« Allan Holdsworth, New Morning, 22/05/2007 | Page d'accueil | INXS, Festival Montereau Confluences, 08/06/2007 »
10 juin 2007
Death Proof

Passons sur la traduction peu heureuse de "Boulevard de la Mort", qui fait perdre totalement le jeu de mot futé du titre original, qui avait le mérite d'annoncer la couleur. Death Proof est le 6ème long-métrage de Quentin Tarantino, et c'est un événement en soi. Annoncé comme un film "mineur", presque comme une recréation de luxe pour le cinéaste, il n'en reste pas moins une oeuvre dont tous les signaux annonçaient un film très spécial.
Afin de rendre hommage aux films de séries B qui les ont bercés, Tarantino et son complice Robert Rodriguez ont décidé en effet de tourner Grindhouse, un double-programme identique à ceux diffusés dans le cadre des systèmes d'exploitation Grindhouse (salles qui projetaient des doubles programmes déjantés entrecoupés de bandes annonces). Les deux films nés de cette association empruntent aux genres populaires de cette époque : Planet Terror de Robert Rodriguez est un film de zombie (à voir chez nous en septembre), tandis que Death Proof est un "slasher road movie".
Hélas, le concept du double-programme entrecoupé d'un entracte, parfaitement en phase avec le système d'exploitation US, a été jugé inhabituel pour les pays européens par la production du film et n'a pas passé les frontières américaines. Les frères Weinstein, producteurs du projet, ont décidé que le film serait coupé en deux pour tous les pays non-anglophones, et que chaque partie serait allongée pour un faire un film un peu plus long que les 75mn initiales de chaque partie.
C'est ainsi que Death Proof, en Europe, sort dans une version "longue" de 1h45, soit un quart d'heure en plus par rapport à la version US. Tant mieux (pour cette version plus longue), ou tant pis (de ne pas avoir le projet Grindhouse en salles tel qu'il a été imaginé) ? De toute façon, nous nous rattraperons en DVD, qui proposera sans doute toutes les versions.
Tarantino a déjà saturé tous ses films précédents de clins d'oeil à tous les films de genre dont il raffole. L'exercice consistant à tourner lui-même une pure série B ne pouvait donc qu'aboutir à un film complètement fou et excessif, ce qu'est exactement Death Proof. Plaisir coupable totalement jouissif, Death Proof est une crétinerie extrêmement drôle, mais qui bénéficie du génie de la réalisation de son réalisateur. C'est donc un objet filmique vraiment unique, destiné uniquement, et vraiment uniquement, à se faire plaisir (pour Tarantino), et faire plaisir aux nostalgiques de ces bons vieux slashers fauchés. Le projet s'adresse donc à un public très spécifique.
Néanmoins, Tarantino ne fait pas que parodier et rendre hommage aux séries B qui ont bercé son adolescence ; il se parodie lui-même délibérément, en jouant ainsi avec la patience du spectateur. Les dialogues très longs à propos de sujets futiles est une des marques de fabrique de Tarantino. Dans Death Proof, ces dialogues sont parfois étirés jusqu'à l'absurde, et finissent du coup par être aussi drôles que - paradoxalement - pénibles, car le spectateur crève d'envie que l'action reprenne son cours, ce qui agit comme une délivrance très intense quand le slasher reprend son droit.
Tarantino se moque d'emblée de ses détracteurs qui lui reprocheront de se contenter parfois de "faire du Tarantino" (ce qu'il assume !), comme cette sonnerie de portable estampillée Kill Bill émanant d'un des téléphones des personnages, ou cette séquence où on retrouve les Texas rangers père et fils de Kill Bill 1. Je n'exposerai même pas ici le grand nombre de références à ses précédents films (disons même, son univers), ceci restera abscons pour le profane, et jubilatoire pour le fan.
Néanmoins, le seul reproche que je pourrais faire au film serait que l'on sent un peu trop facilement quelles sont les 15 minutes rajoutées à la version US. Elles n'étaient pas vraiment indispensables, et même si c'est agréable pour le fan, ces séquences additionnelles rendent le film un peu moins efficace qu'il ne doit l'être dans sa version de 90mn. A cause de cela, Death Proof version européenne ne prend pas pour moi la note maximale. Pour finir, je recommande chaudement la bande-originale du film, collection de pépites improbables, as usual avec Quentin !
9/10
09:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, tarantino
Commentaires
Bonjour :) J'ai découvert ton blog au hasard de mes vagabondages virtuels, et après avoir passé une bonne heure à parcourir la rubrique "Concerts", je me suis rendue compte qu'il y avait aussi une rubrique "Cinéma"! Du coup j'ai ajouté l'ensemble à mon agrégateur RSS, pour être sûre de ne pas en louper une miette tellement je prends du plaisir à lire tes reviews!
Je n'ai pas encore vu "Death Proof", jusque là j'hésitais, ayant lu du bon et du moins bon sur ce film, mais ta chronique m'a convaincue que je passerai un très bon moment. :)
Ecrit par : kReEsTaL | 10 juin 2007
Merci pour ce feedback !
Tiens nous au courant de ton avis sur Death Proof (avec un trackback par ex...)
Ecrit par : Seb | 11 juin 2007

