d'avoir fondé ce groupe ô combien plus talentueux que le line-up aligné par Axl, qui ne semble être là que pour cachetonner.
La setlist est probablement une des pires gestions du temps que j'ai pu voir en live, avec des temps morts sans arrêt : un solo hyper chiant de chaque musicien (sauf le batteur Brain, mais le guitariste Robin Finck en a eu 2 !) ; des mini-jams pourries pendant que le piano à queue arrive (deux fois) ; une introduction de chaque membre du groupe non pas sur un titre mais encore sur une "bidouille" que je ne peux même pas appeler une jam !
Ajoutons des enchaînements très mal pensés : Madagascar, You Could Be Mine, Knockin' On Heavens Door, Jam + solo clavier (Dizzy Reed), The Blues : dans mon coin tout le monde s'est rassis et s'ennuyait grave... Vu le retard accumulé, pourquoi ne pas avoir viré les solo de la setlist au moins ? Incompréhensible.
Parlons du son : même placé en gradin, j'ai tourné un peu avant de partir pour tenter de trouver un endroit où ce ne soit pas trop brouillon. Je n'ai pas trouvé. Les trois guitares (oui, trois !), ça ne sert à rien sinon rendre le son plus confus, et seule la batterie de Brain et le chant d'Axl surnageaient clairement de ce mix, un des pires que j'ai entendu à Bercy (ha, deux semaines avant, les Red Hot c'était autre chose !).
Ce ne sont pas les effets pyrotechniques (flammes, étincelles et pétards... pas spécialement impressionnants, voir ceux de Metallica ou Rammstein à côté) qui ont rattrapé le show.
Consolation, j'ai trouvé que Better sonnait vraiment très bien en live, bien mieux que sur la version démo qui a filtré sur le web.
Bref, je suis tombé de haut, j'espère que Chinese Democracy sera un bon album, mais ces Guns-là en live, c'est presque une blague. De très loin un des concerts les moins excitants que j'ai pu voir, et pourtant, j'adore les Guns...
Setlist :
01. Intro
02. Welcome To The Jungle
03. It's So Easy
04. Mr. Brownstone
05. Live And Let Die
06. Solo Robin Finck
07. Sweet Child O'Mine
08. Madagascar
09. You Could Be Mine
10. Knockin' On Heavens Door
11. Jam / Solo Dizzy Reed (Ziggy Stardust)
12. The Blues
13. Présentation du groupe
14. Solo Richard Fortus et Robin Finck (Beautiful)
15. Out Ta Get Me
16. Solo Ron Thal (Don't Cry)
17. Better
18. November Rain
19. IRS
20. My Michelle
21. Used To Love Her (avec Izzy Stradlin)
22. Patience (avec Izzy Stradlin)
23. Nightrain (avec Izzy Stradlin)
24. Chinese Democracy
25. Solo Robin Finck
26. Paradise City (avec Izzy Stradlin)
10:35 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : concerts
20 juin 2006
Isolation

C'est du Royaume-Uni que les meilleurs thrillers horrifiques proviennent depuis quelques temps, et Isolation, premier long-métrage de Billy O'Brien (un Irlandais à suivre de près), vient confirmer cette tendance.
Un modeste exploitant agricole, proche de la faillite, accepte de soumettre son bétail à des tests de fécondation menés par un laboratoire de biotechnologie, sous le contrôle d'une vétérinaire. A l'occasion d'un examen d'une génisse génétiquement modifiée venant de naître dans des conditions atroces, la vétérinaire découvre de troublantes anomalies et alerte son patron, seul à savoir en quoi consistent exactement les expérimentations menées. Il est déjà trop tard ; le vêlage a donné vie à un mutant bovin terrifiant.
Avec un tel pitch, on aurait facilement pu tomber dans une série Z bien ridicule. On est pourtant ici à la croisée de Cronenberg et de Carpenter et c'est un sacré tour de force pour un premier film. Les raisons du succès de l'entreprise sont principalement imputables à une réalisation "réaliste" : presque exclusivement des décors naturels (la ferme est une vraie ferme d'Irlande, complètement isolée et extrêmement austère), aucun trucage numérique, tournage caméra à l'épaule (sans sombrer dans le style documentaire), look "vidéo" dû à l'emploi de caméras numériques, ambiance morne et triste de la campagne reculée irlandaise (pluie, grisaille, solitude...).
Arriver à faire peur avec l'environnement d'une ferme n'était pas gagné, mais c'est ainsi que O'Brien arrive à éviter quasiment tous les clichés des films d'horreur. Le cinéaste parvient ainsi à retourner des situations plutôt ordinaires en sommets de tension (le vêlage compliqué et très stressant ; la scène dans la mare du purin, qui décroche la palme du glauque ; de simples beuglements deviennent soudainement terrifiants, etc.). Ce huis clos dans l'enceinte boueuse, rouillée et claustrophobique de la ferme fonctionne également grâce à l'interprétation très solide d'acteurs pourtant quasiment inconnus (en dehors de John Lynch), qui prennent largement le pas sur les apparitions des "bêtes" (renforçant leur efficacité). Les personnages sont quasiment tous en manque d'argent, et semblent moralement abattus et au bout du rouleau. Cette dimension de misère sociale permet de donner une consistance aux personnages, habituellement absente des films de ce genre, et qui renforce l'aspect réaliste du film.
Isolation est évidemment une critique à peine voilée des dérives scientifiques des apprentis-sorciers de la biotechnologie. Ca marche aussi parce qu'on se dit qu'il doit bien exister des endroits, dans le monde, où de telles expériences "sauvages" sont menées en dehors de tout garde-fou éthique. Notre peur viscérale du "monstre de laboratoire" est ici exploitée pour la première fois dans un environnement rural et bovin et il fallait non seulement y penser, mais aussi y faire croire, sans jamais tomber dans le grand-guignolesque. Mission réussie en dehors de quelques maladresses bien compréhensibles pour un premier long-métrage.
ps: attention, âmes sensibles, certaines scènes de vivisection ou "organiques" sont particulièrement impressionnantes et renvoient à la fascination de Cronenberg pour la chair.
8/10
09:45 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
18 juin 2006
Cars

Pixar a toujours été la Rolls du film d'animation, non seulement d'un point de vue technique, mais plus extraordinaire, du point de vue du scénario, comme si Pixar avait toujours tenu à ce que les deux aspects soient toujours au même niveau. Exigence tout à leur honneur car finalement très rare dans le monde du cinéma (hélas).
Si même les "vieux" films de Pixar se laissent toujours regarder aujourd'hui avec autant de plaisir, malgré leur animation évidemment plus vraiment au top (bien que toujours très agréable !), c'est bien évidemment grâce à ce mélange unique de finesse (plusieurs niveaux de lecture), d'émotion et d'humour.
Car au-delà du divertissement, ce qui rend les films de Pixar intéressants auprès d'un large public, notamment les adultes, c'est cette façon de tisser avec intelligence en toile de fond une fine analyse (via des paraboles, parodies, etc.) du monde des humains, quand bien même les protagonistes sont des jouets, des animaux, des monstres, évidemment tous humanisés avec une inspiration folle.
L'énorme défi de Cars est donc de continuer sur cette lancée mais avec - pour la première fois - des objets, des automobiles et autres engins roulants. Bien que les voitures soient ici probablement bien mieux humanisées que tout ce qu'on avait vu auparavant (ex. : les yeux dans les pare-brises plutôt qu'à la place des phares comme cela avait toujours été le cas à ma connaissance), il est évidemment bien plus difficile de s'identifier à un objet. Peut-être est-ce à cause de cela que même avec tout le talent de Pixar, je dois avouer que niveau émotions, j'ai trouvé ce Cars beaucoup plus pauvre que tous les autres oeuvres du studio de Steve Jobs.
La déception ne s'arrête pas là, car pour la première fois également, j'ai trouvé le scénario trop naïf, très premier degré, très guimauve, car sans les fameux autres niveaux de lecture habituels. La morale, simplissime (comme toujours diront les détracteurs de Pixar), n'est ici sous-tendue par presque aucune réflexion sur le monde automobile et les rapports que la société entretient avec. Donc pour des adultes, c'est un peu juste.
Pourtant, le matériau était extrêmement propice à l'intelligence habituelle du propos Pixar, mais John Lasseter (réalisateur et co-scénariste), notoirement passionné d'automobile, semble hélas s'être totalement laissé absorber par sa passion sans prendre aucune distance. Résultat, la bagnole est ici totalement idéalisée (tous ses inconvénients sont masqués, ex. : on ne voit quasiment aucun gaz d'échappement, et les voitures se déplacent souvent sans faire aucun bruit, comme si elles étaient électriques... et refont du bruit pour souligner une course ou un effet comique). Nos rapports à la voiture ? Ils font l'objet de trois ou quatre clins d'oeil, et c'est tout (ex. : le Humvee qui n'a jamais roulé sur une route non goudronnée...).
En dehors des courses prétextes à des démonstrations stupéfiantes de réalisation (mouvements de cadre impossible à réaliser en vrai), toute la trame de l'histoire aurait pu se tenir avec autre choses que des voitures, et c'est bien là que le bât blesse. A croire que Lasseter a voulu tout simplement se faire plaisir sans chercher bien loin (contrairement aux deux Toy Story où son talent était beaucoup plus percutant). Je regrette amèrement les scénaristes des Pixar précédents, comme Brad Bird pour The Incredibles ou Andrew Stanton pour Finding Nemo, Monsters, Inc, A Bug's Life, etc.
Evidemment, Cars reste un divertissement de très haute volée : techniquement, Pixar semble mettre la barre toujours plus haut (comment font-ils ?), et continue de creuser un gouffre avec les autres studios, mais pour la première fois, Cars est "juste" un divertissement, justement, car si on gratte, il n'y a pas grand-chose en dessous de cette animation d'un niveau affolant. Mais Cars peut se laisser regarder très agréablement seulement grâce à cela, ce qui est en soi un exploit.
Consolation : Pixar a réalisé spécialement pour la sortie de Cars un court-métrage intitulé One Man Band, que seuls certains cinémas projettent juste avant Cars (tout comme le court délirant Boudin' projeté juste avant The Incredibles en 2004, qu'on a retrouvé sur le DVD de The Incredibles en bonus). Bien qu'il n'y ait aucun dialogue, c'est toute la classe et l'humour de Pixar résumé en 4 minutes.
7/10
22:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
13 juin 2006
Red Hot Chili Peppers, Bercy, 08/06/2006

Encore un excellent concert des Red Hot... que dire de plus ? La machine est bien rodée. On sait à quoi s'attendre et on n'obtient ni moins, ni plus :
- une setlist qui n'a pas d'autre choix que de piocher dans les "tubes", sauf en ce qui concerne l'album supporté par la tournée ;
- une des meilleures sections rythmiques rock/funk de la planète et qui ne déçoit jamais sur scène ;
- un chanteur sur le fil du rasoir mais qui s'en sort plus ou moins honnêtement ;
- un show utilisant les techniques les plus à la pointe de ce qui se fait pour les superproductions (ce soir là, un assemblage indescriptible de "néons" - en fait de fines barres de pixels - et d'écrans géants mobiles, ainsi que des spots téléguidés ressemblant à des soucoupes volantes...);
- l'adjonction raisonnable de jams (plus nombreuses ce soir là en raison de problèmes techniques avec la guitare contraignant plusieurs fois John Frusciante au silence, permettant à Flea et Chad Smith de s'en donner à coeur joie...).
Comme d'habitude, aucun titre de One Hot Minute (1994), pourtant leur meilleur album à mon goût, n'a été joué, vraisemblablement à cause d'un problème d'égo de Frusciante qui ne veut pas jouer des titres co-composés par son remplaçant ponctuel d'alors (Dave Navarro)...
Pas de quoi chipoter, on en a largement pour son argent même si le groupe joue moins de 2 heures. Tant qu'ils auront une telle pêche, pas de quoi bouder son plaisir !
Setlist :
01. Intro
02. Can't Stop
03. Dani California
04. Scar Tissue
05. Charlie
06. Otherside
07. Tell Me Baby
08. For Emily, Wherever I May Find Her (John Frusciante)
09. Flea Solo
10. Throw Away Your Television
11. Snow (interrompue)
12. Jam
13. Snow
14. If
15. Me And My Friend
16. Don't Strip My Mind
17. Right On Time
18. Don't Forget Me
19. Torture Me
20. Jam
21. Californication
22. By The Way
Rappels :
24. Drum Solo
25. Under The Bridge
26. You're Gonna Get Yours /Give It Away
27. They're Red Hot
14:30 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : concerts
11 juin 2006
Zappa Plays Zappa, Zénith, 05/06/2006

"I'm out of superlatives for the Paris show. It was the best show of the tour thus far. It's going to be hard to beat the passion, love and wild appreciation the band felt from the fine Parisians who came to the Zenith last night."
C'est en ces termes que le webmaster de Zappa.com, qui a accompagné toute la tournée Zappa Plays Zappa, a qualifié le concert de Paris. Quoi ajouter de plus ? Peut-être cette déclaration de Dweezil, pendant le concert, visiblement très ému de l'accueil, nous disant à la fin de The Black Page : "It's great to see people clapping at such music..." A la réflexion, c'est vrai que c'est totalement hallucinant vu le niveau de ces compositions, Zappa ayant sans aucun doute composé la musique contemporaine la plus complexe (hors classique).

Plutôt qu'écrire une chornique de ce concert, je préfère indiquer un lien vers un article du quotidien La Libre Belgique, qui dit tout, et très bien.
A titre personnel, je tire trois satisfactions principales de ce concert :
1) Le fait que cette tournée, qui a fait revivre la musique de Zappa pour la première fois depuis son décès en 1993, a permis non seulement à des milliers d'amateur de musique recherchée de voir enfin cela interprété sur scène, ce qui est probablement un des exercices les plus difficiles qui soit.
2) Il est agréable (et rassurant) de voir que Zappa est toujours tenu en haute estime des médias, qui ont consacré des articles fouillés au génie du XXème siècle (cf. Libération du 2 juin 2006 par exemple).
3) Outre le niveau insensé des musiciens réunis par Dweezil Zappa, il était quasi-irréel de voir enfin réunis sur scène Steve Vai et Terry Bozzio, ex-apprentis du grand Frank devenus eux-mêmes musiciens superstars...

Setlist :
Video Intro : Montana (Roxy 1974)
01. Imaginary Diseases
02. Hungry Freaks Daddy
03. Let’s Make the Water Turn Black
04. Florentine Pogen
05. Pygmy Twylite
06. The Idiot Bastard Son
07. Cheepnis
08. King Kong Variations
09. Don’t Eat That Yellow Snow
10. St. Alphonzo's Pancake Breakfast
11. Father O'Blivion
12. Inca Roads
13. Eat That Question
Break
14. I’m So Cute (T. Bozzio)
15. Tryin’ To Grow A Chin (T. Bozzio)
16. City Of Tiny Lites (T. Bozzio)
17. Punky’s Whips (T. Bozzio)
18. The Black Page (drums) (T. Bozzio)
19. The Black Page # 2 (T. Bozzio S. Vai)
20. Peaches En Regalia (T. Bozzio S. Vai)
21. Montana (S. Vai)
22. Village of the Sun (S. Vai)
23. Echinda’s Arf (S. Vai)
24. Zomby Woof (S. Vai)
25. Chunga’s Revenge (with video)
Rappel n°1 :
26. More Trouble Every Day (T. Bozzio S. Vai)
28. A Token of His Extreme (T. Bozzio S. Vai)
Rappel n°2 :
29. Sofa #2 (T. Bozzio S. Vai)
11:30 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : concerts
08 juin 2006
Le Caïman

Nanni Moretti a choisi pour Le Caïman une structure classique mais souvent très mal mise en scène : le film dans le film. Cette mise en abyme sert ici à raconter l'histoire d'un producteur de séries Z, dont la société est au bord du dépôt de bilan, et dont la vie sentimentale est un désastre.
Son chemin va croiser celui d'une jeune réalisatrice qui lui apporte un scénario, "Le Caïman", dont il va s'apercevoir qu'il s'agit d'une biographie de Berlusconi. Commence alors à naître en lui un nouvel élan vital : celui de l'affirmation de sa dignité en parvenant à produire ce film dont personne ne veut.
Le Caïman, c'est donc le nom du film de Moretti, mais c'est donc surtout le nom du film que l'on voit se construire dans la tête du producteur, homme à la dérive dont le film de Moretti est l'étude principale. Le plus gros malentendu est de penser que ce film est consacré à Berlusconi...
Mais c'est du traitement de ces deux sujets à la fois (portrait d'un cinéaste au bout du rouleau et critique politico-sociale de l'Italie) que naît la confusion. Bien que Moretti soit plutôt habile dans la superposition et l'enchevêtrement de ces deux thèmes, il ne parvient pas à mon avis à être très convaincant dans aucun des deux.
La critique politico-sociale consiste tout simplement à rappeler quelques très grandes lignes de la vie de Berlusconi et à faire passer lourdement le message comme quoi l'Italie n'est plus qu'une Italie d'opérette, ou que la gauche a été d'une inefficacité totale face à l'ascension de Berlusconi ("Comme la gauche est triste, elle est triste au point de rendre les gens tristes").
Le drame familial et professionnel vécu par le personnage principal est lui plus intéressant, bien que tout ce qui arrive dans sa vie professionnelle soit d'une grande banalité et montre assez factuellement à quel point il est difficile de faire un film. Grâce aux talents des acteurs et à la mise en scène élégante de Moretti, il y a de beaux moments de grâce dans les scènes familiales. Ce sont hélas les trop rares moments d'émotion, le reste du film étant un peu victime de la mise en abyme qui apporte ici distance et aspect factice qui font au global du Caïman une série B. Seule la fin, magistrale (dont je ne dévoilerai rien ici pour ne rien gâcher) vient rappeler que Nanni Moretti est un cinéaste qui boxe normalement dans une autre catégorie.
6/10
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07 juin 2006
Dégustation du 01/06/06 - Glenmorangie, Bushmills, Johnnie Walker, Ardbeg, Talisker, Lagavulin

La dégustation de juin avait lieu dans un endroit prestigieux : le plus beau show room de France de Mercedes, le Mercedes-Benz Center à Rueil-Malmaison. Au programme, pas moins de 6 distilleries différentes et 8 whiskies à déguster (!), avec découvertes d'alliances gustatives des plus intéressantes...
Les plus blasés argueront que les distilleries étaient "bien connues" et n'apportaient donc nulle découverte, ce à quoi je rétorquerai immédiatement que le Club n'est pas constitué que d'experts (pour ma part, je n'avais jamais rien dégusté de 3 distilleries sur 6), et que les produits proposés par ces maisons étaient souvent loin de constituer des versions dégustées couramment.
Les 6 distilleries étaient réparties en 6 stands, disséminés dans le MBC (3 au rez-de-chaussée, 3 à l'étage), ce qui permettait de profiter des fantastiques Mercedes exposées (en dehors des voitures de luxe à vendre, dans lesquelles on pouvait même monter, il y avait des parties "musée" avec des SL300 d'exception, etc.). Mais il n'y avait pas que le lieu qui était prestigieux ; nombre de distilleries avaient choisi des versions très haut de gamme de leurs produits... Voici un petit compte-rendu, stand par stand, dont l'ordre est celui qui était suggéré par l'organisation afin de ne pas se casser le palais.
Glenmorangie : Cette distillerie est célèbre (entre autres) pour ses alambics pot still les plus hauts d’Ecosse (5m13). Ces alambics jouent un rôle prépondérant dans le caractère léger et subtil du Glenmorangie. Seules les vapeurs d’alcool les plus volatiles sont en effet récupérées. La version proposée ce soir là était l'Artisan Cask (46%), un single malt distillé en 1995, vieilli en fût de bourbon de premier remplissage. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce whisky est surprenant : le nez est plutôt épicé avec des notes de caramel, et en bouche, il est très fin mais plutôt sucré (vanille), et la finale poivrée... un mélange fort surprenant ! Très agréable à boire, en apéritif ou en dessert j'imagine. Si j'ai bien compris, cette version sera mise prochainement en vente en France. Reste à voir le prix, car au Royaume-Uni cette version vaut à peu près 45 euros les 50 cl. (car attention, son flacon fait bien 50 et pas les traditionnels 70 cl...).
Bushmills : On ne présente plus Bushmills ! Voir au besoin la soirée spéciale Bushmills de mars 2006. Ce qui est super pour nous membres du Club, c'est que le Bushmills présenté ce soir était différent de ceux dégustés en mars ! Et toujours dans le haut de gamme : cette fois, c'est le 21 ans (40%), single malt vieilli en fûts de madère. Rien qu'au nez, on sait qu'on a bien affaire à un Bushmills (épices, miel...). En bouche, c'est d'une finesse vraiment extra, avec les notes subtiles de fruits (agrumes) et de chocolat... or justement, ce Bushmills était à déguster avec la première association de la soirée : une alliance de glace à la vanille/mandarine avec chocolat et morceau d'orange, chaque ingrédient étant censé souligner ces arômes présents dans ce whiskey. J'ai trouvé cela intéressant, sans être pour autant vraiment convaincu. Il m'a sembleé que ce Bushmills était trop fin et peut-être pas assez puissant (40% donc) pour faire face à cette bouchée (excellente par ailleurs !). Encore un Bushmills vraiment intéressant, mais au prix un peu trop élevé (environ 140 euros).
Johnnie Walker : Je vois d'ici des mauvaises langues rire sous cape. Quoi, Johnnie Walker, dont le Red Label est le whisky le plus vendu au monde, était présent à cette soirée ? Oui... Bien qu'on puisse snober les blends, JW propose plusieurs types de "labels", avec des qualités évidemment croissantes : Red, Black, Green, Gold et Blue. Je n'avais jamais rien bu au-dessus du Black, et ça tombait bien car on nous proposait du Green, et le top du top chez JW, le Blue ! Rappelons que JW est un mélange de single malts de 4 distilleries : Cragganmore et Linkwood (du Speyside), Caol Ila (île d'Islay), et Talisker (île de Skye). La bonne idée du stand était de proposer 4 whiskies de ces distilleries pour en apprécier le nez et voir comment on en retrouvait les composantes dans les blends de JW. Le Green (43 %, 15 ans - l'âge dans un blend désignant le plus jeune âge des single malts présents dans le blend) a assez peu d'intérêt à mon avis ; on retrouve ce manque de personnalité qui caractérise les blends. Par contre, avec le Blue, je comprends qu'on puisse aimer un blend. Mais à quel niveau de prix faut-il alors monter (environ 150 euros !). Même si la qualité est surprenante, ce qui me plaît le plus dans le Blue est constitué d'arômes que j'aime dans les single malts dont il est issu (Caol Ila et Linkwood notamment). Et désolé, mais à ce prix là, personnellement je préfère aller vers des single malts de ces distilleries. Mais c'était vraiment une chouette opportunité que de pouvoir enfin faire connaissance avec le Blue à l'oeil...
Un bar à cocktails était également à notre disposition, avec des produits autres que du whisky : du gin et de la vodka. Avant de monter à l'étage, je décidais de me rincer le palais avec un cocktail amer, et c'est ainsi que je pus découvrir une superbe vodka, française de surcroît (faite à Gaillac !), distillée cinq fois à base de pépins de raisin : Cîroc. On ne le trouve pas en grande surface, mais chez les cavistes, et pour environ 30 euros, voilà une belle affaire ! Découverte "dry" (même formule que pour le gin : vodka, avec un soupçon de Noilly-Prat, et une olive !), on peut dire que ce fut un surprenant et délicieux intermède !
Ardbeg : 4ème distillerie de la soirée, et le début des choses vraiment sérieuses ! Distillerie réputée mais uniquement auprès des connaisseurs (Ardbeg produit les single malts les plus tourbés d'Ecosse), j'avais hâte de découvrir enfin cette distillerie. Il y avait en fait deux stands Ardbeg : un où l'on pouvait déguster le single malt Still Young (56,2%, cask strength), et un autre où l'on pouvait découvrir une alliance avec des cigares (faits sur place, roulés à la main devant les amateurs ébahis) avec un autre single malt, Uigeadail (54,2%, cask strength). N'aillant découvert le stand "cigare" qu'à la fin (il était "caché" afin que la fumée ne perturbe pas la dégustation générale - excellente initiative d'ailleurs), j'avoue ne pas avoir pu me faire une idée fidèle du Uigeadail (après 7 whiskies, même avec rinçages entre chaque, le palais est à la fin quelque peu perturbé). Ce que je sais, c'est qu'il a été lancé en 2003, et créé à partir de fûts sélectionnés datant des années 1990 et certains bien plus anciens ayant contenu du sherry. Par contre, je peux parler du Still Young, qui doit son nom à ses 8 ans de maturation pour la version mise en vente en 2006 (contre 10 pour la première version portant un âge dans la gamme des Ardbeg).
Entièrement produit dans des fûts de premier remplissage, cette mise en bouteille est la deuxième d'une série annuelle provenant du même distillat. En 2004, une version 6 ans avait été mise en vente (Very Young). Chaque année, Ardbeg va sortir une version de ce distillat jusqu'à ce que ces fûts aient atteint l'age traditionnel de 10 ans.
Embouteillé à un taux d'alcool musclé de 56,2, le STill Young est très impressionnant ; ce n'est pas forcément subtil, mais il faut avouer que la séduction est quasiment immédiate. Ardbeg produit les malts les plus tourbés d'Ecosse ? Et comment ! La bouche est un feu d'artifice de tourbe, de fumée et de sel, avec une finale néanmoins herbacée, fruitée et longue, mais longue... Il y a un manque de complexité lié sans doute au jeune âge, mais pour une première rencontre avec Ardbeg, quelle rencontre ! Le prix de 49 euros en fait une sacrée affaire... Bravo !
Talisker : L'unique distillerie de l'île de Skye est bien connue. Nous avions droit ici au haut de gamme de Talisker, une version 20 ans cask strength titrant 58,8 %, vieilli en fûts de bourbon. Le whisky était ici proposé avec une alliance de saumon cru (une fine tranche roulée et fourrée de tapenade d'olive noire). Je dois dire que la fatigue des sens commençait à se faire sentir et c'est extrêmement dommage car je pense être passé à côté de ce Talisker, dont le caractère iodé s'accordait vraiment bien à mon goût avec la saumon (qui était d'une qualité irréprochable), mais j'ai eu le sentiment que c'était du whisky trop haut de gamme pour être marié ainsi à de la nourriture. Bref, à regoûter, les papilles reposées et sans accompagnement.
Lagavulin : L'exceptionnel était pour la fin, et ce n'est qu'à ce moment-là que j'ai compris notre erreur tragique. En arrivant au 6ème stand, et après avoir dégusté avant 6 whiskies, une vodka et des petits fours, même avec des rinçages réguliers, le palais n'est donc plus en état d'apprécier à sa juste valeur un whisky de la classe de celui proposé par Lagavulin ce soir là : le top du top de la distillerie, le 25 ans cask strength titrant 57,2%. Il aurait donc fallu sauter quelques stands et venir directement à celui-ci, ce qu'on fait visiblement des connaisseurs par ailleurs bien peu respectueux de leurs pairs, puisque des indélicats se sont grassement servis et re-servis, tant et si bien que de nombreuses personnes n'ont rien eu (nous avons eu les dernières gouttes de l'ultime bouteille). Carton rouges à ces égoïstes et carton jaune au stand qui aurait pu assez facilement repérer qui venait se re-servir.
Le Lagavulin 25 ans, limité à 9000 bouteilles, coûte quand même la bagatelle de 240 euros. Avec 2cl dans le verre, on nous en offrait déjà en gros 7 euros de valeur commerciale. En outre, ce Lagavulin était proposé avec une alliance curieuse mais excellente : pain d'épice avec morceau de roquefort, poire et bergamote, chaque ingrédient étant censé se retrouver dans le whisky. Cette fois, j'ai pris soin de déguster séparément le whisky. J'en ai un souvenir exceptionnel. Là encore reste la frustration de ne l'avoir évidemment pas apprécié à sa juste valeur donc je n'en parlerai pas.
Conclusion : Une soirée très bien organisée (navettes pour nous emmener au MBC depuis la Porte Maillot, navettes pour le retour avec trois horaires différents...), des distilleries pour la plupart très connues mais proposant des versions très haut de gamme, des alliances avec des produits de très belle qualité, un lieu exceptionnel... Franchement, c'était fantastique, mais peut-être... trop ! Trop de bonnes choses en trop peu de temps (les deux heures sont passées à une vitesse...), et une sensation un peu absurde de frustration, du coup ! Sensation de ne pas avoir apprécié les plus beaux whiskies proposés à l'étage, faute de temps. Personnellement, il m'a manqué évidemment l'aspect chaleureux des dégustations habituelles à l'aveugle avec les commentaires de Jean-Marc ou de Corinne, mais c'était ici impossible bien entendu ! Cela aurait été plus intéressant que les échanges avec le personnel de certains stands qui nous ont pris soit pour des novices (étaient-ils au courant que c'était une dégustation pour les membres du Club de la Maison du Whisky ?), soit pour des clients potentiels à qui il fallait vendre le produit (Johnnie Walker, hum...). C'était toujours gentil, mais pas forcément adapté au profil des membres du Club. Ce sont des détails évidemment mineurs qui ne rabaissent en rien le plaisir éprouvé lors de cette soirée, dont l'existence était une véritable chance. Encore MERCI !

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06 juin 2006
Volver

Volver est le 15ème ou 16ème film de Pedro Almodovar, et une fois de plus (même si je n'ai pas vu absolument tous ses films), je suis passablement conquis.
Très franchement, je ne suis absolument pas surpris que le réalisateur espagnol n'ait toujours pas décroché la timbale à Cannes. Le buzz entourant Volver dans le presse a fait "pschitttt" au 59ème festival. Curieuse presse française, dont il faut ô combien se méfier et à laquelle je préfère ô combien les blogs, moins sujets à d'étranges "coups de coeurs" parfois bizarrement unanimes.
Bien entendu, Volver est plutôt au-dessus de la production "moyenne" cinématographique, grâce à son scénario et son jeu d'acteurs (tiens, les deux prix de consolation décrochés à Cannes...). Bien entendu, Volver est certainement bien plus touchant pour les femmes et pour les hispanophones. Mais Almodovar, une fois de plus, montre à quel point sa grammaire de metteur en scène est peu imaginative. Sa réalisation est à mes yeux banale, et je me suis surpris à me poser une question : si l'histoire de Volver avait été située en France, avec des acteurs français tout aussi talentueux (et nous en avons), en aurait-on fait tout un foin ?
A chacun de se déterminer... Néanmoins, il me semble significatif qu'Almodovar ne cartonne pas dans son propre pays.
A ce sujet, il me paraît pertinent de rapporter quelques propos de la réalisatrice espagnole Isabel Coixet, dans l'émission Cinéfilm sur France Inter, en avril dernier, pour la sortie de son film The Secret Life of Words (La vida secreta de las palabras). Venant d'une Espagnole, réalisatrice, je pense que c'est plutôt intéressant, même si ça n'est qu'une opinion (bien plus éclairée que la mienne ceci dit).
Cette année, le film de Coixet a reçu quatre Goya en Espagne, l'équivalent de nos César, dont celui du meilleur film, de la meilleure réalisatrice et du meilleur scénario.
Pedro Almodovar a produit son film, après avoir été époustouflé par le scénario de son film précédent (Ma vie sans moi, qui avait gagné le Goya du meilleur scénario), à tel point qu'il avait voulu le réaliser mais Almodovar avait reconnu qu'il ne serait jamais parvenu à un tel résultat.
Cela n'a pas empêché Isabel Coixet de confier sur le plateau de Cinéfilm qu'elle avait vu Volver et qu'une fois de plus, pour elle, c'était un film plein de clichés sur l'Espagne, plutôt tape à l'oeil, plein de couleurs, reflétant l'image traditionnelle de l'Espagne qui s'exporte bien à l'étranger (je résume).
Volver est moins extravagant, moins provocateur il me semble que l'Almodovar moyen, mais je suis sur le fond totalement d'accord avec cette vision un peu "bluff" du cinéma de l'Espagnol. Il ne s'agit nullement de dénigrer ses talents mais juste de les relativiser... pour éviter d'être déçu. En clair, avec Volver, les fans d'Almodovar ne devraient pas l'être (déçus), mais les non-fans ne devraient pas non plus être surpris.
En tout cas, Almodovar peut continuer à faire la gueule aux cérémonies de clotûre du festival de Cannes ; s'il ne densifie pas un peu ses sujets et sa réalisation, il n'est pas prêt de repartir avec l'Or. A moins qu'il n'ait le Festival à l'usure !
7/10
15:17 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

