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23 septembre 2006

12 and holding



Dans une banlieue américaine, trois copains de 12 ans - le timide Jacob, la précoce Malee et Leonard l'obèse émotif - quittent brutalement le monde insouciant de l'enfance suite à la mort accidentelle du frère jumeau de Jacob.
Ils vont éprouver des sentiments jusqu'alors inconnus : la vengeance, le chagrin devant la perte d'un ami et les premiers émois amoureux, sans pouvoir compter sur leurs parents eux-mêmes en difficulté.

Après le très remarqué Long Island Expressway (L.I.E.), qui explorait l'étrange relation unissant un adolescent à un quinquagénaire, Michael Cuesta revient avec ce fort attendu deuxième long-métage abordant des thèmes délicats tels que le rapport des adolescents à la mort et à la sexualité, la délinquance des mineurs et le désir de vengeance.

Entretemps, le cinéaste a signé plusieurs épisodes de la série culte Six Feet Under dont la réputation est totalement à la hauteur de sa qualité scénaristique et plastique.

Cuesta transforme ici toutes les attentes placées en lui en nous proposant une tragédie sous forme d'études de moeurs adolescentes, mais sans grandiloquence ni lourdeur. L'intelligence du propos permet d'apporter l'humour nécessaire pour souffler, en exploitant finement des situations pourtant dramatiques.

Ceux qui apprécient le travail de Larry Clark (Ken Park, Wassup Rockers...) ne doivent pas hésiter un seul instant à aller voir 12 and holding. Cuesta maîtrise (pour l'instant ?) peut-être un peu moins l'emploi de la musique (un peu quelconque) et du montage que le maître Clark, mais il se positionne déjà comme un redoutable observateur de la complexité du passage du monde de l'enfance à celui de l'adulte.

8/10

15:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

18 septembre 2006

Thank You For Smoking



Le titre du film, jeu de mot sur l'habituelle mention "thank you for not smoking" (merci de ne pas fumer), résume l'état d'esprit caustique de cette comédie qui se veut cynique. Elle adopte en effet le point de vue d'un lobbyiste, porte-parole d'un consortium (fictif) de l'industrie du tabac, interprété par Aaron Eckhart, sidérant en parfaite ordure qu'on a autant envie de détester que le personnage de Nicolas Cage dans Lord Of War.

Le film joue donc à fond la carte du politiquement incorrect, puisque ce porte-parole, qui a tout pour lui (tchatche, physique, etc.), cherche à accomplir du mieux possible son job, afin de servir fidèlement son employeur, sans aucune considération morale. Ce programme est déballé d'entrée de jeu, et hélas le film n'est ni plus ni moins l'illustration de ce qu'on sent venir gros comme une maison : ce requin sans états d'âmes finira-t-il par craquer ?

Le réalisateur, Jason Reitman (oui, fils du fameux Ivan, à qui on doit Ghostbusters ou encore le tout récent My Super Ex-Girlfriend, hum...), pour son premier film, applique un moule éminemment hollywoodien à un propos plus ancré dans le cinéma indépendant. Le mélange n'est pas optimal, et le montage, très nerveux, avec une voix-off trop présente, est fatigant.

C'est réellement dommage car l'impertinence du propos est souvent étonnante. Les pro-tabac, comme les anti, en prennent tous pour leur grade, et le film ne se positionne jamais en faveur d'un camp, évitant soigneusement toute morale. Au contraire, leurs arguments sont tous exposés de manière renversée, ce qui permet de mettre à jour des méthodes peu avouables dans les deux camps.

Les meilleures scènes, à mon avis, sont celles où les représentants des lobbies du tabac, des armes et de l’alcool se retrouvent au restaurant, pour échanger leurs malheurs ou sujets de contentements personnels. Les entendre débattre de qui, d'entre eux, cause le plus de morts par jour ou qui est le plus détesté par les citoyens américains est assez irrésistible et féroce.

L'accueil critique a été plutôt très bon donc je vous invite à en juger par vous-mêmes si le tabac est un problème de santé publique qui vous intéresse. Le film reste à mon avis très tape-à-l'oeil et plutôt creux (sur le mode du divertissement), mais il a le mérite d'être impertinent, drôle, et de faire voir le débat sous un autre angle, ce qui n'est pas si mal après tout venant d'Hollywood.

6/10

18:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)