21 octobre 2006
Children of Men

N'y allons pas par quatre chemins : le mexicain Alfonso Cuarón confirme tous les espoirs suscités avec ses films précédents (entre autres, Y tu mamá también, et Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, seul épisode des Harry Potter à bénéficier d'une vraie identité cinématographique et d'une noirceur qui le rend plus destiné aux adultes qu'aux enfants), et livre avec son 6e film une oeuvre formellement parfaite. Il rejoint son compatriote Alejandro González Iñárritu dans le rang des réalisateurs à la virtuosité intouchable.
Children of Men (littéralement Les fils des hommes, et non pas Les fils de l'homme comme le laisse entendre le titre français, qui reproduit le même étrange couac de traduction qu'avec Star Wars), sous sa forme de thriller d'anticipation, est une oeuvre d'une richesse de réflexion essentielle et nécessaire. Il ne faut pas en passer à côté, malgré son titre peu amène et son affiche complètement ratée.
Le scénario est adapté (par Cuarón lui-même) du seul roman de P.D. James à ne pas être un polar ; l'action se situe en 2027, plus aucune femme n'est apte à procréer et la dernière naissance remonte à plus de 18 ans. Le désespoir a engendré à travers le monde un climat de violence, d’anarchisme et de nihilisme exacerbé. La Grande-Bretagne est le seul pays à avoir évité cette descente aux enfers, en se dotant d’un régime totalitaire. Devenue l’ultime espoir d’une humanité déboussolée, elle attire malgré elle des milliers de réfugiés. L'une d'entre eux va s'avérer être enceinte, miracle hélas pris entre intérêts divergents et qui va déclencher une course effrénée pour sa survie, seul espoir d'une issue pour l'humanité.
La véritable intelligence du scénario, c'est de proposer une action proche de nous : 2027, c'est demain. A l'écran cela se transpose par de subtiles modifications qui font qu'on y croit dès le départ. Ce n'est pas de la science-fiction, juste une vingtaine d'années d'anticipation, et c'est très faisable. Quasiment pas d'effets spéciaux, tout est dans des trouvailles de décor. En fait, se sachant condamnée, l'humanité est plus proche de la régression et de la déliquescence que de la modernité. Cuarón amplifie tous les maux qui grèvent déjà la Terre de nos jours : une pollution galopante (ici exacerbée par le fait que l'humanité n'a plus à se soucier de léguer un environnement vivable pour les générations futures) ; des camps de détention ressemblant furieusement à Guantanamo, mais en pire ; des actes terrotistes quotidiens (renvoyant à ceux de l'Irak), etc.
Cuarón ne s'attache pas au pourquoi ni au comment (extrême intelligence que de ne jamais s'intéresser au pourquoi de cette impossibilité de procréer), il exploite à 100% les conséquences de la situation et via une fuite en avant, croque une fable ultra-pessimiste de nos sociétés occidentales (mais non totalement dénuée d'humour, nous permettant ainsi à de très brefs instants de respirer), sur fond d'action menée de main de maître. Le film est un véritable étau dont plusieurs scènes-chocs ne sont vraiment pas à mettre devant tous les yeux. Seul un symbolisme un peu lourd peut gêner, sans doute, certains spectateurs. On est heureusement très loin de la lourdeur appuyée de V For Vendetta de ce point de vue là.
D'un point de vue technique, le film a été récompensé à Venise cette année et on comprend pourquoi. Cuarón nous livre un lot de plan-séquences d'une virtuosité étourdissante, avec très peu de gros plans, nous plaçant ainsi au coeur de l'action. La rigueur de la composition du cadre n'a d'égale celle de la photographie, assurée par son fidèle complice Emmanuel Lubezki, débauché à plusieurs reprises par deux autres frappa-dingues de l'image, Michael Mann (pour Ali), et Terrence Malick (pour The Thin Red Line et The New World), excusez du peu.
Même la bande-son est à chialer, entre des extraits parfaitement opportuns des Rolling Stones (Ruby Tuesday), de King Crimson (apothéose de moment contemplatif), de John Lennon, Deep Purple ou encore Radiohead.
Pour finir, je ne peux que vous conseiller de lire ce dossier consacré à Alfonso Cuarón, écrit en 2004 mais qui analyse superbement le style de ce génie esthétique, et qui prouve avec Children of Men qu'il a beaucoup de choses de fond à dire.
10/10
19:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4)

