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02 mars 2007

Blackfield, Café de la Danse, 27/02/2007



Avant de parler de Blackfield, quelques mots sur la première partie, le groupe anglais Pure Reason Revolution. Sans aucun doute, leur premier album The Dark Third laisse entrevoir un des meilleurs espoirs anglais en matière de musique pop/rock/hard "sérieuse", les leaders incontestés étant Porcupine Tree et Oceansize. Néanmoins PRR en est encore bien loin, et sa prestation scénique a plutôt eu tendance à démontrer que la hype à son sujet est franchement exagérée. Le potentiel est là, oui, mais n'anticipons pas. Comme l'écrit mon ami Archaos sur son blog : "Tendu, mécanique, peu technique, prisonniers des samples omniprésents, PRR a un peu donné l’impression de ramer tout au long des 3/4 d’heure de leur set". Sur scène, le problème est qu'on a la sensation de voir la "recette" de leurs compositions mise à nu, et c'est à peu près aussi décevant qu'un tour de magie dont on connaît le "truc". On se rend compte que l'album studio tient la route surtout grâce à son travail de production. Le passage en live dessert totalement PRR, mais ils ont largement le temps de rectifier le tir. Ce n'est que leur première tournée.



Changement presque cruel de niveau avec le set de Blackfield. L'attente est grande puisque c'est le premier vrai concert du groupe, après les quelques titres joués en première partie de Porcupine Tree, le 29/11/2003, bien avant que leur premier album ne sorte ! Ce sont les musiciens ayant enregistré le deuxième album qui sont sur cette tournée, et on sent très vite une superbe cohésion ; il faut dire que les batteur, bassiste, et claviériste sont des musiciens qui travaillent avec Aviv Geffen depuis longtemps. Geffen est d'ailleurs un peu la curiosité du groupe, pour nous Européens, puisque cette rock star israélienne très populaire dans son pays (malgré ses prises de position politiques très à gauche - il est pour la libération des territoires occupés, ce qui lui vaut d'avoir des gardes du corps en permanence) est un artiste totalement inconnu chez nous, en dehors de Blackfield, fondé avec Steven Wilson. Ce dernier est d'ailleurs égal à lui-même : même mélange de sérieux et de décontraction, mais toujours un peu distant, tandis qu'Aviv, au départ très en retrait dans son beau costume noir, finit par être clairement le plus extraverti, jusqu'à finir torse nu lorsqu'il se sent finalement complice avec le public. Dans les deux cas, Wilson et Geffen transpirent une même incroyable sensibilité artistique. Ces deux là étaient vraiment fait pour se rencontrer. Touchés par la grâce ? Oui.



Le concert aura d'ailleurs permis de confirmer une chose. Blackfield n'est pas qu'un simple side-project. Sur scène, la complémentarité de Wilson et de Geffen est telle que ce groupe mérite une existence à part entière. L'incroyable richesse de ses mélodies, alliées à des formats pop assez courts, autorisent tous les espoirs que Blackfield accède à un niveau de reconnaissance grand public en Europe (en Israël, Blackfield est déjà un phénomène depuis le premier album). Le fait que Wilson, musicien anglais à l'emploi du temps le plus contraint, ait pris la peine de s'investir dans cette tournée est sans doute un signe. Geffen, lui, ne cache pas ses intentions de mener Blackfield aussi loin qu'il le pourra.

C'est donc à un concert d'une finesse et d'une émotion rares auquel nous avons eu droit, où la quasi-intégralité des deux albums fut jouée (moins This Killer, Scars, Lullaby et Summer), ponctué par deux intermèdes : la reprise de Thank You d'Alanis Morissette (grand moment d'émotion signé Monsieur Steven Wilson), et la reprise en hébreu, au piano et chant, de Avec le Temps de Léo Ferré, par Aviv Geffen. Ce dernier nous a expliqué qu'il avait eu "l'autorisation" du groupe pour jouer ce titre uniquement à Paris, en raison de son origine française, car il voulait partager le plaisir de nous apprendre que son dernier album était disque d'or en Israël grâce à cette reprise ! Messieurs, revenez quand vous voulez... quelques grammes de finesse dans un monde de brutes, cela ne se refusera jamais.

Setlist:

Once
Miss U
Blackfield
Christenings
The Hole In Me
1000 People
Pain
Glow
Thank You
Epidemic
Some Day
Open Mind
My Gift Of Silence
Where Is My Love
End Of The World

Rappels:
Avec le Temps (reprise de Léo Ferré, en hébreu par Aviv)
Hello
Once
Cloudy Now

27 février 2007

Letters from Iwo Jima



Comme je l'écrivais à la fin de ma note sur Flag Of Our Fathers, après la relative déception suscitée par ce dernier, j'attendais beaucoup du point de vue japonais de la bataille d'Iwo Jima. Trop, sans doute.

Pourtant, ce deuxième volet ne souffre pas des mêmes écueils. L'histoire est ici quasiment linéaire, et presque... trop. Les Américains, dans le premier volet, avaient droit à de nombreux flashes-back ; les soldats japonais que nous suivons n'existent que pendant le cours de la bataille, en dehors d'une ou deux exceptions fugitives. Les 2h20 ne font alors que dérouler l'inéluctable, l'extermination de ces soldats de l'Empire, en large infériorité numérique, et privé de tout espoir de renfort, le reste du Pacifique étant déjà tombé dans les mains des Alliés.

Alors qu'Eastwood tenait là un sujet splendide, son scénariste Paul Haggis, décidément très axé sur le pathos, transforme l'entreprise en une enfilade de clichés. Les personnages sont manichéens, leurs relations prévisibles, et le traitement psychologique, naïf : oui, les Japonais n'étaient pas que de la chair à canon, c'était des hommes (révélation !), non, les Américains n'étaient pas tous gentils (bis). Par contre, les spécificités culturelles du Japon sont passées sous silence, rien ne permet de comprendre ou d'avoir de l'empathie pour ces soldats sacrifiés. Du coup, Letters From Iwo Jima souffre d'un défaut majeur, celui de ressembler hélas à un film hollywoodien... tourné en japonais : il ne propose pas de point de vue, procure une petite sensation de voir pour une fois l'envers du décor, mais c'est une illusion. Il n'apporte hélas... rien. Il ne fait que servir la soupe aux amateurs de "beaux films", larmoyants et tristes à souhait.

La réalisation et la photographie sont heureusement là pour nous montrer que nous avons affaire à un monsieur de la trempe de Clint Eastwood. Quelques séquences, grâce aussi au talent des comédiens, sont réellement prenantes et magnifiques, mais c'est un sentiment de gâchis qui prévaut quand on pense à la stature du réalisateur derrière un tel projet qui passe vraiment à côté de son potentiel.

7/10

14:17 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cinéma

26 février 2007

Primer



Primer, sorti sur seulement 6 copies en France, arrive chez nous avec retard, mais auréolé d'un buzz dû à quelques faits pas communs : tourné à l'arrache chez des amis, primé entre autres à Sundance en 2004 ; écrit, produit, tourné, éclairé, monté, interprété par autodidacte, Shane Carruth, pour une somme ridicule, cela a en effet tout du film culte.

Le pitch semble être une énième variation du voyage dans le temps, sujet inépuisable :

Deux ingénieurs développent à leur temps perdu une machine capable de réduire la masse des objets. Alors qu'ils en sont à peine à considérer les applications pratiques d'une telle invention, ils découvrent une capacité inattendue de leur machine : l'échelle temporelle ne serait pas la même à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ils s'empressent d'en construire un modèle suffisamment grand pour en expérimenter les effets sur eux-mêmes...

Néanmoins, le film se démarque par une volonté de coller à un vocabulaire très technique (une bonne partie du film est axée sur la laborieuse élaboration de la boîte et la découverte de ses effets), et à un effet limité : les protagonistes ne se baladent pas dans le temps, ils doivent s'enfermer plusieurs heures dedans pour "revenir" quelques heures dans le passé. Le film tente donc d'être beaucoup plus dans la "science" que dans la "fiction", ce qui est voulu bien entendu aussi par le budget serré, et le background matheux du cinéaste, ingénieur dans la vraie vie.

Formellement, le film est impressionnant pour un coup d'essai en 16mm : les teintes froides, associées à des prises de vue souvent lointaines, confèrent un aspect documentaire, néanmoins tempéré par un montage très inventif. En voyant cela, on peut se dire que Shane Carruth marche sur les pas de Darren Aronofsky (Pi) ou Vincenzo Natali (Cube) : l'exploitation extrêmement futée d'un budget ridicule pour exploiter une histoire hors du commun.

Or, le film prend le pari osé d'être très "rubik's cube", quasiment uniquement axé sur les paradoxes temporels, qu'il ne cherche absolument pas à éviter, au contraire, mais à confronter, ce qui là encore le démarque. Il faut donc une concentration très intense pour arriver à suivre, et encore, il est probablement impossible de comprendre tout du premier coup. Cela ne me pose pas de souci, au contraire, mais le problème est : Primer donnera-t-il envie d'être revu pour mieux en percer le mystère ? Pas sûr, car au-delà de ce simple jeu technique, Primer brille par l'absence d'émotion. Les personnages ne sont pas approfondis et le scénario ne permet pas d'exploiter vraiment ce qu'on comprend vers la fin du film.

Heureusement, Primer ne dure qu'1h17, mais n'y allez pas pour vous divertir, ni même pour espérer débattre du film pendant des heures : Primer est comme un mode d'emploi compliqué, il faut l'avoir sous les yeux pour en tirer quelque chose. Avis aux amateurs...

6/10

18:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cinéma