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27 mars 2006

Romanzo Criminale



On ne peut pas dire que ce film italien manque d'ambition, et c'est bien, car chez nous, en France, on en manque terriblement (cf. les critiques des films français vus précédemment). Le souci, c'est qu'on est en droit alors de le juger à la hauteur de cette prétention, car Romanzo Criminale ne s'affiche clairement pas comme un petit film de divertissement. Michele Placido a en effet vu grand : une fresque (ascencion, gloire, déclin), chapitrée, de 2h30, sur un gang de bandits décidés à contrôler Rome dans les années 70, les fameuses années de "plomb" où commencèrent à sévir les Brigades Rouges.

Le gros problème, c'est que Romanzo Criminale se prend les pieds dans le tapis en tentant de plaquer un polar dense sur un fond historique. Le contexte historique est tout juste saupoudré grâce à des images archives, maladroitement intégrées. Ce gros problème se retrouve dans le scénario, où les allusions aux Brigades Rouges ne sont qu'effleurées, sous-entendues, non pas subtiles, mais confuses. On nous laisse soupçonner un vague lien entre les terroristes des Brigades, l'Etat, les services secrets, la Mafia et le gang, mais qui manipule qui ? Pas de réponses, ce qui en soi n'est pas grave, un bon mystère étant souvent plus satisfaisant. Mais ici, tout est trop vite esquissé, trop brouillon pour que l'on puisse imaginer quoi que ce soit. Or, c'était là que le film avait une grosse carte à jouer.

Reste alors uniquement l'aspect polar froid et assez brutal, mais que les 2h30 du film sont alors longues ! Car de ce côté, pas grand-chose d'original à glaner (la pute autour de qui tourne ce microcosme ; le commissaire ambitieux et pas si net que ça ; le gang qui va pourrir de l'intérieur, chacun voulant doubler l'autre...). Il y a trop de personnages, aucun ne bénéficiant d'une psychologie assez approfondie pour qu'on s'attache un peu à eux. Ce manque de densité, d'envergure des personnages est clairement ce qui différencie ce polar d'une oeuvre de Scorsese, pour lâcher l'influence la plus évidente.

C'est dommage car s'il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher au film, c'est l'excellence du jeu des acteurs, et c'est agréable de découvrir autant de têtes talentueuses à peu près inconnues chez nous (en dehors de la française Anna Mouglalis). Le film est donc porté par eux, et c'est déjà pas mal, mais insuffisant pour atteindre l'objectif affiché.

6/10

09:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

24 mars 2006

Destination Finale 3



Ce troisième volet de la saga n'est ni vraiment meilleur, ni vraiment moins bon que les deux précédents. Avec Destination Finale, on n'est pas pris en traître : on sait à quoi s'attendre, et on obtient ni plus, ni moins. C'est typiquement le genre de films au plaisir coupable, pour lesquels on laisse son cerveau à l'entrée de la salle, un peu comme lorsqu'on se rend dans une fête foraine ou dans un parc d'attraction. Le but est de prendre du bon temps, sans aucune préoccupation culturelle.

La Mort a un plan : elle sait qui elle va prendre, quand et comment. Cependant, si d'aventure un humain avec des facultés un peu hors normes a des "visions", ou des prémonitions, certaines personnes peuvent échapper à une catastrophe prévue par la Grande Faucheuse. Ceci n'est pas acceptable ; les survivants constituent alors une anomalie, un bug, bref une situation qu'il faut réparer dès que possible. La Mort va donc s'acharner pour supprimer ces rescapés, et pour servir ce but, tous les moyens sont bons !

Ce pitch de base de la saga aurait pu vite tourner au ridicule si la Mort était personnifiée à l'écran, mais justement, non. La Mort ne s'incarne qu'à travers l'enchaînement malencontreux de "hasards", de circonstances qui vont aboutir à des mises en scène de morts si possible gore, fun et stressantes tout à la fois pour le spectateur.

L'intérêt de Destination Finale est dès lors son humoir noir, bien macabre et souvent méchant, où l'on assiste à un massacre progressif d'adolescents américains balayant tous les codes des comédies pour teenagers (les dindes style Paris Hilton, le reclus sur lui-même fan de Marylin Manson, le gros balèze qui ne pense qu'au sport, le frimeur obsédé, etc., tous joués avec le talent minimum pour les rendre crédibles)

Ce jeu de massacre fonctionne au final non seulement grâce à un scénario habile (certaines morts sont des petits chefs-d'oeuvre d'inventivité, et les fausses pistes sont légion), mais aussi grâce à une réalisation solide, souvent très technique : ceux qui ont vu Destination Finale 2 savent que la séquence d'ouverture de l'accident sur l'autoroute reste depuis comme une référence du cinéma catastrophe.

L'équivalent, dans Destination Finale 3, est la séquence se passant dans le grand huit de la fête foraine (cf. l'affiche du film). Avouons qu'elle est loin d'égaler son homologue de l'épisode précédent, alors qu'il y avait matière à la rendre encore plus horrible. C'est donc une occasion un peu manquée, car on peut mieux s'identifier au stress des passagers, puisque faire un tour de manège infernal est moins banal que prendre sa voiture (qui n'a jamais pensé à la possibilité d'un accident avant de monter dans un grand huit, qui est pourtant bien plus sûr qu'une autoroute ?).

Ce n'est pas grave, ça reste de bonne facture et la suite de Destination Finale 3 renoue sans problème avec les situations machiavéliques et grand-guignolesques qui provoquent à coup sûr exclamations d'effroi et rires dans la salle.

Vu le succès aux USA, on peut parier qu'il y aura un quatrème épisode. Vu l'inspiration a priori sans fin des scénaristes, on peut penser que la seule limite sera éventuellement la lassitude des spectateurs.

A lire : un classement rigolo, selon plusieurs critères, des meilleures morts des trois épisodes, par le site EcranLarge.com

7/10

16:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

20 mars 2006

Renaissance



Renaissance propose la première utilisation convaincante du motion capture pour un film d'animation (après le très laid The Polar Express en 2003 de Robert Zemeckis). L'expression des visages et la fluidité des mouvements sont impressionnantes et sont mises au service d'un noir et blanc façon comic de Frank Miller. Oser un tel spectacle en France constitue indéniablement une rupture, peut-être un déclic (espérons-le).

Le scénario basé autour d'un techno-thriller d'espionnage est plutôt convenu et sans surprise, on devine facilement les dessous de l'intrigue. Peut-être par timidité, le choc visuel étant déjà à encaisser. Les personnages ne sont pas très développés, mais l'essentiel est ailleurs : Paris 2054 est le point de gravité du film. La vision poétique, fantasmée et futuriste de la capitale vaut à elle seule le détour, avec nombre d'idées que je n'énumérerai pas car la surprise vaut vraiment le coup.

J'ai noté aussi des idées de réalisation très intéressantes, car tirant parti des possibilités de l'animation, en effectuant des plans et des mouvements impossibles à réaliser avec des caméras. Nombre de transitions sont très soignées et fort habiles. Espérons qu'un tel bel objet connaîtra un succès minimum apte à en faire naître d'autres, avec cette fois, qui sait, une histoire plus originale afin d'allier niveau de la forme avec celui du fond.

7/10

13:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

Du jour au lendemain



Philippe Le Guay m'avait laissé un bon souvenir avec la comédie dramatique Le Coût de la Vie (2003), film choral sociologique sur l'argent. Hélas, Du jour au lendemain n'a cette fois rien à dire car son scénario est cousu de fil blanc. Le film ne fait que poser la question "est-on finalement fait pour être heureux, tout le temps ?". Pour apprécier les bons moments, il faut en effet en passer par de mauvais. Grande découverte !

La substance du film étant réduite à néant (avec quelques moments drôles, à peine), il ne reste que les jeux d'acteurs, et les inconditionnels de Benoît Poelvoorde seront vraiment servis car le Belge se libre ici à un excellent numéro, encore une fois différent de ce qu'il a fait jusqu'à présent. Dire qu'il porte le film sur ses épaules n'est pas un euphémisme.

5/10

13:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

16 mars 2006

Simple Minds, Olympia, 15/03/2006



Troisième concert de Simple Minds pour moi, après le 21 mai 2002 à l'Olympia pour le Floating World Tour et le 25 avril 1995 à la Patinoire de Bordeaux pour le Good News From The Next World Tour.

C'est toujours un plaisir de retrouver le groupe, qui représente énormément pour moi ; leur album Real Life fut le deuxième vinyle que j'achetai, Live In The City Of Light fut mon tout premier CD (acheté avant d'avoir mon premier lecteur CD, c'est mon instituteur qui me copia l'album sur K7 pour que je puisse l'écouter), et j'achetai mes premiers magazines de musique (Best et Rock'n Folk !) quand ils parlaient de Simple Minds (et je commandai tous les anciens numéros où ils y apparaissaient). J'ai également découvert l'existence des bootlegs en cherchant assidûment l'existence d'éventuels imports live. Bref, Simple Minds est mon tout premier amour musical, et la beauté de leurs artworks, ainsi que la multitude de singles et d'EP gavés de faces B passionnantes fut à l'origine de ma passion pour la collection de supports (vinyles, CD, etc.).

En concert, le groupe a toujours été une bête de scène, notamment grâce à l'inépuisable leader chanteur Jim Kerr, au charisme et au jeu de scène bien connus. Néanmoins, le groupe, en tentant de nouvelles directions musicales (Neapolis en 1998 et Cry en 2002), s'est un peu fourvoyé, et le résultat s'en ressentait sur scène. Le dernier concert à l'Olympia, en 2002, pour la tournée supportant Cry, m'avait laissé un souvenir mitigé. Pourtant, le groupe n'avait joué que 3 titres de Cry (plutôt fades), mais l'interprétation des titres (piochés dans presque tous les albums du groupe) n'était pas toujours des plus intéressantes, la faute souvent à un tempo ou à des lignes de chant paresseuses. Comme si le coeur n'y était pas toujours... Du coup, j'avais zappé le dernier concert parisien en date, le 4 novembre 2003 au Zénith (concert qui ne supportait aucun album en particulier), 2003 ayant été une année extrêmement chargée en concerts pour moi et les finances ayant une limite.

Hier soir, ce fut une toute autre affaire. Est-ce le succès critique et public du dernier album Black And White 050505, retour discographique gagnant inespéré ? En tout cas, les Minds sont de retour avec une envie d'en découdre et une confiance qui se traduit par l'interprétation (tout au long de la tournée) de pas moins de 6 titres (sur 9) du dernier album, idéalement répartis dans la setlist. L'interprétation est bonne, mais je préfère les versions studio, qui sont des bijoux soniques façonnés avec l'aide du producteur Bob Clearmountain. Seul le titre "Dolphins", poignant et subtil, a transcendé la version studio à mon avis.

Quant au reste, ce fut une sacrée gifle. Le groupe s'est enfin décidé à laisser tomber la ribambelle de "tubes" issus de Once Upon A Time ; seulement deux titres en furent conservés : l'inévitable "Alive And Kicking", et une excellente surprise, "All The Things She Said" ! Un grand bravo pour cette initiative. Le tube "Seen The Lights" devrait être abandonné, il est trop mou sur scène, et trop entendu ; quitte à piocher dans les singles de l'album Real Life, un "Stand By Love" serait le bienvenu. Good News From The Next World fut représenté grâce au désormais classique "Hypnotized", et force est de constater que ce titre est vraiment superbe sur scène. Concernant les vieilles pépites, seul "Seeing Out The Angel" fut exhumé de Sons And Fascination (1981), ce qui en fit le plus ancien titre de la soirée.

Si ces albums font partie des rescapés, un grand nombre d'opus furent eux totalement ignorés : les 4 premiers albums, Street Fighting Years (dommage, mais justifié - j'y reviens), Néapolis (heureusement) et Cry (tant mieux, puisque déjà joué sur les tournées précédentes, même si "Sleeping Girl" apparaît en ouverture de certains concerts de la tournée 2006).

Alors quid du reste de la setlist de ce concert de deux heures ? Entièrement axée sur New Gold Dream et Sparkle In The Rain ! Ma période préférée... l'époque des productions de Pete Walsh et Steve Lillywhite, soit les deux albums les plus sombres et les plus durs (niveau sonorité) des Minds, les derniers avant la tournure "épique" de 1985.

Ce choix n'est sans doute pas innocent. Ces albums sont des parents éloignés du dernier album, Black And White, qui est artistiquement dans la lignée de ces deux albums mythiques ; c'est le même esprit (un superbe effort sur les mélodies et l'ambiance, sans l'aspect grandiloquent), mais revisité avec des sonorités évidemment plus actuelles (et plus adoucies). C'est pour cela que les titres de Street Fighting Years, par exemple, ne seraient pas idéaux dans ce contexte (néanmoins, "Belfast Child" est joué de temps en temps sur la tournée 2006, il ne le fut pas à Paris).

La grande différence par rapport aux dernières tournées est donc le punch de l'interprétation. J'ai encore en tête la pêche de "Upon The Catwalk", "New Gold Dream", "Glittering Prize", ou l'envoûtement de "Big Sleep" et "East At Easter". La section rythmique, assurée par le monstrueux Mel Gaynor aux fûts et le désormais membre officiel Eddie Duffy à la basse (après plusieurs tournées avec les Minds) est indéniablement le point fort du groupe. Le père Kerr a perdu assez nettement de ses capacités dans le haut médium et les aigus (mais Eddie Duffy est là pour tous les choeurs et soutient Jim admirablement), mais reste remarquable dans les graves. Il a surtout cessé de prendre trop de liberté avec le rythme et le placement des lignes de chant d'origine, et c'est ce qui m'a bien plus séduit. Charlie Burchill était sous-mixé, comme à l'accoutumée, et cela me frustre : on l'entend en général mieux sur l'album qu'en concert. Les claviers se taillent la part du lion dans le registre mélodique, et Mark Taylor (musicien de studio pour Elton John, Sinead O'Connor, etc.), nouveau venu dans le line-up, a fait un travail de folie sur les sons.

Le concert de Paris n'a pas vraiment connu de temps mort. Sold-out (ce n'était pas le cas en 2002) depuis des semaines, c'est un public chauffé à blanc qui a soutenu et visiblement touché le groupe, en chantant bien souvent à gorge déployée. Seul incident : pendant le deuxième titre, "Home", toutes les enceintes en façade s'arrêtent de fonctionner, il n'y plus que le son non mixé en provenance de la scène (et pas de chant, puisque pas d'ampli voix sur scène). Le groupe ne se rend compte de rien, avec ses propres retours. Le public scande le refrain de "Home", comme si de rien n'était. Je vois l'ingénieur du son de la table façade et ses assistants s'affairer, affolés. Le groupe enchaîne sur "East At Easter", mais dès que Jim commence à chanter et qu'on n'entend donc rien, le public hurle et siffle. Le groupe ne comprend pas ce qui se passe, et Jim interroge du regard et des bras la foule. L'ingénieur du son fait signe au groupe de tout arrêter et des techniciens viennent informer le groupe du problème. Le groupe, ne sachant que faire, est resté sur scène, Jim venant échanger quelques mots et quelques mains avec le premier rang. 5 minutes plus tard, c'était heureusement reparti. Belle frayeur !

Voilà en tout cas un beau come-back d'un groupe qui a montré, à l'instar du tout dernier rappel, qu'il était encore alive and kicking. Et ça, ça fait chaud au coeur !

Setlist :

Stay Visible
Home
East At Easter
Up On The Catwalk
Book Of Brilliant Things
See The Lights
Big Sleep
All The Things She Said
Waterfront
Hypnotised
The Jeweller (Part Two)
Someone Somewhere (In Summertime)
Speed Your Love To Me
Don't You (Forget About Me)
Dolphins

Rappel #1:
Different World
Seeing Out The Angel
New Gold Dream (81,82,83,84)

Rappel #2:
Stranger
Glittering Prize
Alive And Kicking

12:05 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : concerts

15 mars 2006

Dégustation du 14/03/06 - La gamme Bushmills

La deuxième dégustation de l'année, à trois jours de la Saint Patrick, était donc bien sûr consacrée aux... whiskeys, les whiskies irlandais ! A cette occasion, direction vers le pub irlandais O'Sullivans, boulevard de Clichy (Paris 18ème). Nous avions rien que pour nous une grand salle à part (servant apparemment de discothèque habituellement). Heureusement, car cette soirée du Club de la Maison du Whisky a battu un record d'affluence avec 130 membres présents. Nous étions ainsi moins tassés, quasiment tout le monde pouvait s'asseoir, et surtout la cigarette ne nous a cette fois pas étouffés.

Néanmoins, une petite déception fut de mise, pour moi, mais je n'étais visiblement pas le seul. La Maison du Whisky nous a fait déguster non pas un petit panel de whiskeys de différentes distilleries, mais 4 variétés provenant de la distillerie Bushmills (oui, 4 nosings au lieu des 3 habituels, ce bonus était évidemment le bienvenu !). De plus, les serveurs n'ont pas pris la peine de cacher les flacons, rendant la dégustation bien moins à l'aveugle.

Si l'exercice est en lui-même intéressant (j'y reviens), il est un peu frustrant de ne pas pouvoir profiter de l'occasion pour découvrir des whiskeys de distilleries différentes et qui méritent sans doute le détour (Connemara, Redbreast, Jameson...).

N'ayant pas pris de papier ni de stylo, et n'ayant pas été ultra séduit par les Bushmills, je ne fais pas de commentaire détaillé (nez, bouche, finale).

Bushmills Black Bush, blend, 40%




Blend irlandais à fort pourcentage de single malt.

C'est l'entrée de gamme de Bushmills, pas le premier prix, mais le deuxième. Pour un peu plus de 20 euros, voilà un whiskey fruité en bouche, léger, avec une finale très courte, qui peut justement plaire à ceux qui n'aiment pas trop les whiskies écossais charpentés et puissants. Le rapport qualité/prix est excellent, et quand on pense qu'une bouteille de Black Bush coûte le même prix qu'un Ballantine's 12 ans single malt... Après cette mise en bouche sympathique mais modeste, nous attendions le début des hostilités avec impatience.

Bushmills bourbon cask 1989, single cask, 56,5%




Single malt irlandais d'embouteillage officiel, cask strength, provenant d'un seul fût ayant contenu du bourbon.


Bushmills sherry cask 1989, single cask, 53,7%




Single malt irlandais d'embouteillage officiel, cask strength, provenant d'un seul fût ayant contenu du sherry.


Bushmills rum barrel 1989, single cask, 54,1%




Single malt irlandais d'embouteillage officiel, cask strength, provenant d'un seul fût ayant contenu du rhum.

Commentaires d'ensemble :

Epices (poivre), céréales et fruits (poire, mirabelle, agrumes) sont les dominantes générales en nez et en bouche. Le nez est quand même en général assez peu complexe, la bouche l'est bien plus, très puissante (une mince dilution fut nécessaire), et vraiment unique. Là est tout le charme du whiskey. Il nous transporte ailleurs et il se démarque totalement des géants écossais. La finale est remarquable en général, mais la version vieillie en fût de sherry se détache haut la main (superbe mélange de sucre - caramel - et d'amertume). Les "cadres" de la Maison du Whisky nous ont à chaque fois parlé de fruits rouges que je n'ai jamais trouvés !

Goûter à ces versions single casks de même âge mais de fûts différents était très intéressante pour se comprendre comment ces alcools (bourbon, sherry et rhum) influent et révèlent des notes parfois paradoxales.

La version sherry cask était normalement destinée au marché canadien, mais a priori la Maison du Whisky va donc en vendre quelques bouteilles. C'est la version la mieux équilibrée, et j'en aurais fait volontiers l'acquisition, mais la découverte des prix (de 120 à 150 euros) m'a fait changer d'avis.

Le rapport qualité/prix ne me paraît pas du tout justifié, quand on voit la qualité (supérieure) et prix (inférieur) des single malts écossais dégustés en février dernier. C'est bien dommage ! Voilà qui ne va pas développer le marché assez confidentiel des whiskeys...

15:55 Publié dans Whisky | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Alcools!

13 mars 2006

Le Soleil



Le Soleil est le dernier film de la trilogie qu'a consacré Aleksandr Sokurov aux derniers jours des grands dictateurs du siècle à la tête de leur pays, avec Hitler dans Moloch en 1999 et Lénine dans Taureau en 2001. Bien que ces deux films aient été présentés à Cannes, ils ne bénéficièrent pas d'une sortie en salles en France.

Le Soleil, consacré cette fois à l'empereur japonais Hirohito, échappe quant à lui à cette infamie et on ne peut que s'en réjouir. Sokurov est un nom bien connu des cinéphiles pour sa liberté artistique totale. C'est aussi probablement le cinéaste russe le plus connu avec Andrei Tarkovski (grâce à qui la carrière de Sokurov put décoller).

Sokurov est un artiste explorateur de nouvelles façons de représenter des images, et son dernier exploit en date remontait en ce sens à 2001, quand un certain 23 décembre, Sokurov mit en boîte en une seule prise (après seulement 3 tentatives) son film L'Arche Russe, tourné en caméra numérique HD (la seule technique qui permettait d'enregistrer 90 minutes sans interruption).

Le numérique, que ce soit en HD ou en DV, est une voie très prometteuse dans laquelle s'engouffrent des réalisateurs avides de nouvelles expérimentations. Sokurov a de nouveau recours à la HD pour Le Soleil, et le travail pictural sur la texture et les couleurs est splendide. Stylistiquement, les teintes gris et vert du bunker où est réfugié l'empereur japonais donnent un cachet visuel stupéfiant. En outre, sa science du cadrage est un exemple à montrer dans toutes les écoles.

Au-delà des aspects techniques, le film est une réussite grâce à la finesse et la retenue du propos. La Japon a perdu la guerre, les deux bombes atomiques ont déjà frappé. Le film est centré sur le personnage de Hirohito qui va devoir prendre deux décisions inédites dans la lignée des empereurs japonais : la capitulation sans condition de son pays et la renonciation à son ascendance divine.

On suit avec fascination le cheminement intellectuel de l'empereur vers ces deux décisions, infamantes. Hirohito est un personnage ici totalement reclus sur lui-même, très silencieux, fragile, pathétique, vivant dans une bulle (le bunker) alors qu'il n'y a plus de bombardements, empêtré dans un protocole impérial extrêmement guindé apparaissant comme totalement dérisoire face à la surface dévastée.

Ce décalage est plus grand encore quand on voit que le seul moment de la journée où Hirohito sort du bunker est consacré à l'étude de la faune marine (sa passion) dans un laboratoire installé en surface. Ceci donne lieu à un des moments les plus spectaculaires du film : une vision onirique où Tokyo est bombardée par des avions remplacés, dans l'imaginaire de l'empereur, par des poissons et autres créatures marines.

Les dialogues sont rares, toute la précision de la mise en scène étant axée sur les gestes, les expressions, les postures, les mimiques. Néanmoins, une des plus grandes scènes est incontestablement le dîner entre le général MacArthur et Hirohito, où leur conversation est un choc culturel extrêmement intense.

Crépusculaire, feutré, touchant, parfois surréaliste, ce récit d'une mutation du dernier des empereurs "divins" japonais est une grande oeuvre de cinéma à tous points de vue. Chapeau bas, Monsieur Sokurov.

9/10

13:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

07 mars 2006

L'Ivresse du Pouvoir



Chabrol est, pour moi, au cinéma ce que le sandwich jambon-beurre est à la gastronomie. Un bon jambon-beurre ne déçoit pas mais n'a pas non plus la prétention d'être ce qu'il n'est pas.

L'Ivresse du Pouvoir ne déroge pas vraiment à cette règle qui est mienne. Je passe sur la mise en scène tout ce qu'il y a de paresseuse, fade et presque bâclée. D'un point de vue technique, on est très proche du téléfilm. Personnellement, je n'aime pas ça du tout mais je m'y attendais. Chabrol n'est pas un esthète, je pense même qu'il s'en fout.

L'intérêt est normalement ailleurs : dans le scénario et dans le jeu des acteurs. Et là, j'ai pris une douche froide. Le film ne vaut quasiment que pour Isabelle Huppert, LA Huppert, dont le naturel du jeu laisse comme d'habitude pantois (l'hommage récent rendu à l'actrice à la Cinémathèque est mille fois justifié). Le titre du film, au moins, ne prend pas en traître car le pouvoir du juge d'instruction nous rend ivre en même temps que son personnage. On jubile de voir le mépris de ces hauts responsables mis en examen venir se briser contre ce mur de détermination tranquille qu'est le personnage de la juge Jeanne Charmant Killman. La réflexion sur les limites de ce pouvoir du juge d'instruction face à des raisons d'Etat plus puissantes encore est passionnante. Mais c'est tout.

Car l'intrigue elle-même est extrêmement peu développée, voire insignifiante. De scandale il n'est point question. L'"affaire" reste cantonnée à des détournements de fonds dont l'importance n'est pas vraiment perçue (les chiffres cités sont de l'ordre de quelques milliers d'euros pour des dépenses d'entretien de maîtresse, le reste est suggéré). Les pots-de-vins à destination des pays d'Afrique sont à peine esquissés et restent totalement mystérieux. Du coup, les responsables qui défilent devant Madame le juge ont l'air de petites frappes, de gredins sans envergure plutôt que de grands abuseurs de biens sociaux sans états d'âme. C'est fort dommage car c'est à ces moments précis qu'ont lieu certains numéros d'acteurs parmi les plus impressionnants (Jean-François Balmer dans le rôle de Boldi).

Il n'y a pas que les inculpés qui manquent d'envergure, mais bon nombre de personnages sont minces comme du papier à cigarette, on est souvent dans la caricature grossière : le neveu confident préféré au mari transparent et dépassé, le chef d'entreprise jeune et aux dents qui rayent le parquet (un très mauvais Patrick Bruel), des politiques qui fument le cigare et accumulent les bons mots tout en tirant les ficelles, etc.

Au final, je ne retiens pas grand-chose de cette nouvelle livraison de Chabrol, en dehors de dialogues fort bien écrits tout de même, souvent percutants, et des qualités liées au personnage incarné par Huppert.

Pour une fois que le cinéma français osait traiter un sujet sortant des relations amoureuses des trentenaires, quadragénaires ou quinquagénaires, on a affaire à un pétard mouillé, manquant cruellement d'envergure à mon goût.

6/10

10:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

06 mars 2006

Running Scared (La Peur au Ventre)



Wayne Kramer s'était déjà fait remarqué en 2003 avec un polar remarquable et élégant, sur fond de mafia à Las Vegas (The Cooler, rebaptisé de façon improbable en Lady Chance en France), avec William H. Macy, Maria Bello et Alec Baldwin. Originalité du pitch, mise en scène élégante et musclée quand il le faut, choix d'acteurs très judicieux (habituellement cantonnés à des seconds rôles et qui donnaient toute la mesure de leur talent - à noter que Maria Bello fut ensuite engagée par David Cronenberg pour A History Of Violence) : tous les indicateurs étaient réunis pour que le nom de Wayne Kramer devienne pour moi à surveiller.

C'est donc avec une certaine attente que je suis allé voir son nouvel opus, Running Scared, qui bénéficie cette fois d'un titre français un peu mieux adapté. C'est avec surprise que j'ai constaté que Wayne Kramer s'était fendu ici d'un thriller extrêmement violent dont beaucoup de caractéristiques m'ont rappelé les oeuvres du grand Tony Scott, surtout Domino !

Images au grain prononcé, filtres magnifiques pour saturer les couleurs, flash-backs, montage saccadé par moments... c'est quasiment un exercice de style, tape-à-l'oeil diront certains. Il est clair que ce choc visuel n'est pas pour tout le monde (plusieurs spectateurs ont quitté la salle lors de la projection à laquelle j'ai assisté). Moins épileptique que Domino de Tony Scott, moins humoristique qu'un Tarantino (mais avec quelques punchlines vraiment bien troussées), Running Scared n'en est pas moins haletant et les deux heures passent sans aucun temps mort.

La tension dramatique est très forte, et pas seulement à cause des scènes hystériques ; une des bifurcations astucieuses du récit vers de la pédophilie meurtrière (uniquement suggérée) est d'une cruauté abyssale et met le coeur du spectateur à l'épreuve plus encore que les scènes de gunfight bien crues.

Wayne Kramer a réitéré les qualités de The Cooler en ce qui concerne l'originalité de l'histoire (il est à l'origine du scénario), et le choix judicieux du casting (notons ici Paul Walker, habitué à des films d'action habituellement moins fins, et le jeune Cameron Bright, qui n'en finit pas de monter, après The Butterfly Effect, Godsend et Birth - il sera à l'affiche de X-Men 3).

Sa mise en scène est cette fois peut-être moins personnelle, mais il entre directement dans la catégorie de ceux qui savent faire des films (très) violents, strictement pour adultes, où l'action ne prend pas le pas sur l'astuce du scénario. Et ça, ça change des films américains consensuels mous du genou (et du nougat).

7/10

10:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

03 mars 2006

Hell



Sexe (un peu), drogues (beaucoup), alcools (en tous genres) et vide existentiel total, telle est la vie des enfants de riches du 16ème arrondissement. Ou du moins telle est la vie des personnages du dernier film de Bruno Chiche, jouissant d'un petit succès pour son précédent et premier film, Barnie et ses petites contrariétés (2001).

Adaptation du best-seller de Lolita Pille (personnellement, pas lu...), Hell pourrait paraître ainsi provocateur. Mais c'est un film français, donc on ne verra (sans grand surprise) rien de bien trash dans ce film (alors que le livre a une réputation sulfureuse). Le ton est plutôt cynique et nihiliste, mais un peu léger finalement pour qu'on se soucie du malheur de ces gosses de riches qui ont tout, sauf une vie intéressante donc.

Heureusement, le film est sauvé par l'interprétation des acteurs formant le couple principal. La jeune Sara Forestier (César du meilleur espoir féminin pour L'Esquive) tient ici toutes ses promesses : elle joue le désespoir adolescent telle une écorchée vive et parvient à donner une épaisseur à son personnage superficiel et antipathique. Nicolas Duvauchelle confirme, après Une Aventure (2005), qu'il est un acteur doué pour les rôles de types mornes, renfermés, désabusés, fragiles derrière leur apparente indifférence.

La réalisation et le montage sont plutôt réussis, assez "choc" (caméra à l'épaule, filtres, ellipses, etc.), et tranchent un peu avec le reste de la production française. Néanmoins cela ne plaira pas à tout le monde, ce "clinquant" pouvant paraître superficiel, mais il colle bien au sujet.

Le seul problème véritable de Hell est qu'on peut se demander légitimement : à quoi sert ce film ? A pas grand-chose, à rien diront les mauvaises langues. C'est un bel objet, mais creux. Et le cinéma français continue de nous servir des comédies plus ou moins dramatiques "branchouilles" qui tournent en rond.

6/10

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01 mars 2006

The Saddest Music In The World



Il y a des films qui rassurent sur l'état du cinéma en tant qu'un des beaux-arts, et pas seulement comme du divertissement accompagné de pop-corn pour les masses. Le dernier film de l'excentrique Guy Maddin en fait partie, et en regardant de plus près en quoi ce film consiste, on peut vraiment penser que c'est un miracle que de telles oeuvres puissent encore exister...

Commençons par un aperçu du synopsis :

Winnipeg, au Canada, en 1933, au coeur de la Grande Dépression. Lady Port-Huntly, baronne locale de la bière, bien décidée à profiter de la fin proche de la Prohibition, lance le concours de la musique la plus triste du monde.
Des candidats du monde entier affluent vers la ville enneigée et glaciale. Attiré par le prix de 25 000 $, chacun tente d'interpréter à sa manière la plus profonde tristesse au cours d'une compétition euphorique, largement arrosé à la bière locale, la Muskeg, et suivie à la radio par des américains qui ont soif.


Ajoutons que le tout est filmé en noir et blanc, avec une post-production consistant à vieillir le film pour l'amener à une qualité proche celle qu'on trouvait à l'époque du cinéma muet : image granuleuse, scintillement, défilement irrégulier... et le son est quant à lui également peu naturel, comme aux débuts du cinéma parlant, avec ses imperfections techniques et son absence de "réalisme". Tout ceci n'est pas très vendeur ! Et pourtant, il se dégage ainsi du film un charme suranné et une puissance d'évocation onirique impressionnants.

Il convient de souligner que même si l'image et le son ont été calqués au plus près sur ce qu'on parvenait à faire il y a plus de 70 ans, le montage est quant à lui d'une fulgurance et d'une inventivité toute autre. C'est un des nombreux atouts du film.

Au-delà de cette mise en forme particulière, le fond n'en est pas moins très intéressant. Le concours de la musique la plus triste du monde est un prétexte pour se faire rencontrer les personnages d'un drame familial (père, frères, ex-femme, maîtresse...). Ces personnages sont excentriques, voire farfelus : la baronne de la bière est cul-de-jatte (Isabella Rossellini), son ancien mari est un producteur de comédies musicales, dont la maîtresse est nymphomane et amnésique (Maria de Medeiros) et dont le frère est un musicien ne supportant pas qu'on le touche, etc.

Le film comporte un très grand nombre de scènes tour à tour féériques, loufoques, bizarres, drôles, tendres, cruelles... Le surréalisme qui se dégage par moment évoque forcément un des derniers cinéastes à encore briller dans le domaine : David Lynch. Ce n'est néanmoins qu'un trait de caractère que Maddin partage avec Lynch, car leurs personnalités sont bien différentes dans le résultat final.

The Saddest Music In The World est peut-être un peu trop dense pour être digéré en une seule fois, et la surprise continuelle de la mise en scène contribue sans doute à semer le doute chez le spectateur. Bonne nouvelle, voici donc un film qui gagnera à être revu.

8/10

10:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma