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27 novembre 2009

Michael Jackson's This Is It



Ouf, mille fois ouf : même si les producteurs de la tournée This is it n'ont pas eu d'autre choix que de rentabiliser leur investissement par la sortie mondiale de ce making-of des répétitions, on a évité le documentaire pompeux ou larmoyant. Chose incroyable, Jackson y retrouve même un petit peu d'humanité, grâce au parti pris d'axer le doc uniquement sur sa facette d'artiste. Facette pratiquement éteinte depuis de nombreuses années, faute à un MJ en passage à vide créatif et rattrapé par les affaires.

Le doc commence pourtant mal, avec des témoignages de ses danseurs qui évidemment, n'ont pas grand-chose d'autre à dire que c'est le rêve de leur vie ou bien que c'est incroyable de danser aux côtés de MJ. Heureusement, les images suivantes ne durent pas non plus, avec le processus de sélection des danseurs qui viennent des quatre coins du monde : on menaçait de facilement tomber dans le style de certains programmes TV. Rapidement, nous sommes portés au cœur du sujet : des chansons jouées sur scène dans une grande salle vide. Ce n'est donc pas glamour, mais sans une production complète, et sans les paillettes (très amusant de voir MJ danser en anorak), on découvre tout autrement le labeur des artistes à l'œuvre sur scène.

Les chansons sont la plupart du temps complètes, même si les images viennent parfois de répétitions différentes (ce qui entraîne évidemment parfois un décalage flagrant entre la bande-son et ce qu'on voit à l'écran, genre MJ qui ne chante pas alors qu'on entend sa voix). Le plus passionnant reste les coupures et les redémarrages, voulus par MJ lorsque cela ne s'approche pas de son sens de la perfection. L'entendre reprendre son entourage sur tel ou tel détail avec une infinie douceur (mais néanmoins nette détermination) permet de mieux appréhender le génie du bonhomme. En tant qu'entertainer, il n'y avait pas un seul aspect de son show qui lui échappait. Et il faut voir sa capacité de leadership naturelle, tout en douceur, sur l'ensemble de sa troupe : on imagine mieux le choc pour toute cette équipe à la nouvelle de sa disparition.

Par contre, on pourra regretter les bidouillages dans le mixage des chansons. Même s'il ne fait guère de doute que le véritable concert aurait utilisé parfois des bandes, il est étrange de dénaturer ce qu'on voit à l'écran. Cela cadre mal avec l'honnêteté brute des images. La jeune guitariste Orianthi Panagaris voit ainsi sa prestation sur Black Or White être carrément écrasée par la piste originale studio, rajoutée de façon incompréhensible (on entend faiblement à l'arrière plan du mix ce qu'elle joue, il y a des différences notables, trop pour les fans ?). Heureusement, ce n'est pas le cas sur Beat It et Orianthi assure une réplique tout à fait convaincante du solo de Van Halen, avec le bon look et la bonne attitude. Amusant, ce goût de MJ pour les femmes à la guitare (on se souvient de sa fidèle shreddeuse Jennifer Batten), alors qu'elles sont bien rares comme professionnelles à cet instrument.

Ce doc me paraît donc vraiment intéressant à regarder pour tout amateur de musique contemporaine, car il permettra sans aucun doute de jeter un regard différent sur l'artiste le plus mythique et le plus fantasmé de tous les temps. Il est assez (tristement) ironique de se dire que sans cette mort prématurée, nous n'aurions probablement jamais pu voir MJ aussi à nu en tant qu'artiste, avec une sensibilité et des failles. Un vrai making-of d'un véritable concert de la tournée, si elle avait eu lieu, aurait probablement été très différent. Ici, on découvre aussi que MJ était capable d'humour, voire même de bon goût (les séquences détournées du film Gilda). En outre, les titres choisis sont plutôt issus du répertoire funk, pop et soul de MJ ; on évite le dégoulinant naïf des ballades mièvres et les titres insipides, sans mélodies et uniquement rythmiques, de ses derniers albums. Très appréciable !

Par la nature des images du documentaire, il est impossible de le noter, mais il est fortement recommandé. This is it.

26 novembre 2009

A l'origine

300e note publiée sur ce blog...



Xavier Giannoli n'est pas vraiment un débutant. Je n'ai pas vu son film précédent Quand J'étais Chanteur (beau succès critique et public), mais j'avais fortement apprécié la mise en scène de Une Aventure, thriller amoureux qui baignait dans une lumière glacée, et fascinait par son atmosphère, bien que son scénario fut frustrant. Avec A l'origine, Giannoli place la barre bien plus haut, puisque cette fois il aligne fond et forme au même niveau.

Giannoli s'est inspiré d'un fait divers datant des années 90 : un escroc qui vit d'abus de confiance et de petites combines sur des chantiers est pris pour un chef de travaux d'une grande multinationale, suite à une méprise. Il est alors accueilli comme le sauveur qui relancerait un chantier local arrêté depuis deux ans dans une petite ville du nord de la France frappée durement par le chômage. Il y voit l'occasion de réussir sa plus belle escroquerie, mais va se retrouver dépassé par son mensonge.

Le film résonne d'autant plus fort dans le contexte de crise actuel, mais ce n'est qu'une coïncidence, le projet remontant à plusieurs années. Même si la chronique sociale fait mouche, Giannoli n'en fait pas le sujet principal de son film. Il a plutôt été fasciné par la personnalité de l'escroc, au point d'être allé rencontrer le véritable usurpateur, ainsi que que l'ancien juge d'instruction en charge de l'affaire au moment des faits. "Pour la première fois de ma vie, j'étais quelqu'un" : cette phrase du véritable escroc a fait une grosse impression sur Giannoli qui a articulé du coup son film autour des motivations de cet escroc. Il explore la démarche de cet usurpateur pour montrer qu'elle n'est pas seulement crapuleuse, mais aussi existentielle.

Giannoli réussit de superbes moments de grâce, avec des plans du chantier, de nuit, à la limite du fantastique. Les acteurs sont au diapason, François Cluzet est totalement habité et ne surjoue jamais. Seul défaut, c'est un peu long (et encore, la durée a été réduite de 2h35 à 2h10 après sa projection à Cannes). Mais voilà encore un film français qui montre qu'il y a vraiment moyen du faire du haut de gamme dans notre pays, à côté des torrents d'âneries qui se déversent trop souvent dans nos salles.

8/10