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31 mai 2006

Dans la peau de Jacques Chirac (avant-première)



L'endroit hype où il fallait être mardi 30 mai était le MK2 Quai de Seine, à l'avant-première parisienne (même l'entarteur belge Noël Gaudin était là, c'est dire), en présence des réalisateurs Karl Zéro et Michel Royer et du producteur Yves Darondeau, qui se sont soumis au jeu très intéressant des questions, qui permettent d'alimenter cette note avec nombre d'éclairages utiles à la compréhension de ce projet très particulier.

Jacques Chirac est l'homme politique qui a été le plus filmé en France ; l'INA estime qu'il y a environ 40 000 heures d'archives où Chirac apparaît. Il y a une trace filmée de lui quasiment tous les jours depuis près de 40 ans.

Ceci a permis à Michel Royer, spécialiste des archives télévisuelles, de trouver au fil des ans, nombre de documents étonnants (pour info, Royer alimente "Madame, Monsieur, bonsoir", émission diffusée sur France 5 et consacrée au traitement de l'information par le petit écran au fil des époques ; mais il est aussi un co-créateur de l'émission "Les Enfants de la Télé", ainsi que "Les 24 heures de la télé", mettant en valeur les archives de l'INA dans le cadre des Journées du patrimoine, etc.). Royer, qui a aussi longtemps travaillé pour Canal+ (notamment l'émission le Vrai Journal), a un jour donné l'idée à Karl Zéro de compiler toutes les images fortes trouvées sur Chirac pour en faire un documentaire (l'idée n'était pas encore d'en faire un film). C'était il y a 7 ans ; mais aucune télévision n'en a voulu à l'époque. Le projet a donc été abandonné.

Il a refait surface il y a 2 ans, en pensant cette fois à une sortie en salles. Karl Zéro et Michel Royer ont ainsi montré des montages de 10 à 30 minutes, à diverses télévisions (qui financent les films) et producteurs. Les réactions étaient positives, mais finalement personne n'a osé produire le film. La même année, le film Fahrenheit 9/11 de Michael Moore est sorti et a eu le succès que l'on sait. Zéro et Royer, ne voulant pas être accusé de copier le style de Michael Moore, ont dû alors trouver une nouvelle idée de mise en scène, car à l'origine, les images d'archives devaient être commentées par Zéro et ponctuées de nouveaux entretiens avec des proches de Chirac.

Zéro a eu l'idée d'utiliser exclusivement des images d'archives (et pas de nouveaux entretiens), ainsi que de faire commenter les images par la propre voix de Chirac, en faisant appel à Didier Gustin (car il estime que c'est l'imitateur qui s'en rapproche techniquement le plus, alors qu'un Yves Lecoq ou un Laurent Gerra insuffle trop de sa personnalité dans son imitation et ce n'était pas ce qu'il cherchait pour ce projet). Les commentaires ont été écrits non seulement par Zéro, mais aussi par Eric Zemmour, journaliste au Figaro, qui a signé en 2002 une biographie de Jacques Chirac (Chirac, l'homme qui ne s'aimait pas).

Sous cette forme, finalement une seule société de production a osé co-financer le film (le reste étant financé sur les deniers personnels de Karl Zéro) : Bonne pioche, qui a connu en 2005 un succès inattendu grâce à La Marche de l'Empereur, projet dont personne n'avait voulu non plus.

Très loin d'être un simple bêtisier, ce film est plutôt une leçon de politique originale. Sous un aspect certes ludique (car on rit franchement beaucoup durant 1h30), le film se contente de montrer des faits, et uniquement des faits (tout ce que dit la voix off est également factuel). Même si on n'apprend rien de vraiment nouveau, ce portrait de Chirac nous renvoie à nos propres responsabilités d'électeurs : si Chirac est l'homme politique français le plus "capé", c'est grâce à nous. Et le film nous rappelle en fait durement pourquoi : Chirac, qui n'a jamais cru à rien, avec son cynisme assumé (plusieurs séquences le rappellent ô comment !), a toujours dit ce que les gens voulaient entendre au bon moment et au bon endroit. Comme n'importe quel politique, diront les plus blasés ; oui, mais Chirac est sans doute le seul à s'y être employé aussi intensément et avec autant de talent.

Ce film n'est donc nullement un brûlot ou une critique négative de Chirac, mais dresse au contraire un portrait presque flatteur du talent de l'homme pour conquérir le pouvoir : la "bête" politique, cette vitalité unique, occupant inlassablement le terrain pour aller à la pêche aux voix, son talent pour tuer politiquement ses ennemis, ces gaffes dont il a su jouer pour passer pour un "grand con" et se faire percevoir comme plus proche de M. Tout-le-monde, son extraordinaire capacité d'apprentissage, et son talent presque unique pour mentir ("plus c'est gros, plus ça passe", appliqué souvent avec succès).

La mise en images de quarante années de tels exploits est évidemment désopilante, mais elle laisse une impression douloureuse en sortant de la salle : finalement, celui qui peut en rire le dernier, c'est bien Chirac, puisque tout ceci a marché. Dur constat (ou rappel, c'est selon) pour notre démocratie.

8/10

11:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

29 mai 2006

X-Men : The Last Stand



L'association des plus grands talents ne fait pas nécessairement les plus grandes oeuvres. Par contre, l'association de plusieurs bras cassés aboutit rarement à un résultat heureux. Et avec ce dernier volet de la trilogie X-Men, le résultat est hélas conforme aux cauchemars du cinéphile...

Il est difficile de comprendre qu'est-ce qui a pu pousser la Fox et Marvel (producteurs) à finalement choisir Brett Ratner, expert ès-comédies navrantes (Rush Hour 1, 2 et bientôt 3...), film d'action stéréotypé (Coup d'éclat avec Pierce Brosnan...), et ratage honteux (Dragon Rouge, de loin le pire épisode de la trilogie Hannibal).

On s'étonne autant du choix du co-scénariste Simon Kinberg (XXX 2, Mr & Mrs Smith !). Heureusement, l'autre co-scénariste, Zak Penn, est un rescapé de X-Men 2, mais bien évidemment, le grand absent, c'est Bryan Singer, un des réalisateurs les plus doués de sa génération et qui avait co-signé les scénarii des deux premiers X-Men. Lui seul assurait une cohésion à l'ensemble du projet.

Son absence est ici extrêmement cruelle. Le talent et l'implication de Singer avaient permis de signer les films de super-héros les plus fins et parmi les mieux mis en scène qui soient. Ce troisième volet casse la dynamique mise en place, à la fois par une réalisation désespérante et un scénario qui prend l'eau. Pourtant, ce n'est pas totalement désagréable à regarder, grâce au plaisir de retrouver les personnages si bien développés par Singer.

La réalisation : pas de miracle, Ratner filme comme un employé va au bureau. C'est plat comme un téléfilm tourné à la chaîne. Le problème, c'est que si cela peut suffire pour Rush Hour, pour un film de la saga X-Men, cela évacue totalement toute émotion aux moments-clés (en particulier les scènes avec Jean Grey - je ne détaille pas pour ne pas spoiler). Pire encore (vu que X-Men est tout de même principalement un film d'action), l'intensité des combats est quasiment nulle. L'affrontement final est à ce titre horriblement factice. Peu de plans larges, montage saccadé... Où est le panache ?

Le scénario : il est frustrant car l'histoire centrée autour de Jean Grey et du mutant qui annihile les pouvoirs des autres mutants donne lieu à une intrigue propice à des enjeux avec une envergure très intéressante. Ce terreau fertile est hélas inhibé par des dialogues très peu inspirés (et des punchlines qui tombent lamentablement à l'eau...) et une multiplication stupide du nombre de mutants, tant et si bien qu'aucun n'est correctement développé. Il en résulte soit de la frustration (Colossus, Angel - alors que ce dernier apparaît sur l'affiche à droite juste derrière Wolverine, en tenue de combat de surcroît, ce qui n'est jamais le cas dans le film !), soit du ridicule (Juggernaut, Multiple Man...). Nos X-Men habituels en sont réduits à de la figuration et du stéréotype (Wolverine, Mystique, Cyclope...).

Mais le pire est peut-être la destruction de la vision originale du projet. Bryan Singer avait réussi à glisser intelligemment une réflexion derrière le film d'action ; une ode à la tolérance. Cet aspect est ici totalement oublié, voire inversé. Les mutants qui se révoltent, embrigadés par Magneto, sont des camés, des immigrés (en bref, des parias), qui ne veulent laisser aucune liberté de choix aux autres mutants souhaitant perdre leur gène mutant, par peur que le gouvernement ne se serve finalement de l'antidote pour faire disparaître toutes les mutations (menace qui ne plane pourtant à aucun moment, mais simple prétexte pour la baston finale !). Le thème de la xénophobie est donc ici déporté vers des mutants qui en veulent à d'autres mutants et aux humains non mutants... Glissement malheureux et pervers.

En a-t-on fini avec X-Men au cinéma ? On serait tenté de le croire avec le titre du film, mais la Fox se laisse une grande porte de sortie avec la présence d'une scène post-générique (il faut rester jusqu'à l'ultime fin pour la voir...).

Rebaptisons le film en "X-Men : L'affrontement final sauf si le box-office impose le contraire". Oui, mais alors, tout sauf Brett Ratner svp ! On regardera néanmoins avec attention Superman Returns (le 12 juillet) pour voir si Bryan Singer n'a pas quitté la franchise X-Men pour rien...

6/10

12:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

26 mai 2006

Marie-Antoinette



Laissons le battage médiatique de côté, qui a certainement nuit au film (ce n'était pas le cas des deux films précédents de Sofia Coppola... elle n'était pas aussi connue alors et c'était bien mieux !), et concentrons-nous sur le cinéma : Marie-Antoinette porte tellement l'identité de sa réalisatrice qu'il me paraît difficile d'être déçu si on a apprécié Virgin Suicides et Lost In Translation.

Car dans le fond, on retrouve ses thèmes de prédilection : portrait intime de l'adolescence face à un monde adulte, inconnu, codifié ; révolte et perte qui en résultent. Ce qui peut ne pas plaire, dans Marie-Antoinette, c'est la forme, l'emballage, tout comme certains n'ont pas aimé Lost In Translation et son univers nippon. A part le contexte, on retrouve donc dans ce troisième opus les faiblesses, les tics, mais aussi les fulgurances de Coppola.

Marie-Antoinette est néanmoins certainement son oeuvre la plus osée d'un point de vue formel. La prise de liberté avec l'Histoire est très grande (le souci historique ne l'intéresse pas, c'est très clair, ce qui lui vaut des foudres de la part de ceux qui n'ont pas compris que ce n'était pas un film historique justement), ce qui lui permet de faire voler en éclat la lourdeur habituelle des reconstitutions historiques, notamment pour mieux tourner en ridicule la pesanteur extrême des étiquettes et cérémoniaux, ou encore la futilité et la légèreté de la cour.

Sofia achève de créer une nouvelle forme d'expression en employant avec bonheur de la musique contemporaine. Ce dynamitage des conventions était à haut risque. Sont en effet conviés Air, Bow Wow Wow, Aphex Twin, The Cure, The Strokes, New Order, Siouxsie and the Banshees... Ca marche, et ce n'est pas un miracle. On constate que l'énergie du rock et celle du baroque sont finalement semblables, à l'écran. Ce rapprochement musical, réalisé par Brian Retzell (déjà superviseur des choix musicaux des deux opus précédents de Sofia), est très pertinent. Entre Rameau et New Order, la "Ceremony" est la même, ce sont les moyens d'expression qui changent. Ces musiques contemporaines surlignent évidemment le modernisme de la reine, qui, avant de fuir autant que possible le protocole, a essayé d'en rompre quelques règles.

D'ailleurs, à propos de pied de nez, je reste admiratif devant l'anachronisme volontaire de Sofia Coppola en laissant traîner une paire de Converse au sol, juste à côté d'une paire d'escarpins (cf. la scène où Marie-Antoinette choisit des chaussures, à environ 1h de film ; vu où la paire est située dans le cadrage, même si le point est fait sur les escarpins situés juste devant, ce n'est clairement pas une gaffe). Sofia est culottée : volonté de faire hurler les puristes tout en adressant un signal fort (et gonflé) sur sa liberté artistique ? Peu importe. Une telle démarche est hélas si rare.

La musique permet évidemment aussi d'accentuer la splendeur photogénique du spleen de Marie-Antoinette. Sofia a de nouveau fait appel aux soins de Lance Acord, déjà directeur de la photographie sur Lost In Translation. Mais je n'insisterai pas sur la magnificence de la réalisation, car le film n'est pas simplement qu'une fantastique coquille vide. Le danger, c'est plutôt que Sofia Coppola s'enferme dans le même thème commun à ses trois premiers films. J'espère qu'elle saura explorer d'autres idées, même si au final ses trois premiers films possédent des univers on ne peut plus variés.

A ceux qui n'ont pas aimé Marie-Antoinette, je souhaite simplement citer Libération pour conclure. La frontière entre ceux qui ont accroché et ceux qui ont décroché est vraisemblablement là. En espérant que beaucoup de fans de Sofia arriveront à apprécier cette vraie merveille, cet étourdissement de couleurs, de sensations, d'émotions, d'intelligence, d'humour, qui avance comme une comédie, se poursuit telle une farce et s'achève en un inoxerable drame.

Pour réussir un film sur l'aveuglement de ceux qui ne voient qu'eux, sur la surdité de ceux qui n'entendent que les éloges, il suffisait de savoir une chose, que Sofia Coppola a apprise : dans l'indifférence dorée, les princesses agonisent encore plus vite. Cette agonie a quelque chose d'étrange, une délicieuse langueur, le luxe de la mélancolie.

9/10

18:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

25 mai 2006

Oceansize, Nouveau Casino, 20/05/2006



Que dire si ce n'est "encore un excellent concert d'Oceansize ?"

Pour avoir vu tous les concerts du groupe anglais à Paris depuis le premier à la Boule Noire le 24 mars 2004, je peux affirmer que le groupe ne fait qu'asseoir un peu plus sa maîtrise scénique à chaque fois, mais nous sommes ici dans la largeur du trait... car en dehors des problèmes techniques ici absents, ce qui a permis de ne pas sortir de l'ambiance installée par le groupe (ce qui n'est pas rien !), est-ce qu'Oceansize a musicalement fait de gros progrès sur scène ? Pas sûr ! C'est tout simplement toujours aussi parfaitement exécuté, sans aucun autre artifice que les 5 membres du groupe, emmenés par Mike Vennart, le seul à imposer une présence scénique charismatique.

Justement, vu le niveau de la musique, on peut soit estimer que l'interprétation sans failles se suffit à elle-même, ou penser qu'un "spectacle" plus appuyé serait le bienvenu pour accentuer l'effet euphorisant et puissant de leurs compositions.

Personnellement, après 4 concerts parisiens en un tout petit plus de 2 ans, je commence naturellement à avoir envie que le groupe évolue un peu plus que ce qu'il nous a donné à voir une fois de plus ce soir là. C'est sans doute un peu sévère, mais après tout, n'attend-on toujours pas plus des meilleurs élèves ? Or, Oceansize reste un des groupes de rock indé les plus novateurs et talentueux du Royaume-Uni... et reste hélas prodigieusement fauché, ce qui explique sans aucun doute le dénuement de leurs shows (pour info, le stand merchandising est tenu avant et après chaque gig par un membre du groupe...).

Il n'y a donc plus qu'à espérer que le public qui se pâme devant Muse et The Arctic Monkeys (pour ne citer que deux autres groupes rock anglais bien plus connus !) saura découvrir à sa juste valeur Oceansize !

17:35 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : concerts

21 mai 2006

The Dresden Dolls, Bataclan, 18/05/2006



N.B. : les photos ne sont pas issues du concert de Paris. Si vous en avez, n'hésitez pas à en poster l'adresse en commentaire !

Il est rassurant de voir qu'un phénomène underground et très arty comme The Dresden Dolls arrive à remplir une salle comme le Bataclan, après un premier passage à Paris en 2005 à la Boule Noire. Si on ajoute que ce duo de Boston fait en outre à nouveau plusieurs dates en province (comme l'an dernier), on mesure la progression accomplie en France niveau popularité, et c'est vraiment une bonne nouvelle. Il faut dire que leur dernier et second album, Yes, Viriginia... est une réussite inespérée, tranformant totalement l'ébauche de style posée avec leur premier album.

Sur le papier, définir la musique des Dolls tient un peu de la gageure, car écrire que le duo fait revivre le cabaret de l'Allemagne des années 20 avec l'énergie du punk et la créativité du rock alternatif, cela n'évoque pas grand-chose. Sur disque, le mélange est bel et bien unique, et peut évoquer PJ Harvey, Tori Amos, Nick Cave, mais aussi le compositeur allemand Kurt Weill (cabarets et comédies musicales). Sur scène, Amanda Palmer (chant, clavier) et Brian Viglione (batterie) élèvent ce mélange unique à un véritable spectacle, dont la réputation a fortement aidé à faire venir curieux de tous horizons à leurs concerts.

Une fois sur scène, les Dolls nous font pénétrer immédiatement dans leur univers passionnel et tragi-comique. Chaque chanson est une petite histoire aux allures de confession. Amanda offre cette intimité à vif, portée par toute la rage du rock. Le jeu de batterie de Brian est sophistiqué, tout en étant très puissant, plaçant même quelques passages de double pédale plus communs dans le domaine du métal !



Le son est d'une clarté éblouissante, et pour cause, avec seulement un clavier, une batterie et une voix, c'est plus facile pour l'ingénieur du son. Avec un tel dénuement, aucune chance n'est laissée aux compositions faibles ou aux interprétations moyennes. Or les Dolls montrent sur scène toute l'étendue de leur talent. La réaction du public est sans équivoque à ce sujet. Car l'allure trash d'Amanda et de Brian (cf. photos...) n'est pas là pour cacher une vacuité musicale.

Très expressifs, les deux membres du groupe forment un couple dont on ne sait jamais qui est le leader. Leurs échanges sont constants, leur alchimie parfaite. Amanda ne tient pas en place, joue sans arrêt des jambes, dont on a l'impression qu'elles vont passer par dessus son clavier. Brian frappe de toute ses forces ses peaux, et lui aussi se retrouve souvent debout, à fixer le public avec ses grimaces ou à épier Amanda quand les morceaux, véritables montagnes russes, se calment, ou requièrent une synchonisation parfaite et difficile (ex. : l'incroyable chanson-comptine burlesque Coin-Operated Boy de leur premier album). Sur quelques titres, deux jeunes femmes et un travesti viennent tour à tour illustrer la chanson avec une l'expression corporelle à rapprocher du mime, des marionnettes, du théâtre muet... aussi étrange que fascinant.



Amanda, qui a travaillé dans un théâtre d'avant-garde en Allemagne, maîtrise certains phonèmes échappant habituellement aux anglophones, comme la prononciation du "r", ce qui lui permet de chanter de manière convainte certains titres en français (l'an dernier : Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy !). Ce soir, en rappel, nous aurons droit à un hilarant Amsterdam (de Jacques Brel), où Brian aura pris la guitare acoustique (la seule chanson de tout le concert entièrement accompagnée de guitare).

Juste avant, c'est War Pigs de Black Sabbath qui aura fini d'achever le public. Reprendre une célèbre chanson de hard rock avec seulement un piano et une batterie, c'est assez culotté ; oui, mais avec l'énergie des Dolls, le résultat est assez stupéfiant ! On peut parier que Brian aime décidément le hard rock vu la transe dans laquelle il semblait être pendant ce rappel. Le fait que les Dolls jouent ce titre emblématique de Black Sabbath n'est sans doute pas sans rapport avec ses paroles, plus que jamais d'actualité. En moins d'un mois, j'aurais vu à Paris, dans la même salle, deux groupes aussi différents que les Dresden Dolls et les Flaming Lips reprendre cette chanson. On peut parier que ces deux groupes américains ne portent pas l'administration Bush dans leur coeur !

En 1h20 de show, la messe est dite. Il n'est pas certain qu'une durée supérieure à 1h30 soit souhaitable, de toute façon, vu l'intensité et le niveau de concentration demandé au spectateur. Il est devenu très rare qu'un groupe sache miser sur autant de tableaux à la fois : performance, feeling, improvisation et spectacle visuel (sans recours à des écrans géants ou animations...). Pour ce dernier point, une salle aux dimensions modestes est indispensable, sous peine de rater totalement ce qui se joue sur scène, comme au théâtre !

Plus que des mots, il est conseillé vivement d'aller sur le site officiel des Dresden Dolls et de télécharger quelques vidéos afin de se donner une idée du phénomène (en particulier la version live de Half Jack, le 2 mai 2005 à Providence pour illustrer tout ce qui a été dit précédemment ; mais ne ratez pas non plus, pour le fun, le medley du 30 octobre 2004 à Boston à l'occasion d'Halloween : reprises délirantes et... strip-tease façon cabaret !).

10:45 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : concerts

18 mai 2006

A Bittersweet Life



A Bittersweet Life est le 4ème long-métrage du coréen Ji-woon Kim, qui s'était jusqu'alors plus investi dans le domaine drame/horreur/fantastique (dont le remarqué 2 Soeurs). Ici, il s'agit d'un polar classieux et rugueux, qui n'est pas sans rappeler les films de son compatriote Park Chan-wook.

Un chef de gang suspecte sa petite amie Hee-Soo d'avoir une liaison avec un autre homme. Il demande à son bras droit, Sun-woo, de suivre Hee-soo et de l'éliminer s'il la surprend en galante compagnie. Hee-soo possède bien un jeune amant, mais, Sun-woo, qui tombe sous le charme de la jeune femme, ne parvient pas à la tuer et exige en contrepartie qu'elle quitte son amant, et qu'elle fasse comme si elle n'en avait jamais eu, seul moyen qu'elle reste en vie. Ne pouvant pas se résoudre à rester uniquement avec un chef de gang, Hee-soo décide de déménager, ce qui va déclencher les foudres du chef qui va se retourner vers Sun-woo, son fidèle bras droit en qui il avait tant confiance. Réchappant de justesse à une effroyable mise à mort, Sun-woo va entreprendre de se venger de son ancien chef...

Si la trame est classique (histoire de vengeance sur fond de jalousie), la mise en scène de Kim porte le sujet à un niveau assez rare. On retrouve un cadre, une élégance et une mise en apesanteur qui peuvent rappeler Michael Mann ; tandis que le traitement de la violence, très crue, déchaînée par un héros qui n'a plus rien à perdre, rappelle indéniablement Park Chan-wook. On trouve également, ponctuellement, un humour dans cette cruauté qui n'est pas sans évoquer Tarantino, le tout saupoudré par un romantisme pas totalement absent.

L'environnement high-tech (une ville de Corée du Sud, non située), les superbes costards, les ralentis, les bagarres et fusillades filmées au millimètre (quasiment du John Woo), la complexité psychologique du personnage de Sun-woo achèvent de faire de A Bittersweet Life un objet filmique dense et formellement hyper-abouti.

Néanmoins, on peut trouver tout cela parfaitement froid, et trop influencé. Choc émotionnel et visuel, ou coquille vide un peu vaine ? A vous de voir. Personnellement, je me situe entre les deux...

7/10

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16 mai 2006

Bubble



Soderbergh est un surdoué. Rappelons qu'il détient un double record pas banal : il a obtenu la Palme d'Or en 1989 pour Sexe, mensonges et vidéo alors qu'il n'avait que 26 ans (record inégalé), et c'était son premier long-métrage. La suite de sa carrière n'a fait que confirmer toutes les attentes placées en lui. Je suis un inconditionnel de Steven Soderbergh, que ce soit pour ses films populaires (Erin Brockovich, Traffic, Ocean's 11), expérimentaux (Sexe, Mensonges et vidéo ; Full Frontal ; Solaris), ou mélange des deux (Ocean's 12).

Outre sa casquette de réalisateur audacieux et à succès, Soderbergh est un producteur très actif via sa société Section Eight (lancée avec son ami George Clooney). Non content d'être déjà le chef de file du cinéma indépendant aux USA, il a lancé un énorme pavé dans la mare avec Bubble, film expérimental sorti dans tous les canaux de distribution à la fois (salles, DVD, vidéo à la demande). La polémique a d'ailleurs un peu éclipsé le débat autour du film... et c'est dommage.

Bubble est en effet une expérience qui devrait attirer tout cinéphile : filmé en numérique (DV), budget inférieur à 2 millions de dollars, dialogues souvent improvisés, acteurs non-professionnels, originaires des lieux mêmes du tournage et dont les propres maisons ont servi de décor. Avec un tel dépouillement, impossible de tricher : il faut un vrai talent de mise en scène. Celui de Soderbergh s'exprime ici à plein, d'autant qu'il s'est également chargé de la photographie et du montage.

Dans une petite ville triste de l'Ohio, Martha, une grosse vieille fille, a pour seul ami un joli jeune homme paumé, Kyle, qui travaille avec elle dans une usine de poupées. L'arrivée d'une nouvelle ouvrière va bouleverser cette amitié un peu ambigüe (pour Martha) et aboutir au pire.

Chronique sociale, drame, polar, Bubble est tout cela à la fois, mais se concentre avant tout sur l'étude de ses personnages, ce qui peut dérouter les spectateurs pendant la première demi-heure où la psychologie des personnages est développée, pour plus d'impact par la suite. Les profils d'acteurs choisis sont assez fascinants et même si d'un point de vue narratif, il ne se passe pas grand-chose, Soderbergh crée une ambiance, relayée par les plans (magnifiques et graphiquement très réussis) du travail à l'usine de poupées, dont la fabrication évoque à la fois amusement et malaise. La métaphore des poupées, êtres inanimés au sourire figé, évoquent la résignation et la routine dans lesquelles se trouvent enfermés ces employés sans avenir.

Misère sociale, sentimentale et financière sont l'apanage de tous les personnages, auscultés par un Soderbergh dont la science du montage et du cadrage est ici sublimée par la teinte froide de la caméra numérique. Bien que la forme soit très différente, il est impossible de ne pas penser par moment pour le fond à David Lynch, pour l'irruption de l'étrangeté et du drame dans un quotidien affreusement banal et désespérant. Bravo Steven, et bonne chance pour Ocean's 13 !

8/10

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15 mai 2006

Dégustation du 09/05/06 - Redbreast, Linkwood, Bowmore

La quatrième dégustation de l'année avait lieu dans le pub irlandais O'Sullivans où nous étions de retour pour la seconde fois (cf. dégustation de mars).

Contrairement à la dégustation de mars, nous n'étions pas 130 membres du Club à être présents, mais sans doute à peine la moitié ; c'est assez étonnant vu que les vacances scolaires de la zone parisienne étaient terminées, mais c'était du coup beaucoup plus calme et grâce aux dimensions confortables de la salle, tout le monde était assis. Un GRAND merci à Corinne de la Maison du Whisky pour avoir demandé aux fumeurs d'essayer de se retenir pendant la dégustation. Le plaisir du nosing en fut décuplé !

C'est extrêmement agréable de voir un Club être aussi à l'écoute de ses membres. Ceci a en outre encore été vérifié par les prix des trois whiskies dégustés ce soir là, brossant une large gamme de prix.

Redbreast 15 ans, small batch, 46%




Pure pot still irlandais provenant de l’assemblage de quelques fûts (moins de 20), ayant contenu du bourbon et du sherry.


  • Nez: puissant (alcoolisé), boisé, herbacé, quelques notes de fruits mûrs.

  • Bouche: miel, épices.

  • Finale: sucrée, puis légère amertume, (trop) courte.

Impossible de ne pas reconnaître immédiatement un whiskey. Pour 55 euros, il me paraît nettement plus intéressant niveau rapport qualité/prix que les Bushmills dégustés en mars. Je regrette tout de même vraiment la prépondérance de l'alcool ; bien qu'il ne titre que 46%, les subtilités au nez tendent à être écrasées.

Linkwood 1990, single cask, 45%




Single malt irlandais de Speyside, provenant d’un fût unique de sherry de premier remplissage (fût n° 6950). Cette version de négoce mise en bouteille par Gordon & MacPhail appartient à la gamme Single Cask créée par la Maison du Whisky.


  • Nez: mentholé, épicé.

  • Bouche: puissante, marquée par le sherry, avec des touches sucrées.

  • Finale: florale.

Ce Linkwood n'a vraiment rien à voir avec celui dégusté en février. La différence en dehors de l'âge ? Celui de 1980 provenait d'un fût de deuxième remplissage, alors que celui-ci provient d'un fût de premier remplissage, et il est très (trop pour beaucoup) marqué par le sherry. Pourtant, ce whisky ne manque pas de complexité et possède des nez, bouche et finale vraiment différenciés. Pour 54 euros, c'est une bonne affaire pour qui aime le sherry bien marqué. Pas un Speyside banal en tout cas !

Bowmore 1982, single cask, 54,7%


Single malt de l'île d'Islay provenant d'un fût unique de bourbon, mis en bouteille par Duncan Taylor.


  • Nez: assez aigre, épicé.

  • Bouche: violette très marquée en attaque, puis iode.

  • Finale: très finement tourbée, poivrée.

L'Islay le plus surprenant que j'ai pu boire jusqu'à présent ! La prépondérance de la violette en bouche est déstabilisante, mais ceci disparaît pour faire place au caractère plus marin (et habituel) des Islay. Assurément un whisky qu'on adore ou déteste, et une dégustation s'impose vu le prix (121 euros). Pour celui qui a les moyens, voilà un whisky vraiment original (et très fin...) à posséder dans sa collection pour surprendre ses amis.

17:45 Publié dans Whisky | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Alcools!

10 mai 2006

Mission: Impossible 3



Mission: Impossible au cinéma possède un intérêt, c'est celui de voir un blockbuster réalisé par un grand nom. Le premier volet était une superbe réussite esthétique par De Palma, le maître ès thrillers et polars sophistiqués. Le scénario était alors assez gentil, pas très vraisemblable bien sûr mais fidèle à la série (plutôt fun). Le deuxième fut confié à John Woo à une époque où le cinéma asiatique commençait à vraiment avoir le vent en poupe. Hélas, contrairement à De Palma, il fut difficile d'y retrouver la patte du réalisateur, et le scénario était quelque peu grotesque.

Depuis le deuxième épisode (sorti en 2000), ce sont les séries TV de qualité qui ont le vent en poupe, avec des créations tenant souvent la dragée haute aux films : intrigues très fouillées, personnages développés, thèmes en accord avec les préoccupations des spectateurs. Il paraît que Tom Cruise, producteur des trois M:I, a finalement choisi J.J. Abrams pour diriger le troisième épisode après avoir été séduit par la série Alias. Abrams compte également Lost au rang de ses phénoménales créations. Seul hic, si c'est un scénariste de talent, il n'avait encore réalisé aucun long-métrage. Retrouve-t-on ainsi sa patte dans M:I 3 ?

A mon avis, non. Techniquement, le film est très impressionnant, mais d'un pur point de vue de réalisation (technique donc), Abrams a été épaulé d'une brochette de réalisateurs assistants très compétents (ayant tous travaillé sur d'autres très grosses productions hollywoodiennes). Le directeur de la photographie, Daniel Mindel, est un pro vraiment doué (Domino, The Bourne Identity, entre autres). Le résultat est visuellement très réussi ; sans retrouver la fluidité et le sens inné du cadrage d'un De Palma, les scènes d'action (quasiment en continu) évitent ici le cafouillage. On peut penser à du Michael Bay ou du Roland Emmerich, avec une grâce certaine en plus tout de même. Aux commandes de cette énorme machine (150 millions de dollars pour un premier film !), Abrams s'en tire vraiment bien, chapeau pour un scénariste !

Le vrai problème, et c'est là où on attendait Abrams, c'est justement le scénario et les personnages. Certes, il n'est que le co-auteur du scénario. Mais il est difficile d'éviter d'avoir l'impression que Tom Cruise (producteur et plus mégastar que jamais avec ses derniers succès depuis M:I 2) a eu la main-mise totale sur ce film. Le fait qu'un talent monstrueux comme David Fincher (premier réalisateur sélectionné pour ce troisième volet) ait finalement laissé tomber pour cause de divergences artistiques avec Cruise en dit long.

Dans M:I 3, l'esprit d'équipe est plus réduit que jamais, et tout est axé sur Ethan Hunt. Les personnages secondaires sont plus que secondaires, et Ving Rhames en est réduit à assurer le très peu d'humour du film avec quelques punchlines. Les deux heures du film sont quasiment constituées uniquement d'action, avec une dose de noirceur nouvelle, certes bienvenue, mais qui ne s'assume pas puisqu'au final, on le sait, tout finira bien. Pourtant, ça commence bien, avec une scène d'interrogatoire/torture avec le méchant incarné par un Philip Seymour Hoffman impressionnant et définitivement plus inquiétant que les bad guys des deux M:I précédents. Mais Tom Cruise/Ethan Hunt est trop fort et monopolise l'écran, et l'émotion et le suspense font "pschiiiiiitt".

Le film compte certaines scènes de bravoure qui resteront sans doute dans l'anthologie du cinéma d'action (l'attaque sur le pont, ou le final à Shangaï). Paradoxe pour Abrams, d'autres scènes, réussies aussi, évoquent franchement 24h Chrono et Jack Bauer (la récupération de l'agent pris en otage). Machine monstrueuse sans un seul temps mort, M:I 3 est un thriller étourdissant très au-dessus du précédent, mais qui est passé à côté d'un aspect crucial du cinéma : l'émotion. Il s'en est donc fallu de peu pour que M:I 3 soit un blockbuster qui aurait fait date dans l'histoire du cinéma hollywoodien.

7/10

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07 mai 2006

Quatre étoiles



Quatre étoiles vaut surtout par la présence de trois perles, à savoir ses acteurs José Garcia, Isabelle Carré et François Cluzet, sur qui tout repose, grâce à leur performance vraiment naturelle, complexe et inattendue pour chacun d'entre eux.

Le style visuel est assez abouti, l'humour est léger, pétillant, jamais vulgaire, et on sort enfin des univers rebattus des comédies françaises habituelles. Quatre étoiles est donc nettement au-dessus du panier, mais ses vélléités d'approcher ses modèles hollywoodiens (Wilder, Lubitsch, Allen...) ne font pas long feu quand on s'aperçoit que le scénario, lui, n'est pas quatre étoiles.

Un peu trop mécanique, il manque un peu d'émotions et de substance ; au final, difficile de ne pas penser que tout cela est un peu creux, même si c'est indéniablement agréable. A voir absolument pour ses acteurs néanmoins si on apprécie au moins un d'entre eux, et surtout Isabelle Carré, éblouissante.

7/10

10:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

01 mai 2006

The Flaming Lips, Bataclan, 28/04/2006

N.B. : les photos de cette note ne sont hélas pas tirées du concert de Paris, mais de concerts de tournées précédentes. Elles aident néanmoins à avoir une (très) mince idée de certains faits relatés !



Selon le magazine anglais Q, les Flaming Lips font partie des "50 groupes à voir avant de mourir". Ouf : le groupe était enfin de retour en France, pour deux (trop rares) apparitions seulement, à Paris au Bataclan, puis au Printemps de Bourges, à l'occasion de la sortie de leur 11ème album, At War With The Mystics.

En effet, sur scène, quel groupe peut se targuer de rivaliser avec ces Américains ? Ces maîtres de la pop psychédélique ont conçu un vrai show qui transforme chacun de leurs concerts en happening, qui dépasse la seule interprétation (redoutable) de leur musique si sophistiquée.

Dire qu'on en prend plein la vue est un euphémisme. Le premier titre n'est même pas commencé que la musique d'introduction voit la scène être investie d'une horde de fans munis de puissantes lampes torches, déguisés en Père Noël (à droite), et d'aliens (à gauche), suivis de Captain America et de Superman (roadies du groupe). On comprend soudain mieux pourquoi on avait vu passer dans la salle un peu plus tôt une photographe déguisée en Wonder Woman. Ca va être la fête.



Le groupe arrive, le bassiste est habillé avec le ridicule justaucorps noir à motif squelette, le guitariste et le batteur semblent les seuls à être habillés "normalement", tandis que Wayne Coyne, le chanteur/guitariste/leader est en costume, comme à son accoutumée, et exhibe des faux poings de super-héros surdimensionnés. Les Lips attaquent "Race For The Prize" (qui raconte le courageux combat de scientifiques pour le Nobel), le fantastique titre d'ouverture de leur chef d'oeuvre de 1999, The Soft Bulletin.

Une quantité considérable d'énormes ballons verts arrivent de derrière la scène et remplissent le Bataclan, alors qu'une pluie de confettis s'abat sur la foule, médusée par une telle entrée en scène. Pendant 1h30, le spectacle sera total, renforcé par un écran géant, des webcams, des marionnettes, des animations de premier ordre, allant du beau au désopilant (extraits d'une émission de real TV japonaise beaucoup plus débile que tout ce qu'on connaît ici), des clips extrêmement soignés mais loufoques... sans oublier la musique, évidemment, et à ce sujet j'ai été médusé de voir comment les chansons très élaborées en studio rendent aussi bien avec des arrangements bien plus simples en concert. Preuve que les mélodies des Lips sont à la base très solides ; elles sont "simplement" ornementées et ultra-produites sur disque, pour le grand plaisir des amateurs de hi-fi et de sensations fortes.

Malgré une telle effervescence, le groupe n'est pas une bête de foire. Ne se départissant presque jamais de son humour souvent pince sans rire, Wayne Coyne est volubile entre chaque chanson et sa croisade anti-Bush (les paroles des deux derniers albums des Lips sont largement impliquées contre son administration) se traduit de manière caustique, drôle, mais bien réelle. Le concert se terminera d'ailleurs sur une reprise de "War Pigs" de Black Sabbath, symbole sur lequel il est inutile d'insister.



Wayne Coyne est un artiste complet et atypique, sans doute énervant pour bien d'autres tellement le bonhomme semble réussir tout ce à quoi il touche. Maître d'ouvrage des deux DVD-Audio des Lips, mixés par le gourou Elliot Scheiner, The Soft Bulletin (1999) et Yoshimi Battles The Pink Robots (2002) font désormais office de maître-étalon des possibilités de la musique en 5.1 et en haute-définition.

Avant cela, en 1997, Coyne avait eu une idée inédite et véritablement géniale : l'album Zaikeera des Flaming Lips ne fut disponible qu'en coffret de 4 CD (c'est encore le cas à ce jour), conçus pour être joués ensemble, par 4 lecteurs de CD différents (et 8 enceintes donc). Rien à voir avec la quadriphonies des 70's, ancêtre du 5.1. Il s'agit ici de l'objet le plus bizarre, le plus expérimental et le plus osé jamais sorti dans les bacs (et ce, sur une major : Warner !).

Avec ce concept, Wayne Coyne bouleversait en effet le statut d'artiste, en exerçant un contrôle quasi absolu sur ses créations, et celui de l'auditeur, jusqu'ici relégué au rang de consommateur passif. Celui-ci devenait acteur, presque un nouveau membre du groupe.

Le but n'était pas de réunir absolument les 4 parties de Zaireeka, comme les pièces d'un puzzle dont le résultat n'est satisfaisant que lorsqu'il est complet. L'énorme intérêt de ce projet était de multiplier les combinaisons d'écoute (15 au total, mais chaque CD peut s'écouter individuellement). Mieux, Wayne Coyne indiquait dans le mode d'emploi que tout lecteur CD possède une vitesse de lecture propre. Ce qui implique que même si une chanson de Zaireeka est à l'origine parfaitement synchronisée, un léger retard finit inévitablement par apparaître au bout de quelques minutes. L'écoute d'une chanson de Zaireeka est alors un moment unique, et l'étonnement de l'auditeur perpétuel.

Dernier exemple de la dimension rare de l'artiste, Wayne Coyne est un réalisateur dans l'âme ; en dehors de la direction artistique des clips et autres animations, les Lips travaillent depuis 3 ans sur un long-métrage, Christmas On Mars, dont le teaser, disponible sur leur site officiel, augure du meilleur. Coyne a comparé leur film à "Eraserhead or Dead Man crossed with some kind of fantasy and space aspects, like The Wizard of Oz and maybe 2001: A Space Odyssey, except done without real actors or money, and set at Christmas-time". Tout un programme !



Le plus étonnant reste le succès certes un peu underground du groupe en dehors des USA et de l'Angleterre (mais peut-on encore parler ainsi quand on sait que le groupe a écoulé 1 million d'exemplaires de Yoshimi... ?), mais au retentissement médiatique certain en France : Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, Chronicart, pour ne citer qu'eux, ont tous écrit des articles très élogieux sur ce phénomène hors normes que sont les Flaming Lips et leur leader.

Comme rien n'arrête les Flaming Lips, n'hésitez pas à regarder par exemple le clip hilarant réalisé pour leur reprise improbable (mais très réussie) de Bohemian Rhapsody de Queen.

Pour conclure, je reproduis ici un extrait de l'article du Libération du 25 avril 2006, qui constitue une excellent introduction au groupe, avec des extraits d'interviews fort judicieuses.



Leur dernier album, At War with the Mystics, s'attire des critiques dithyrambiques, et leur (rare) apparition scénique vendredi le confirme : la France semble enfin prête pour les Flaming Lips, avec quelques années de retard sur l'Amérique et le reste de l'Europe, qui ont déjà succombé à leur charme singulier et ont fait du groupe l'une des réussites mainstream les plus inattendues du siècle nouveau. Formés au début des années 80, dans l'Oklahoma, par un jeune stoner appelé Wayne Coyne et ses deux frères aînés, le groupe, selon Coyne, n'était capable, au départ, que de «reproduire les côtés les plus amateurs du punk-rock. Nous n'avions aucune expertise musicale mais beaucoup d'enthousiasme et de raisons de vouloir en découdre».

Un quart de siècle plus tard, le groupe, toujours emmené par Coyne (moins ses frères, passés par la case «prison», mais avec le talentueux multi-instrumentiste Steven Drozd et le bassiste des débuts, Michael Ivins), s'est miraculeusement métamorphosé en fer de lance international du néopsychédélisme : une manière de Pink Floyd dadaïste doté d'un sens de l'humour unique et d'une prédisposition encore plus rare à transformer ses concerts en happenings.

Sept ans plus tôt, ils changeaient l'un de leurs shows londoniens en bizarre spectacle multimédia à l'aide de marionnettes géantes maculées de sang. Il y a deux ans, Coyne se faisait porter par la foule du festival Coachella de Los Angeles, enveloppé d'une énorme bulle transparente.

Depuis la sortie, en 1999, de The Soft Bulletin, qui marqua le début d'une collaboration avec le producteur Dave Fridmann, leurs enregistrements studio sont devenus aussi excentriques et flamboyants que leurs concerts. Evoquant parfois une irréelle synthèse entre Neil Young (dont Coyne réplique très bien le style vocal haut perché) et Radiohead, The Soft Bulletin pose les bases d'une nouvelle musique «cosmique» américaine.

Sorti en 2002, Yoshimi Battles the Pink Robots pousse plus loin encore l'expérimentation, unissant mélodies superbes et électro tonitruante pour un résultat conséquent : plus d'un million d'exemplaires vendus de par le monde.

Arrive à présent At War with the Mystics, troisième volet d'une quête visant à rendre la musique populaire plus éclectique, aventureuse et spirituelle. Entre autres innovations, l'album voit les Lips aborder un territoire plus funky, les faisant souvent sonner comme une version blanche d'Outkast. «Nous ne sommes plus vraiment un groupe rock, explique désormais Coyne. En studio, nous nous apparentons plus à une équipe de producteurs. Les chansons ne sont plus jouées en live, nous arrivons avec nos idées et tout est mis sur ordinateur. Pourtant, ça sonne quand même "humain". Ce nouvel album, plus funky, évoque un peu Sid Vicious qui jammerait avec Stevie Wonder ­ mais sans baston !»

Le titre du CD est une référence à l'«ennemi» préféré de Coyne, George W. Bush, que le leader des Flaming Lips estime être «un prêcheur très dangereux... Je n'aime pas le mystère, le mysticisme, la magie noire et tous ces trucs surnaturels qui brouillent la vérité. Et selon moi, Bush contribue à cette confusion en agissant comme si les gens auxquels il s'adresse ne voulaient pas savoir la vérité».

A l'écoute de leurs disques souvent éclatés, il serait facile d'imaginer que les Flaming Lips sont une bande de défoncés ; mais, à l'exception de Drozd qui a récemment décroché de l'héroïne, il n'en est rien. Coyne, aujourd'hui âgé de 41 ans, a cessé de se droguer avant d'atteindre sa vingtième année. «Les acides duraient trop longtemps et me faisaient flipper, le shit m'a toujours rendu parano. A la fin des sixties, je pensais que ceux qui ne se défonçaient pas étaient des idiots. Je voyais la came comme un truc très libérateur pour l'esprit. J'ai changé d'avis. Surtout maintenant qu'existent des drogues telles le crystal meth... Des drogues atrocement destructrices, auxquelles personne ne survit.»

En fait, Coyne pense même que son métabolisme exempt de drogues est peut-être la raison pour laquelle les Flaming Lips sont parvenus à la fois au succès et à la longévité. «Mes idées sont le produit de ma seule imagination. Je suis un homme d'action, pas un rêveur. Sur scène, j'ai fait des trucs comme marcher à l'intérieur d'une bulle et exploser des ballons. Ça peut sembler crétin, mais faire ça en public avec culot et panache change la donne, ça devient la chose la plus géniale qui soit ! Une façon de dire aux gens : "Suivez-moi, et vous allez passer un bon moment." Il ne s'agit pas de "s'évader" vers des ailleurs improbables. Au contraire, c'est rendre nos vies plus réelles. Au bout du compte, nous fabriquons notre propre bonheur.»

17:50 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : concerts