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01 octobre 2006

Indigènes



Difficile de dire du mal de ce film sans être taxé de pauvre imbécile ; alors précisons bien les choses dès le départ. Oui, Indigènes est formidable parce qu'il ose traiter d'un sujet dont la France a honte. Sa mise au point sur les soldats issus de notre ex-empire colonial et le traitement qu'on a leur infligé pendant la guerre, et après jusqu'à aujourd'hui, est salutaire, et le miracle a eu lieu, puisque les pensions des soldats "indigènes" encore vivants seront enfin réajustées au même niveau que celles des métropolitains, comme l'avait pourtant exigé le Conseil d'Etat il y a plusieurs années. Rien que pour ça, Indigènes est bien entendu nécessaire et essentiel.

Dans ce blog, je m'attache néanmoins plus aux objets filmiques en eux-mêmes qu'à leur utilité pédagogique ou civique. Or, d'un point de vue purement cinéphile, Indigènes est par contre à mon avis une oeuvre très moyenne.

Rachid Bouchareb semble écrasé par le poids de son sujet. On ne compte pas le nombre de scènes "gros sabots" qui tour à tour déversent leur plein émotion, d'héroïsme, de bravoure, ou encore de grandes injustices. Les ficelles sont hélas bien grosses, très didactiques, si bien que la plupart des scènes ne prennent pas spécialement aux tripes.

Le film souffre également souvent d'un manque de réalisme. Jamais on ne sent le danger, ni la douleur des soldats, dans les scènes de combat, dont on sent rapidement les limites en terme de mise en scène (des montagnes marocaines aux Vosges). Exception : le bruit des détonations (tirs d'artillerie ou armes de poing), qui semblent aussi soignées que celles d'Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet ; et la scène de combat finale, qui a apparemment été nettement plus découpée et réfléchie.

Le prix d'interprétation masculine à Cannes est sans doute justifié ; et c'est bien sur ses acteurs que le film repose, et qu'il se laisse regarder malgré tout. Reste que le cinéphile aura sans doute du mal à ne pas rester sur sa faim.

5/10

20:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2)

28 septembre 2006

La Méthode



El Método est apparemment le 6ème long-métrage de l'argentin Marcelo Piñeyro, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'après avoir vu la maîtrise de ce film, cela donne envie de voir ses oeuvres précédentes.

Sept candidats se présentent dans une multinationale qui veut embaucher un nouveau cadre. Au lieu d'être reçus un par un pour un entretien privé, ils sont conviés autour d'une table avec un écran d'ordinateur en face de chacun d'entre eux, qui va leur donner des instructions pour la suite de la sélection. Après s'être présentés les uns aux autres avec méfiance, tous commencent à se demander s'ils ne sont pas observés par des caméras et si l'on n'a pas infiltré parmi eux un psychologue qui serait en train de les examiner, pour les éliminer un par un...

Ce pitch est propice à une étude psychologique extrêmement intéressante mais encore fallait-il que les textes soient brillants, pour réussir à captiver le spectateur pendant presque deux heures (sous forme de huis clos pendant plus d'1h30). Le pari est quasiment totalement réussi, car le sentiment de piège qui s'est refermé autour de ces candidats est presque stressant et la pression ne se relâche vraiment que dans les tout derniers plans. Seule une scène paraît peut-être de trop, et pas au niveau du reste du film.

Sous forme de joute mentale fort cruelle (voire perverse), c'est bien une critique acerbe du libéralisme et de ses excès (manque d'éthique en particulier) qui est ici dessinée avec brio. La mise en scène est très dynamique et de nombreuses trouvailles permettent à la caméra de respirer dans cet espace restreint. Les acteurs, quasiment tous inconnus pour nous, sont réellement brillants et parviennent à semer constamment le doute sur qui ils sont vraiment et quelles sont leurs intentions réelles.

Dans une note précédente, je louais la vitalité du cinéma sud-américain, qu'il soit filmé en langue espagnole ou portuguaise. Marcelo Piñeyro vient tout simplement grossir les rangs du club des très doués, aux côtés de Fernando Mereilles, Alfonso Cuarón, Carlos Sorin, Walter Salles, et du très regretté Fabián Bielinsky, décédé cette année d'une crise cardiaque, parti bien trop tôt en nous laissant une perle (Les Neuf Reines - Nueve Reinas, 2000) et un chef d'oeuvre (El Aura, 2006).

Que vous soyez cadre dans une entreprise, ou que vous ayez déjà passé des entretiens, ou bien encore que le libéralisme vous écoeure, La Méthode vous touchera. On ne ressort pas indemne d'une telle douche glaçante.

8/10

19:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2)