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23 février 2007

Bug



On ne présente plus William Friedkin. Il a fallu 10 mois pour découvrir enfin son nouveau film, très remarqué à la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2006. L'attente était donc élevée, surtout après sa traversée du désert durant les années 90, et l'espoir retrouvé avec The Hunted (2003).

Huis clos adapté d'une pièce de théâtre, Bug ne renie pas ses origines et est une véritable leçon de mise en scène et de direction d'acteurs. A plus de 70 ans, le subversif réalisateur américian montre qu'il a encore un savoir-faire envié.

Bug est ni plus ni moins que la descente aux enfers de deux individus à la dérive et en proie à la paranoïa (qui prend ses origines dans des causes donnant une dimension politique au film). Bug est tellement osé et parfois hystérique qu'on peut arriver à en rire ; oui, ce grotesque est à la fois comique, et terrifiant. Bug est une expérience, qui peut tout à fait se couper d'une bonne partie du public. Si vous avez aimé Naked Lunch de Cronenberg, il ne faut pas rater Bug, qui pourrait aussi bien lui aussi être adapté d'un roman de William S. Burroughs.

C'est finalement assez rare, donc il faut le signaler, le travail sur la bande-son et sa spatialisation est remarquable. Le film perdrait un grand intérêt être vu en stéréo. Enfin, si on veut chipoter, on pourrait dire que Bug est peut-être trop long d'environ 10 minutes pour être presque parfait formellement. Le récit prend le temps de (trop ?) installer les personnages principaux, et le rythme prend ensuite assez brutalement une accélération déstabilisante.

8/10

16:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cinéma

20 février 2007

30 Seconds To Mars, Bataclan, 02/02/2007



Il est facile de se moquer des stars de cinéma qui ont tenté de se lancer dans la musique. Il faut dire que les essais de Johnny Depp, Russel Crowe, Bruce Willis ou encore Keanu Reeves ont eu de quoi faire sourire. Jared Leto, lui, quand il a sorti en 2002 le premier disque de son projet 30 Seconds To Mars, a tout de suite mis les points sur les i : l'aventure était diablement sérieuse, avec un disque puissant et original, type "cathédrale sonore", évoquant un croisement de Devin Townsend et de Tool, Leto s'avérant en plus être un chanteur convaincant.

L'acteur de Requiem For A Dream, Fight Club, Panic Room, Alexander, etc., a persévéré et 30 Seconds To Mars a non seulement pas mal tourné, et est donc devenu un vrai groupe, mais a également sorti en 2005 un second disque, moins marqué par le progressif. L'album vient juste de sortir en France cette semaine, et le groupe a donné son premier concert français en début de mois. Alors, que vaut le tombeur de Cameron Diaz et Scarlett Johansson (entre autres, car la liste est longue) sur scène ?

Musicalement, le groupe tient la route, même si on a un peu l'impression d'assister à un concert de Jared et de backing musicians. Mais, il faut avouer que j'ai hésité entre rires et incrédulité. Jared Leto est totalement survolté sur scène, à un point que ça en devient suspect : est-il sous l'emprise d'un excitant ? N'en fait-il pas trop ? La frontière entre "ça le fait" et le ridicule menace à chaque instant d'être franchie, et la sensation de "chiqué" est renforcée par les poses languissantes du bonhomme entre chaque chanson, ou encore ses commentaires répétés à l'envi sur le refrain de "Vraiment, vous êtes le meilleur public qu'on ait jamais eu...". Ajoutons enfin que le concert, si on enlève tous les moments où le groupe ne joue pas, aura duré grosso modo une heure, ce qui est un peu léger dans l'absolu (mais pour ma part, largement suffisant car Jared est finit par être agaçant à ne pas moduler l'intensité de son énergie).

Pourtant, le public achète, et comment ! La grande surprise de ce concert, c'est de constater de visu l'incroyable base de fans que le groupe a su se constituer, démonstration cinglante des following qui peuvent se créer sur Internet, en l'absence totale de promotion traditionnelle ; et pour cause vu que le deuxième album de 30STM est sorti il y a 6 mois aux USA, sort seulement ce mois-ci en France, et n'a donc bénéficié d'aucune promotion encore dans notre pays.

Deuxième surprise, le public est franchement jeune (moyenne d'âge entre 16 et 18 ans), et constitué au moins à moitié de filles totalement hystériques. Ce qui ne cadre pas du tout avec la musique de 30STM. Il y a donc un phénomène Jared Leto intéressant à analyser, pour qui a le temps. Le public connaît par coeur les refrains des chansons, et se pâme à la moindre sollicitation de Jared qui se paie le luxe d'un stage diving qui met sur les dents la sécurité.

C'est donc une impression étrange qui domine : le sentiment d'assister à un concert de boys band pour l'ambiance et pour l'exagération, mais avec des vrais musiciens et une musique franchement originale et travaillée. Jared Leto, lui, semble totalement transcendé par cette dévotion, à tel point qu'on peut se demander si cela ne sur-développe pas son ego ; n'ayant de cesse de répéter en interview que 30STM est un GROUPE, en concert cette impression disparaît totalement, renforcée par les paroles peu fair-play du leader : "Bonjour, je suis Jared Leto, nous sommes 30STM", sans jamais présenter nominativement les autres musiciens. C'est un peu rustre. Ouf, Jared Leto n'a donc pas tout pour lui !

18:31 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : concerts